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Contrat des corvettes: Madrid tremble devant l’Arabie saoudite

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Pedro Sanchez, chef du gouvernement espagnol, ici au Parlement le 24 octobre 2018, est embarrassé par l'affaire Khashoggi et le contrat de vente de corvettes à l'Arabie saoudite.
Pedro Sanchez, chef du gouvernement espagnol, ici au Parlement le 24 octobre 2018, est embarrassé par l'affaire Khashoggi et le contrat de vente de corvettes à l'Arabie saoudite. REUTERS/Susana Vera

La Chambre des députés espagnole vient d’être le témoin d’une crise diplomatique très délicate. Alors que la communauté internationale tient un discours de fermeté vis-à-vis de l’Arabie saoudite, après la mort du journaliste Jamal Khashoggi, Madrid plie un genou. Face à Riyad, le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez se montre compréhensif au motif qu'un gigantesque contrat militaire est en jeu entre les deux pays.

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avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

L’Arabie saoudite a commandé à l’Espagne cinq corvettes de guerre pour la bagatelle de presque 2 milliards d’euros. Ces navires militaires doivent être construits dans les chantiers navals de la baie de Cadix, en Andalousie, et donner un emploi à 5900 personnes jusqu’à 2022. C'est une manne extraordinaire pour les chantiers navals nationaux, Navantia, qui sans ce contrat, pourraient voir leur avenir s’assombrir.

Madrid craint une annulation de ce contrat si elle faisait preuve de fermeté dans le dossier Khashoggi.D’autant que les élections régionales d’Andalousie ont lieu très bientôt, le 2 décembre. Une région que tiennent les socialistes depuis longtemps mais qu’ils pourraient perdre si jamais ce contrat gigantesque était annulé.

Rappelons que cet été, le gouvernement central avait annoncé qu’il n’allait pas livrer 400 bombes à guidage laser à l’Arabie Saoudite, au motif que celles-ci seraient utilisées contre des civils. Mais dans un deuxième temps, et justement par peur de perdre le contrat de 2 milliards pour les cinq corvettes, le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, avait changé d’avis pour éviter des représailles.

Une ambiguité mal vécue politiquement

Pedro Sanchez a beau dire que la mort du journaliste Khashoggi est très préoccupante, qu’il faut que les assassins soient punis, qu’il veut créer un organisme européen pour vérifier l’usage des armements vendus à l’Arabie Saoudite... il aussi appelé à la rescousse « l'intérêt supérieur de l’Espagne », pour justifier son attitude molle vis-à-vis de l’Arabie saoudite.

Le leader de Podemos, Pablo Iglesias attaque le chef du gouvernement, disant qu’il faut cesser de vendre des armes et que l’Espagne doit renoncer au contrat des 5 corvettes et assumer le manque à gagner. A droite, Ciudadanos et le PP, Partido popular, critiquent le gouvernement socialiste au pouvoir argumentant  « qu’il a vendu son âme et qu’il cède au chantage immoral de l’Arabie saoudite».

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