Accents d'Europe

Amiante: un fléau toujours présent en Europe

Audio 19:30
Une ancienne usine d'amiante, à Thetford Mines, dans la province du Québec (Canada), le 14 février 2012. L'utilisation, l'importation et l'exportation d'amiante sera interdit en 2018 au Canada.
Une ancienne usine d'amiante, à Thetford Mines, dans la province du Québec (Canada), le 14 février 2012. L'utilisation, l'importation et l'exportation d'amiante sera interdit en 2018 au Canada. AFP/Guillaume Lavallée

C’est une bombe à retardement, sanitaire et environnementale. L’amiante n’a pas disparu de notre environnement et elle continue de tuer. La France estime qu’elle pourrait être responsable de 100 000 cancers d’ici 2025.La fibre a pourtant été interdite, dès 1972, au Danemark, puis aux Etats-Unis et en Suède. En 2005, dans toute l’Union Européenne. Elle est aujourd’hui bannie dans une soixantaine de pays. Mais, cette fibre qui a longtemps été qualifiée de « magic mineral » par les professionnels du bâtiment est encore présente dans de très nombreux bâtiments.Et pour cause dans certains pays, y compris sur le continent européen, elle est encore utilisée et produite. 

Publicité

La Russie produit 60 % de l’amiante sur le globe et demeure le premier exportateur dans le monde. A Moscou, et dans les mines de l’Oural où elle est extraite, on reste muet sur les dangers que fait peser l’amiante sur tous les professionnels du secteur. On se contente de vanter un produit miracle face au feu et au froid. A Moscou, Paul Gogo s’est intéressé à la communication édifiante de l’Association des producteurs d’amiante russe.

Nature morte à ciel ouvert de déchets toxiques dans l’arrière pays de Naples. Sur ce tas se mêlent produits toxiques, jouets d’enfants et amiante.
Nature morte à ciel ouvert de déchets toxiques dans l’arrière pays de Naples. Sur ce tas se mêlent produits toxiques, jouets d’enfants et amiante. RFI/Mathilde Auvillain

Loin de ces dérives, les pays de l’Union Européenne ont tous interdit l’amiante en 2005. Mais, ces dispositions légales ne résolvent pas tout… En Italie par exemple, 26 ans après l’adoption d’un texte de loi contre la fibre tueuse, le nombre de morts lié à ce matériau n’a jamais été aussi élevé. 6 000 morts en 2017. Le poison met des dizaines d’années avant d’être mortel. Mais, ce n’est pas l’unique explication. Les chiffres donnent le tournis ; il reste 40 millions de tonnes à démanteler sur 50 000 sites, sans parler de toutes les décharges illégales où l’amiante a été enterré dans la nature sans précaution. En Sicile, on retrouve Cécile Debarge.

Campus universitaire de Jussieu.
Campus universitaire de Jussieu. cc Wikimédia / Groume

Et en France aussi, on s’inquiète. On pensait que 20 ans après la loi, l’amiante était un problème du passé à reléguer aux archives. Les désamiantages très médiatisés de l’Université de Jussieu ne sont que la partie émergée de l’iceberg. De très nombreux bâtiments publics, dont des écoles, se révèlent aujourd'hui dangereuses. A tel point que certains professeurs ont voulu marquer leur inquiétude par une journée de grève. Dans le nord de la France, Lise Verbeke a rencontré des professionnels un peu perdus sur les procédures à appliquer pour désamianter des administrations ou des salles de classe.

Et toujours en France, c’est le tribunal de Créteil en banlieue parisienne qui est sous le feu de la critique. Une des juges qui y a officié pendant dix ans, Françoise Bienvenu est morte d’un cancer foudroyant en été 2018. Aujourd’hui, ses enfants veulent faire reconnaîre la maladie de leur mère comme une maladie professionnelle. Un combat que sa fille Hélène a expliqué à Catherine Rolland.

Et la Croatie n’a pris qu’en 2005 la mesure du danger que représentait l’amiante. Mais, l’interdiction se heurte à une foule de problèmes ; manque d’argent pour financer le désamiantage, manque de techniciens formés. Résultat : les statistiques des victimes de l’amiante sont inquiétantes… Simon Rico.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail