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Afrique économie

Afrique du Sud [Série 3/5]: l'expropriation foncière sans compensation

Audio 02:23
24 ans après la fin de l’apartheid, la minorité blanche, moins de 10% des Sud-Africains, détient toujours les trois quarts des terres du pays.
24 ans après la fin de l’apartheid, la minorité blanche, moins de 10% des Sud-Africains, détient toujours les trois quarts des terres du pays. ©MIKE HUTCHINGS/REUTERS
6 mn

Suite de notre série Afrique économie consacrée à l’Afrique du Sud. Avec un troisième volet consacré au projet du président Cyril Ramaphosa d’exproprier les grands propriétaires fonciers que ce soit pour des terres agricoles détenues par la minorité blanche ou des zones urbaines destinées à construire des logements sociaux, sans compensation financière et dans des conditions qui demeurent très floues. Or, ce projet intervient à quelques mois d’élections nationales.

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Des réformes agraires, il y en a déjà eu en Afrique du Sud, dès les années 1990. Mais 24 ans après la fin de l’apartheid, seuls 10 % des terres agricoles ont été redistribuées, selon le principe du vendeur volontaire et de l’acheteur volontaire. L’État s’est souvent fait flouer, rachetant au prix fort des propriétés surévaluées. Pour des résultats plutôt décevants, comme l’explique Nicolas Pons-Vignon, économiste spécialiste des politiques publiques à la Wits University de Johannesbourg.

« Les résultats pour promouvoir de nouveaux fermiers noirs qui pourraient remplacer les Blancs n'ont pas été très bons, parce qu’en même temps qu'il y a eu une réforme agraire, il y a aussi eu une austérité budgétaire qui a empêché, ou l'État n'a pas voulu, investir, pour soutenir les nouveaux fermiers. », détaille-t-il.

Surtout, l’immense majorité des chômeurs noirs vit aujourd’hui en ville, et ne s’envisage aucunement en agriculteur. À ces difficultés s’ajoute l’épineuse question de la compensation : de manière inédite, le projet présidentiel prévoit de modifier la Constitution afin de priver de toute indemnité financière les personnes expropriées. Neil Gopal, président de l’Association sud-africaine des propriétaires (Sapoa), conteste.

« Il n'est pas nécessaire de modifier la Constitution, déclare-t-il. Pour Gautrain [train régional à grande vitesse], pour la voie ferrée : il y a eu des expropriations ! La compensation financière, c'est un autre sujet qui doit être traité par les tribunaux. C'est une question juridique. Deuxièmement, en raison de l'histoire unique de l'Afrique du Sud, l'histoire de gens qui ont été dépossédés de leur terre dans la violence, il n'existe pas de réponse facile. Et c'est pourquoi il faut revenir à l'histoire spécifique de chaque terrain concerné par l'expropriation. »

Pour Tokelo Nhlapo, l’absence d’indemnité financière est au contraire un point fondamental. Il est membre des Economic Freedom Fighters (EFF), un parti politique d’opposition qui défend la population noire et qui a fait de l’expropriation sans compensation un pilier de son programme.

« Même si certains Blancs ont pu acheter des terres, intrinsèquement, la question de la compensation est directement liée au fait que les Noirs ont été dépossédés de leurs terres dans ce pays. Intellectuellement, il n'est pas concevable de leur demander de payer pour des terres qui leur ont été volées. »

Soufflant le chaud et le froid, le président Cyril Ramaphosa a promis d’exproprier sans indemniser, mais il a aussi déclaré, devant des investisseurs étrangers, qu’il ne toucherait pas au droit de propriété. Des élections provinciales, législatives et présidentielles auront lieu l’année prochaine. D’ici là, beaucoup de choses seront dites sur ce projet. Peu seront faites.

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