Chronique des médias

Mondadori se vend au low cost

Audio 02:40
Le siège de la maison d'édition Mondadori, près Milan.
Le siège de la maison d'édition Mondadori, près Milan. Tristan Nitot/ Wiimedia commons

L’éditeur de presse italien Mondadori, a décidé de vendre sa filiale française, le troisième groupe de presse magazine en France, à Reworld Media, un groupe média spécialiste de la production à bas coûts.

Publicité

C’était il y a douze ans. Le groupe Mondadori, appartenant à la famille Berlusconi, avait décidé de racheter le troisième groupe de presse magazine en France pour 545 millions d’euros. Aujourd’hui, ce même groupe qui édite Science & Vie, Grazia, Closer, Top Santé ou Télé Star est en passe d’être revendu, mais plutôt pour dix fois moins, soit une cinquantaine de millions d’euros, selon l’intersyndicale du groupe de presse. Le groupe Mondadori, en Italie, a en effet décidé de se recentrer sur l’édition, comme en témoigne sa volonté de vendre son hebdomadaire d’actualité Panorama au quotidien La Verità, de Maurizio Belpietro.

Ce qui choque en France les salariés, ce n’est pas la vente mais l’identité de l’acheteur. Car le groupe Reworld Media, de Pascal Chevalier, s’est fait connaître en rachetant les magazines Marie-France, Télé Magazine ou des titres du groupe Lagardère comme Be ou Pariscope. Or, le modèle de ce groupe low cost ne repose pas sur les lecteurs, et donc sur la qualité éditoriale, mais sur « la conversion pour les annonceurs », comme il le dit sur son site. Partant, il n’a pas besoin de journalistes, il se contente d’exploiter sur internet des marques de presse en ayant recours à des agences de production de contenus extérieurs comme Relax News. « La quasi-totalité des magazines publiés par Reworld n’ont plus de rédaction », écrit l’intersyndicale.

D’ailleurs sur les 150 salariés transférés lors du rachat des huit titres du groupe Lagardère, seuls neuf sont encore employés par Reworld, selon Le Figaro.C’est ce qui fait dire aux syndicats de Mondadori France qu’une telle opération engendrerait « une gigantesque casse sociale », menaçant 700 emplois, et même mille si on inclut les collaborateurs extérieurs. Pascal Chevalier a eu beau répliquer qu’il n’était pas là pour tout casser mais plutôt pour fusionner deux groupes qui totaliseront près de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, il ne parvient pas à rassurer les salariés.

Il faut dire que sa société ressemble davantage à un producteur de contenus numériques, avec ses auto-entrepreneurs, qu’à un éditeur de presse. Cela peut être utile pour maximiser les profits à court terme mais il ne s’agit en aucune façon de fidéliser des lecteurs sur le long terme. C’est aussi une façon de répondre à la double crise, publicitaire et de diffusion, des magazines, alors même que les grands groupes de presse quotidienne, Le Monde mais aussi Le Figaro ou le New York Times et le Washington Post ont aujourd’hui tous compris qu’ils ne pourraient survivre qu’en se renforçant en qualité et en embauchant des journalistes.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail