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Invité Afrique

Biafra: «Nnamdi Kanu réapparaît pour peser sur la future présidentielle au Nigeria»

Audio 06:10
Le principal leader indépendantiste biafrais (IPOB) Nnamdi Kanu après avoir été mis en liberté sous caution par la Haute cour fédérale, à Abuja, le 25 avril 2017.
Le principal leader indépendantiste biafrais (IPOB) Nnamdi Kanu après avoir été mis en liberté sous caution par la Haute cour fédérale, à Abuja, le 25 avril 2017. STRINGER /AFP

Beaucoup le croyaient en prison, voire tué par l'armée nigériane... Il y a quelques jours, le chef séparatiste biafrais Nnamdi Kanu a refait surface dans une vidéo tournée apparemment à Jérusalem, en Israël. Pour Benjamin Augé, chercheur à l'IFRI, Kanu veut « s'inviter » dans la présidentielle de février prochain.

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RFI : Quel est le poids politique de Nnamdi Kanu ?

Benjamin Augé : Nnamdi Kanu a commencé à acquérir une certaine popularité lorsqu’il était à Londres, qu’il dirigeait la radio Biafra, où il appelait justement à l’indépendance du Biafra. Il est revenu au Nigeria après avoir passé plus de deux décennies en Grande-Bretagne, où il a commencé à haranguer les foules, à organiser des manifestations et à poser de gros problèmes sécuritaires au Nigeria, à la suite desquelles manifestations il a été emprisonné. Donc il a eu un statut un peu de martyre auprès d’une partie de la population de l’Igboland au sud-est du Nigeria.

Nnamdi Kanu a disparu il y a un an, en septembre 2017, quand l’armée a pris d’assaut sa concession privée à Umuhaia dans le sud-est du Nigeria. Pourquoi cette réapparition, un an plus tard ?

On peut imaginer que les élections de février 2019 pour la présidentielle et celles des gouverneurs le poussent à intervenir dans le débat actuel pour faire en sorte que les discussions portent aussi sur la représentativité des Igbo au pouvoir, même s’il a une vision très extrême des choses, c’est-à-dire qu’il considère qu’il faut que l’Igboland devienne un Etat comme à la fin des années 1960. Mais il veut que ce sujet soit à l’agenda de la campagne et des élections de l’année prochaine.

De février prochain ?

Oui.

Nnamdi Kanu appartient à la communauté Igbo qui est l’une des trois grandes communautés du Nigeria. Dans le parti d’opposition PDP, le candidat au poste de vice-président à cette présidentielle de février prochain c’est Peter Obi, qui est aussi un Igbo. Quelles sont les connexions entre Nnamdi Kanu et Peter Obi ?

Peter Obi est un ancien gouverneur de l’Etat d’Anambra, qui est un des trois principaux Etats où la population Igbo est largement dominante. Quand Nnamdi Kanu a été emprisonné, il a été l’un de fers de lance de sa libération en faisant pression sur le gouvernement. Après, les deux hommes ne s’apprécient pas beaucoup. Il y a déjà eu des interviews très directes de Kanu contre Peter Obi. Peter Obi, lui, est pour faire en sorte que la représentativité des Igbo se fasse au sein de l’appareil du Nigeria. Donc il n’est pas pour l’indépendance d’un Igboland, il est pour que les Igbo soient le plus représentés possible. Donc c’est deux stratégies totalement différentes.

C’est-à-dire que Peter Obi est solidaire de Nnamdi Kanu quand celui-ci est en prison, mais cela ne va pas plus loin ?

Voilà, c’est ça. Il considère que c’était une espèce de prisonnier politique et qu’il fallait le libérer parce que cela crée beaucoup, beaucoup de tensions dans l'Igboland. Mais par contre, pour l’objectif de Nnamdi Kanu - de l’indépendance -, il n’est pas du tout sur cette ligne d’indépendance de cette région.

Alors justement, au vu de cette présidentielle, Nnamdi Kanu, dans sa vidéo réalisée en Israël, appelle au boycott des élections. Cela ne fait, j’imagine, pas du tout l’affaire du parti d’opposition PDP et de son candidat numéro 2 Peter Obi, non ?

Non, c’est sûr. Mais c’est quelque chose à laquelle il fallait s’attendre, puisqu’il est contre le processus démocratique du Nigeria qui pour lui ne devrait pas avoir la souveraineté sur sa région de l’Igboland, du Biafra. Donc c’est absolument naturel.

Et dans cette communauté Igbo, qui est très nombreuse, qui est l’une des trois plus grandes communautés du Nigeria, quelles sont les attentes ? Plutôt l’arrivée d’un Igbo comme vice-président ou plutôt la sécession comme lors du combat pour le Biafra indépendant il y a cinquante ans ?

Je pense que le combat du Biafra fait toujours beaucoup peur aux gens qui ont vécu cette période-là et cela continue à marquer ce territoire. Donc je pense que le combat Nnamdi Kanu entraîne certainement beaucoup, beaucoup de supporters, mais la plupart des gens qui sont dans l’Igboland sont plus pour faire pression sur le gouvernement central, quel qu’il soit en termes de parti - PDP ou APC -, pour que la représentativité des Igbo soit la plus forte.

Le PDP, c’est donc le parti d’opposition avec Atiku Abubakar, candidat pour la présidentielle, et l’APC c’est le parti au pouvoir avec le président sortant Muhammadu Buhari ?

Oui, quand vous parlez aux dirigeants de l’APC ou du PDP, qui sont des Igbo eux-mêmes – il y en a à des niveaux très élevés, le vice-président du Sénat est un Igbo –, leur objectif n’est pas l’indépendance du Biafra. Leur objectif c’est justement d’avoir une meilleure représentativité. Et là-dessus ils s’accordent tous, qu’ils soient PDP ou APC, pour dire que la représentativité des Igbo est trop faible actuellement. C’est l’une des trois plus grosses communautés, c’est à peu près une trentaine de millions d’habitants sur 180 qui sont Igbo, et le fait qu’ils n’aient, ni président, ni vice-président depuis plusieurs décennies, pose certainement un problème symbolique à cette communauté.

Et peut-on dire que dans leur majorité les Igbo s’apprêtent à voter pour le candidat de l’opposition PDP en février prochain ?

Non, je pense que c’est plus compliqué que cela. Je pense qu’il y aura une majorité, probablement, d’Igbo qui iront vers le ticket Atiku-Peter Obi, mais ils n’emporteront pas les régions à 100 %.

Y-at-il un ressentiment contre le général Buhari dans la région du sud-est du Nigeria ?

Oui, et plus largement y compris dans le delta du Niger. C’est-à-dire que ce n’est pas uniquement l’Igboland, mais c’est aussi la partie qui est plus au sud, où la majorité sont des Ijaw, comme l’était Goodluck Jonathan, l’ancien président. Il y a un côté, aussi, qui considère que la région est totalement délaissée, qu’il n’y a pas d’électricité, qu’il n’y a pas d’eau, que les services publics ne sont pas là… Alors que c’est LA région du Nigeria qui est la plus riche du fait de la concentration de ressources en pétrole et en gaz.

Donc cette région est stratégique pour la présidentielle de février ?

Totalement. En particulier parce qu’il va falloir beaucoup travailler avec les hommes politiques APC, parce que le ticket APC est entre un nordiste, Buhari, et un Yoruba de Lagos, Yemi Osinbajo. Donc ils n’ont pas dans leur ticket quelqu’un qui pourrait représenter la région du sud-est.

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