Revue de presse française

A la Une: Gérard Collomb largue les amarres

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Le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb, le 12 septembre 2018 à l'Assemblée nationale.
Le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb, le 12 septembre 2018 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Gonzalo Fuentes

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On savait depuis ces dernières semaines que le ministre de l’Intérieur voulait quitter le gouvernement. Cette fois, c’est fait. Gérard Collomb a en quelque sorte forcé le passage. Les fortes tensions qui couvaient entre Emmanuel Macron et son ministre ont éclaté ces deux derniers jours.

L’intéressé s’explique dans Le Figaro. Une interview publiée dès hier après-midi et qui a précipité son départ. Pour Gérard Collomb, sa démission est motivée par les municipales prévues au… printemps 2020. L’ex-maire de Lyon souhaite en effet récupérer son fauteuil. « J’ai impulsé beaucoup de réformes, explique Gérard Collomb, mais aujourd’hui, compte tenu des rumeurs et de la pression qu’il peut y avoir, je ne veux pas qu’une candidature demain puisse troubler la marche du ministère de l’Intérieur. Il faut une clarté vis-à-vis de nos concitoyens et une clarté vis-à-vis à des Lyonnais. Je maintiens donc ma proposition de démission. »

Quelques instants après la diffusion de cet entretien hier, Emmanuel Macron, contraint et forcé, a donc entériné le départ de Gérard Collomb.

Signes alarmants

Mais en fait, personne n’est dupe… Collomb n’y croyait plus…

« Faut-il, soupire Le Figaro, que l’aventure macroniste soit devenue quantité négligeable à ses yeux pour qu’il préfère affaiblir gravement et sciemment le président plutôt que de mettre en péril son édifice municipal. Parce qu’il fut le premier à croire en Macron, le ministre démissionnaire prouve ainsi qu’il n’y croit plus. Les larmes de Collomb qui inauguraient à l’Élysée le quinquennat ont cédé la place à la lame de Collomb qui coupe la dernière amarre. »

En effet, renchérit Libération, « Gérard Collomb fut le principal soutien du futur président. Deux ans plus tard, il est le savonneur de planche en chef. Quelle faille s’est creusée entre lui et son jeune pupille parvenu au sommet ? L’affaire Benalla, sans doute, où il fut le dindon de la farce. Mais il y a peut-être plus gênant, pointe Libération : si ce fidèle des fidèles décide de prendre du champ, c’est aussi parce qu’il porte sur l’avenir de l’équipée Macron un diagnostic moins optimiste qu’à son entrée dans le gouvernement. Signe alarmant. »

Ouest France insiste : Gérard Collomb « tord le bras du président de la République et du Premier ministre aux yeux de tous, de manière fracassante. Le résultat est désastreux pour l’un comme l’autre. Jupiter n’est plus le maître des horloges. Son Premier ministre, court-circuité, tenu pour quantité négligeable. L’équipe censée transformer le pays n’apparaît pas solidaire. »

Jupiter foudroyé

Et « dans cette histoire, relève Les Dernières Nouvelles d’Alsace, c’est évidemment le chef de l’État le grand perdant. Lâché au terme d’un bras de fer improbable par le plus proche de ses plus proches, étrillé par l’homme qui lui a ouvert le chemin en politique et lui a apporté tout cuit dans le bec les élus dont il avait cruellement besoin, Emmanuel Macron a perdu le contrôle. Lui qui se représentait volontiers en maître des horloges et en homme à poigne capable de faire rentrer dans le rang jusqu’au chef d’état-major des armées s’est laissé dicter le tempo et n’a pu que subir les événements. »

C’est vrai, « Jupiter se retrouve foudroyé, constate La Voix du Nord. Emmanuel Macron lui-même avait utilisé l’expression de “présidence jupitérienne” pour désigner un pouvoir définissant les grandes orientations, ne se mêlant pas des contingences politiques, assumant la solennité de la fonction. Il avait d’abord su endosser ce costume, passant de la séduction à l’autorité. Le “dépit amoureux” que vit Gérard Collomb montre que l’autorité d’Emmanuel Macron s’appuyait sur cette séduction. Une séduction qui n’opère plus, désormais, auprès des Français, relève encore La Voix du Nord. Le chef de l’État n’a pas encore su retrouver la bonne distance et le bon registre dans ses rapports avec eux. Et avec ses ministres. »

Enfin, « inquiétant, désolant et navrant », résume Le Parisien. « Inquiétant, car la menace terroriste est toujours aussi élevée   cinq attentats déjoués depuis début 2018   de l’aveu même de l’ancien maire de Lyon. Désolant, car cette cacophonie au sommet entre le palais de l’Elysée et la Place Beauvau se joue sur fond d’ambition personnelle avec en ligne de mire la reconquête de la capitale des Gaules. Navrant, enfin, car c’est un nouveau symptôme de l’affaiblissement de l’exécutif alors que se profilent en cette rentrée des réformes majeures pour notre pays. »

Notre planète : Il est trop tard…

Et puis à lire également cette interview dansLibération d’Aurélien Barrau… « Début septembre, rappelle le journal, Aurélien Barrau, 45 ans, astrophysicien à l’université Grenoble-Alpes, lançait avec l’actrice Juliette Binoche un appel pour une action politique “ferme et immédiate” face au changement climatique, signé par 200 personnalités et publié en une du Monde. Quelques jours plus tard, invité du festival Climax, à l’Ecosystème Darwin, à Bordeaux, il enfonçait le clou, avec un discours limpide et percutant qui a enflammé les réseaux sociaux   vu près de 4 millions de fois sur Facebook. » Aurélien Barrau en remet une couche ce matin dans Libération : « Il est trop tard pour que rien de grave n’ait lieu, affirme-t-il. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans. L’Europe a perdu, en trente ans, plus de 400 millions d’oiseaux et 80 % des insectes volants. Et au niveau humain, on commence déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est trop tard. […] Même si on est exemplaire, il faudra des temps gigantesques pour inverser la tendance. »

Un miracle éthique ?

Alors quelle issue ? Pour Aurélien Barrau, « il faut redéfinir notre rapport au vivant, à la Terre, et envisager une décroissance économique qui soit une croissance intellectuelle, culturelle, écologique et humaniste. Une amélioration de la qualité de vie, une ouverture de possible, un endiguement de la mort des espèces, un partage apaisé des richesses devraient, avec de meilleurs indicateurs, apparaître comme une authentique croissance ! Même si on baisse la production de certains objets techniques. […] Quand les dinosaures ont reçu la météorite, ils ne pouvaient rien y faire. Nous, nous avons les rênes en mains, conclut L’astrophysicien. Certains pensent qu’il y aura, au dernier instant, un miracle technologique. Ce n’est pas raisonnable. Et même si on déménageait sur Mars, il y aurait très peu de “happy few” ! En revanche, je crois à un miracle éthique : on sait tous, au fond de nous, que la situation est insensée. On nie la vie en elle-même. L’inaction serait impardonnable : nous avons toute l’information. »

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