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Afrique du Sud [4/5]: le pays le plus industrialisé du continent face au chômage

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Trois jeunes chômeurs réunis au siège d'un syndicat municipal affilié à la fédération Saftu, à Johannesburg.
Trois jeunes chômeurs réunis au siège d'un syndicat municipal affilié à la fédération Saftu, à Johannesburg. RFI/David Baché

L’Afrique du Sud, un pays émergent, locomotive du continent, mais qui connaît aussi de sérieuses difficultés. Après plusieurs années de stagnation, l’économie sud-africaine est entrée en récession, depuis le mois de septembre. Un symptôme, c’est la production agricole ou manufacturière en baisse. Un autre, c’est le chômage, avec un marché du travail digne des pays les moins avancés.

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Le taux de chômage en Afrique du Sud, selon les derniers chiffres de l’agence nationale des statistiques, est de 27,5 %. Un chiffre auxquels il faut ajouter les « actifs découragés », terme officiel pour désigner tous ceux qui, de guerre lasse, ont cessé de chercher. En réalité, c’est donc 37,3 % de la population active du pays, près de 10 millions de Sud-Africains, qui sont sans emploi. Parmi eux, Zaid Karolia, 27 ans. Après avoir travaillé six mois comme informaticien, il a quitté l’entreprise qui le sous-payait. Depuis, plus rien.

« Ça fait près de 5 ans. Ça avait été dur de trouver un boulot. J’aidais mes parents, avec le petit salaire que je touchais. Depuis j’envoie mon CV à des entreprises. Je ne saurais même pas dire combien... peut-être un millier ! », affirme Zaid et quand il a obtenu des réponses : « les salaires étaient très bas. J’ai eu des entretiens, mais je n’ai jamais été engagé. ». En attendant, Zaid vit toujours chez ses parents, qui touchent une petite retraite.

53 % de taux de chômage chez les moins de 34 ans

Les jeunes sont les plus touchés par le chômage : près de 53 % des moins de 34 ans. Les plus diplômés, quand ils trouvent un emploi, sont mal payés. Pour les moins qualifiés, comme Nompumelelo Nkosi, 32 ans, qui n’a connu que des petits contrats de caissière ou de serveuse, c’est encore pire : « il y a trop de corruption, il faut payer pour trouver un boulot ! On me l’a demandé plusieurs fois ! Moi ça ne m’intéresse pas, je veux obtenir mon travail normalement. Eux ils veulent de l’argent, ils s’en moquent des CV : tu apportes de l’argent, et ensuite tu as un travail. Moi je regarde sur les réseaux sociaux et ensuite j’envoie mon CV. »

Nompumelelo Nkosi vit avec sa mère et sa grand-mère à Soweto, banlieue noire déshéritée de Johannesburg. Pour venir travailler ou chercher un travail en ville, il lui faut beaucoup de temps, et le prix du transport.

Le modèle économique choisi par le gouvernement remis en cause

Stephen Faulkner est l’un des fondateurs de la fédération syndicale Saftu. Pour lui, si le taux de chômage en Afrique du Sud est parmi les plus élevés au monde, c’est le modèle de développement économique choisi par les autorités qui en est responsable.

« C’est un modèle fondé sur l’attraction d’investissements étrangers, sur la réduction des services de l’Etat et la limite des dépenses publiques. Tout cela a contribué à la “non-génération” d’emplois. Il y a un autre facteur : historiquement, l’économie sud-africaine s’est construite autour de deux ou trois industries minières. Quand ces secteurs clefs déclinent, c’est toute l’économie qui est affectée. ».

Les autorités sud-africaines ont lancé en mars dernier un programme destiné à offrir un CDD d’un an à plusieurs milliers de jeunes chômeurs.

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