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Bangladesh: la colère des travailleurs du textile monte

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Sur cette photo prise le 17 avril 2018, Nilufer Begum, une ouvrière blessée qui a survécu à la catastrophe du Rana Plaza, fait du thé dans son petit stand à Savar, au nord-ouest de la capitale bangladaise Dhaka.
Sur cette photo prise le 17 avril 2018, Nilufer Begum, une ouvrière blessée qui a survécu à la catastrophe du Rana Plaza, fait du thé dans son petit stand à Savar, au nord-ouest de la capitale bangladaise Dhaka. AFP/Munir Uz Zaman

Au Bangladesh, les travailleurs des usines de textile manifestaient pour réclamer de meilleurs salaires. Cinq ans après la tragédie du Rana Plaza, l’effondrement d’un immeuble de confection où ont péri plus de 1 000 travailleurs, leurs conditions sont toujours difficiles. Pourtant, ces travailleurs sont les principales chevilles ouvrières de l’immense industrie mondiale du prêt-à-porter.

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Zara, H & M, Gap et tant d’autres marques s’appuient sur l’industrie du textile bengali forte de 4 millions de travailleurs, pour la majorité des femmes. Le Bangladesh, c’est le deuxième atelier du monde pour l’industrie du prêt-à-porter après la Chine. Alors en 2013, lorsque la catastrophe du Rana Plaza survient, le retentissement est mondial et ces marques prennent des mesures : elles mettent en place des standards de sécurité pour les usines de sous-traitance auxquelles elles font appel.

Pour le salaire, le gouvernement bengali a imposé en 2013 aux industriels de les revaloriser pour les ouvriers à 63 dollars par mois. Mais depuis, il n’a pas été augmenté alors que l’inflation, elle, n’a pas cessé sa croissance.

Hier, la réunion d’un comité mis en place par le gouvernement pour réfléchir à un salaire minimum a été reportée au 16 juillet prochain. La situation était si intenable qu’à la fin 2016, de nombreuses grèves et manifestations violentes ont frappé le secteur et ont entraîné de nombreux licenciements en représailles. 1 600 personnes auraient ainsi perdu leur emploi après y avoir pris part selon les organisations de défense des travailleurs.

La création de syndicats comme revendication

Une meilleure reconnaissance du statut des représentants du personnel, c’est l’une des revendications des travailleurs du textile. D’ailleurs, on doit au drame du Rana Plaza la reconnaissance du droit des travailleurs d’être représentés dans les usines textiles. Dans le détail, au-delà des questions centrales du salaire et des conditions de sécurité, il fallait pour les travailleurs la possibilité d’être défendus dans l’usine.

Or, en 2016, des dirigeants syndicaux ont été arrêtés, inculpés pour violence, soumis à des pressions. Aujourd’hui, les conditions de travail, si elles se sont améliorées du point de vue de la sécurité, elles sont toujours synonymes de vulnérabilité.

Un rapport de juin dernier de la fondation suisse Global labour justice a révélé que plus de 500 travailleurs dans ces usines parlent d’un climat de travail fait de harcèlement et d’abus, notamment pour répondre à la demande.

Les grandes marques presque sourdes

Les grandes marques sont régulièrement interpellées, pointées du doigt par les organisations de défense des droits des travailleurs. Elles avaient répondu après la catastrophe du Rana Plaza. Dernièrement, l’une d’elles, GAP, a même adressé un courrier au gouvernement du Bangladesh pour s’inquiéter de la menace sur les droits syndicaux dans les usines.

Mais GAP, comme H&M et les autres, tout en affirmant soutenir la révision des salaires, ne met pas la main à la poche selon les organisations de travailleurs. Si elles ne revoient pas les prix de leurs fournisseurs à la hausse, les ouvriers ont peut de chance de voir leur salaire augmenté. Il faut donc qu’elles revoient leur politique, ce qui n’est pas d’actualité.

Pourtant, les travailleurs ont des arguments forts à faire valoir face à ces grandes marques, et surtout aux propriétaires d’usines avec lesquelles ils négocient. Le secteur n’a jamais affiché d’aussi bons résultats. En 2017, les exportations ont atteint 3,4 milliards de dollars en croissance de 7 % par rapport à 2016. Autre argument de poids : l’arme du boycott. Les consommateurs peuvent faire pression sur les marques, si attentives en cessant leurs achats et en les interpellant par courrier comme le suggèrent les organisations de défense des droits de l’homme.
 

En bref,

Les débuts en bourse difficiles du géant chinois des smartphones Xiaomi

Xiaomi a dû ranger tambours et trompettes à Hong-Kong. Le titre de la firme a affiché 16,60 dollars alors qu’il était attendu à 17 dollars pour cette introduction en bourse. Selon l’agence Bloomberg, Xiaomi est ainsi valorisé aux alentours de 50 milliards de dollars, loin derrière la cible ambitieuse de 100 milliards de dollars affichée l’année dernière. Il faut dire que le contexte est difficile avec les prémisses d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Mais au-delà, le report de l’introduction à la bourse de Shanghaï, qui devait aussi avoir lieu cette semaine, a également refroidi les marchés.

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