Le monde en questions

L’OIF, la France et l’Afrique

Audio 03:25
Emmanuel Macron à la tribune du 17e sommet de la Francophonie, le 11 octobre 2018.
Emmanuel Macron à la tribune du 17e sommet de la Francophonie, le 11 octobre 2018. ©REUTERS/Melik Baghdasaryan

Comme chaque vendredi, nous retrouvons la chronique de Bruno Daroux, Le Monde en Questions, consacrée cette semaine sur le 17e sommet de la Francophonie à Erevan, qui vient de s’achever avec l’élection par consensus de la Rwandaise Louise Mushikiwabo comme Secrétaire générale de l’OIF, l’Organisation internationale de la Francophonie. Et la question que vous posez est la suivante : « Dans quel état se trouve l’OIF à l’issue de ce 17e sommet ? »

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Un constat d'abord : à presque 50 ans, l’OIF se porte plutôt bien, en termes de fréquentation et de certaines réalisations.

84 Etats membres, associés ou observateurs, et quatre petits nouveaux qui vont rejoindre le club - Louisiane, Gambie, Irlande, Malte. Une vraie ONU en miniature, même si le total des populations de ces pays ne dépasse pas 5% de la population mondiale, mais 16% du PIB mondial.

Bref, un club d'influence, de « soft power », qui existe sur la scène mondiale. Des actions culturelles et éducatives qui marchent bien et une Francophonie économique qui veut renforcer les échanges commerciaux entre pays francophones et anglophones, notamment en Afrique.

A cela s'ajoute les projections démographiques -merci l'Afrique- qui pourraient multiplier par presque trois le nombre de locuteurs francophones d'ici 2050. Et faire gagner quelques places à la langue de Molière sur le podium des langues les plus parlées dans le monde. Aujourd’hui le français occupe la cinquième place.

Tout cela est bel et bon. Mais si la vitrine présente bien, les coulisses sont parfois moins rutilantes.

D'abord, comme toute institution multilatérale, l'Union européenne en tête, l´OIF est confrontée au dilemme de l'élargissement ou de l'approfondissement. Accueillir sans cesse de nouveaux membres, c'est bien, mais pour quoi faire ? Accueillir des pays dont le niveau de francophonie ne dépasse pas les 1, 2 ou 3%, est-ce que cela a du sens ? Le débat n'est pas nouveau et a paru être réglé, il y a quelques années quand il a été décidé que les missions de la Francophonie incluaient certes la défense et illustration de l'usage du français dans le monde, mais aussi la promotion de la diversité linguistique et l'attachement aux valeurs de paix et de démocratie. Là aussi on ne peut qu'applaudir sur le papier, mais là encore, l'OIF pratique le grand écart entre les principes affichés et les tristes réalités de certains États membres, qui ont un rapport plus que problématique avec les pratiques démocratiques.

Un débat qui vient de ressurgir avec le choix de madame Mushikiwabo, jusque-là ministre rwandaise des Affaires étrangères, comme Secrétaire énérale.

Ce qui vient de se dérouler à Erevan n’est pas vraiment satisfaisant : une sortante, la Canadienne Michaëlle Jean, qui n'a pas démérité, qui souhaitait effectuer un second mandat - mais qui n'a pas l'air de plaire à la super puissance de l'OIF, la France.

Paris souhaite aussi que la direction de l’OIF revienne à l'Afrique -très bien et qui du coup soutient la candidature d'un pays, le Rwanda, dont la pratique francophone est à la baisse- le français y a perdu son statut de langue d'enseignement au profit de l'anglais. Un pays dont les pratiques démocratiques posent carrément problème, pour dire le moins.

Résultat : soutenue à fond par le président Macron, et par l’Union africaine, Michaëlle Jean se voit lâcher à la dernière minute par son pays d’origine, le Canada et le Québec, là encore sur forte pression de Paris.

Et du coup Louise Mushikiwabo est donc installée par acclamation consensuelle -pas très démocratique non plus. Tout cela sent un peu la naphtaline et les combines d'arrière-cour. Ce qui ne facilitera pas la tâche de la principale intéressée à qui on souhaite donc la bienvenue- et bien du courage.

Car elle doit maintenant, par ses actes et son style de gouvernance, montrer son indépendance, son pragmatisme, et renforcer la visibilité de l’OIF sur la scène internationale.

Madame Mushikiwabo, à vous de jouer !

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