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Invité Afrique

Union africaine : «C'est la première fois qu'un sommet extraordinaire est consacré aux réformes»

Audio 05:05
Pierre Moukoko Mbonjo, chef de l’unité de mise en œuvre de la réforme institutionnelle de l’Union africaine.
Pierre Moukoko Mbonjo, chef de l’unité de mise en œuvre de la réforme institutionnelle de l’Union africaine. Flickr/Foreign and Commonwealth Office

Il était présenté par certains observateurs comme la dernière occasion de réformer l’Union africaine. Le onzième sommet extraordinaire des dirigeants de l’institution continentale s’est terminé hier (dimanche) à Addis-Abeba. Les 55 membres sont tombés d’accord pour réviser la Commission, qui est l’exécutif de l’UA. L’idée est de gagner en efficacité. L’entrée en vigueur est prévue pour 2021. Autres décisions : les chefs d’État ont acté la transformation du Nepad en agence de développement de l’Union. Ils ont aussi décidé le durcissement des sanctions contre les membres mauvais payeurs. Ce sont des décisions qui visent à un grand toilettage de l’organisation. Pourtant, beaucoup d’observateurs et même des membres de l’UA se disent déçus par l’ampleur de ces réformes. « Tout ça pour ça » en quelque sorte. Réponse du « Monsieur réformes » de la Commission de l’UA, le Camerounais Pierre Moukoko Mbonjo, au micro de RFI.

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RFI : Est-ce que c’est la révolution institutionnelle que l’on avait annoncée ?

Pierre Moukoko Mbonjo : D’abord, il faut remarquer que c’est la première fois tant dans l’histoire de l’OUA que dans celle de l’Union africaine qu’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement est consacré aux réformes. Effectivement, ce sommet a été à la hauteur des attentes. Et je dirais même plus que ça. Au cœur des décisions qui ont été prises, figure en première place la réforme de la Commission de l’Union africaine. La Commission de l’Union africaine, c’est l’exécutif de l’Union africaine. Nous passons d’une Commission à dix membres à une Commission à huit membres. Donc un président, un vice-président et six commissaires. Mais les critères de genre (égalité homme-femme), les critères de distribution géographique équitable entre les cinq régions sont pris en compte. Les portefeuilles ont été également revus. Donc véritablement, il y a vraiment du nouveau. Mais il n’y a pas que ça, il y a le mode de sélection, le président de la Commission passera par une phase de présélection un peu plus rigoureuse. Toutes les candidates et tous les candidats après avoir été présélectionnés au niveau de leurs régions respectives seront soumis à un débat public qui devrait être diffusé sur l’ensemble du continent. Ils devront avant l’élection faire une présentation également devant la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement.

A partir de janvier 2021, lorsque la nouvelle Commission entrera en fonction, elle va se trouver renforcer par un nouveau mécanisme de sélection, un peu plus politique, un peu plus sur la compétence, c’est ce qui est écrit dans les textes, avec une possibilité aussi de renvoie de ces personnes, c’est-à-dire, qu’ils seront plus indépendants, mais devront rendre plus de comptes. En quoi est-ce que tout ça constitue une vraie évolution de l’Union africaine ?

L’évolution est totale. D’abord au départ toute la Commission était élue par des chefs d’Etat. Vous comprenez que quand vous bénéficiez de la même source de légitimité, le sens du respect de la hiérarchie n’étant pas inné dans l’être humain, cela comporte quelques risques en termes de conduite cohérente d’une politique. Donc à partir du moment où les chefs d’Etat confèrent au président de la prochaine Commission la possibilité d’initier la cessation de mandat d’une ou d’un commissaire, cela change tout. Parce que cela renforce l’autorité du président de la Commission. Le président de la Commission est le représentant légal de l’Union africaine, je ne dis pas de la Commission. De toute l’Union africaine ! C’est lui qui est le visage de l’Union africaine, il est le directeur général, le chief executive officer comme on dit en anglais, en même qu’il est l’ordonnateur du budget de toute l’Union africaine. Il a donc besoin d’avoir une autorité suffisamment forte pour pouvoir effectivement mettre en œuvre les politiques notamment les politiques communes qui sont décidés par les chefs d’Etat et de gouvernement.

Est-ce qu’avec cette réforme, on fait entrer les techniques managériales du privé dans l’Union africaine pour la rendre plus efficace ?

C’est exactement cela, puisqu’il est question de mettre en place un système de gestion axé sur les résultats.

Dans cette réforme, il y a également l’adoption de sanctions plus lourdes pour les Etats qui ne payent pas ou ne payent pas à temps leurs cotisations, leurs contributions financières.

Absolument, vous savez, l’Union africaine est en train de faire des efforts remarquables en matière d’autonomie financière. En deux ans, l’indépendance vis-à-vis des partenaires est passée de 60% à 30%. Donc cet effort mérite d’être poursuivi, mais il est en reste pour le moins vrai qu’il y a des problèmes liés au non-paiement à date des contributions des Etats membres. Et l’on sait très bien que l’argent est le nerf de la guerre.

Parmi les pistes de réformes envisagées ces dernières années, il y avait la possibilité de donner au président de la Commission le pouvoir de recruter lui-même sa Commission, donc d’avoir une légitimité encore plus grande. Finalement, ça n’a pas été conservé. Il y a d’autres propositions qui ont été abandonnées. Est-ce que vous n’êtes pas quand même déçu sur certains points de la frilosité des réformes adoptés ?

Mais non, pas du tout. Vous savez la réforme est un processus. Les Etats membres cèdent progressivement des parcelles de souveraineté. Autant les Etats membres n’ont pas souhaité à ce stade de l’évolution confié au président de la Commission le pouvoir de choisir les commissaires. Autant par contre, ils lui ont donné ce qui n’a jamais existé, le pouvoir d’initier la cessation de leurs fonctions. Ça, c’est un pas qualitatif, un saut qualitatif net. Donc les choses ont bougé. C’est un peu l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Vu de notre côté qui somme en charge de ces questions ici, le verre est à moitié plein.

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