Chronique des matières premières

Guerre commerciale: comment la Chine tente de se passer du soja américain

Audio 02:09
Un champ de soja.
Un champ de soja. Ricardo Cappellaro/gettyimages

Les producteurs aux Etats-Unis comptaient sur la fin de la saison des exportations en Amérique du Sud pour que la Chine reprenne ses importations de soja américain. Mais pour l’instant, il n’en est rien. Depuis juillet dernier, Pékin impose des droits de douane de 25% sur les cargaisons de légumineuse venues des Etats-Unis. Alors que la guerre commerciale avec Washington s’enlise, les autorités chinoises entendent diversifier leurs importations, tout en encourageant la production locale.

Publicité

« L’unilatéralisme et le protectionnisme nous forcent à prendre le chemin de l’autodéveloppement », déclarait le président chinois ce mercredi 26 septembre lors d’une visite de la province du Heilongjiang. Avant d’ajouter : « nous devons maintenant compter sur nous-même, ce qui n’est pas une mauvaise chose. » Ces mots, Xi Jinping les a prononcés dans le nord-est de la Chine qui produit près de 40 % du soja chinois. Manière d’encourager les agriculteurs à se reconvertir, les aides de l’Etat viennent d’augmenter.

Capture d'écran du site web de Radio Chine internationale

Site web de Radio Chine Internationale.
Site web de Radio Chine Internationale. french.cri.cn

Les subventions à la production de soja sont passées de 173 yuans (près de 22 euros) par mu l’an passé, à 200 yuans (environ 25 euros) par mu (l’unité de mesure chinoise équivalente à 1/15eme d’hectares. Au total, ce sont 8,4 millions d'hectares qui sont consacrés à la culture de cet oléagineux en Chine, une surface qui a augmenté de 2 % cette année.

Encart publicitaire dans l’Iowa

Malgré ces efforts, on reste encore très loin de l’autosuffisance ou de l’auto développement évoqué par le président Xi Jinping, d’autant que, chose rare en cette saison, le gel est venu gâcher la récolte dans le Heilonjiang et en Mongolie intérieure début septembre rapporte la radio nationale de Chine.

Or pour l’instant, l’appétit pour le soja des Chinois ne faiblit pas, pas encore en tout cas. Et les producteurs locaux ne peuvent toujours pas couvrir plus de sept semaines des besoins annuels du pays. Or depuis que le soja est devenu l’arme fatale de Pékin dans sa guerre commerciale avec les États-Unis, pas question d’acheter du soja made in US. À sous peine de se faire taper sur les doigts. Les autorités chinoises qui ne décolèrent pas face à l’ampleur des sanctions décrétées par Donald Trump, ont été jusqu’à se payer un encart publicitaire dans le journal de Des Moines aux États-Unis, pour informer les producteurs de l’Iowa : le responsable de votre malheur, c’est Trump !

Reste savoir comment remplacer les 27,35 millions tonnes de soja importées des États-Unis l’an passé ?

Rab de soja brésilien et accord avec l’Éthiopie

La Chine s’est d’abord tournée vers ses principaux partenaires, à commencer par le Brésil. Normalement la saison du soja est terminée en Amérique du Sud, et ce sont les producteurs aux États-Unis qui prennent le relais. Mais pas cette année où grâce à des progrès en matière de logistique et de stockage au Brésil, quand il n'y en a plus, il y en a encore… C’est même un record. Les usines de concassage en Chine ont réservé entre 12 et 14 millions de tonnes de soja brésilien supplémentaires qui doivent arriver en octobre et novembre prochains, contre 9 millions de tonnes à la même époque l’année dernière selon nos confrères de l’agence Reuters. Quant aux importations en provenance de Russie, elles ont triplé cette année nous dit Bloomberg.

Trouver une alternative aux oléagineux venus des États-Unis, c’est aussi diversifier ses sources d’approvisionnent. Un accord signé le 3 septembre à l’occasion du sommet Chine-Afrique à Pékin permet aux usines chinoises d’importer du soja éthiopien.

« Les détails de l’accord ne sont pas encore tout à fait clairs, explique He Yuxin joint par RFI au téléphone. Ce qui est sûr c’est que ces importations de soja africain ne représentent qu’une infime partie des 95 millions de tonnes de soja importées pas la Chine l’an passé. Pour combler l’absence de soja américain, la Chine a dû augmenter ses commandes au Brésil et à la Russie, poursuit cet analyste au cabinet de conseil en matières premières Zhouchang basé dans la province orientale du Shandong. Elle vient aussi de lever les barrières douanières visant le soja indien, à l’avenir nous importerons de plus en plus de graines venues d’Inde. »

Achat de terres cultivables en Russie

Autre moyen pour tenter de limiter la dépendance aux importations : l’exploitation de terrains agricoles à l’étranger. Les investisseurs chinois s’intéressent au Brésil et à l’Afrique, mais pas seulement. Selon le Huanqiu Shibao, la rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine lors du forum économique de Vladivostok au début du mois, aurait été plutôt fertile sur ce plan. Les agriculteurs chinois nous dit le quotidien vont pouvoir louer des terres dans l’Extrême-Orient russe pour cultiver du soja, du blé et des pommes de terre.

Mais cette guerre commerciale avec les États-Unis pourrait avoir des effets sur le volume global des importations. Les producteurs chinois cherchent des produits de substitution pour la production d’huile alimentaire ou de farines animales. La Chine entend, pour la première fois en quinze ans, réduire ses achats de soja affirmait en mai dernier le site ncpqh.com, citant le ministère chinois de l’Agriculture. Objectif : passer à 84 millions de tonnes de soja importées cette année.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail