Chronique des médias

Les «gilets jaunes», les Français et les médias

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Le cortège des «gilets jaunes» arrive place de la Bastille, le 12 décembre 2019 (illustration).
Le cortège des «gilets jaunes» arrive place de la Bastille, le 12 décembre 2019 (illustration). RFI/David Baché

Selon le baromètre La Croix-Kantar de la confiance des Français dans les médias, une majorité de français ne sont pas satisfaits du traitement médiatique de la crise des «gilets jaunes».

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C’est un sondage qui est scruté chaque année et qui donne le pouls de la confiance des Français dans les médias. En 2019, on voit que la télé, comme la presse et la radio, atteint son plus bas niveau historique puisque moins de quatre Français sur dix considèrent qu’il s’agit d’un moyen d’information fiable. Les personnes interrogées estiment qu’on a trop parlé l’an dernier de l’héritage de Johnny Halliday ou de l’affaire Benalla et pas assez de la marche pour le climat. Mais c’est surtout sur le traitement médiatique des «gilets jaunes» que le bât blesse. Une majorité de Français trouve que les journalistes ont mal traité de ce mouvement, que les médias ont trop dramatisé l’événement ou qu’ils laissé une trop grande place à des gens qui expriment un point de vue extrême.

C’est vrai que les «gilets jaunes» ont donné aux télévisions l’occasion de tendre le micro à des gens qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Pour Arnaud Mercier, professeur à l’Institut français de presse, il y a eu sans doute une forme de « mauvaise conscience » de la part des rédactions : elles se sont dit, confusément, que jusqu’ici on ne les voyait pas beaucoup ces gens des classes moyennes inférieures issus des ronds-points. Et comme ils suscitaient un grand soutien populaire, il fallait leur donner enfin une visibilité. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a relevé dans son baromètre de la diversité que, parmi les gens qu’on voit d’ordinaire à la télé, les trois quarts sont issus de la catégorie socio-professionnelle supérieure alors que celle-ci ne totalise qu’un gros quart de la population. Et si l’on prend les gens ayant des emplois précaires, qui sont 11% des Français, ils ne sont présents que pour 0,7% sur le petit écran.

Alors comment retisser de la confiance ? Emmanuel Macron veut s’y employer en s’invitant dans des débats citoyens ou devant des élus locaux pour expliquer ses choix. Les «gilets jaunes» reprochent aux chaînes d’infos de lui laisser antenne ouverte, comme ils reprochent à ces chaînes de se concentrer sur les violences et de ne pas valoriser leur parole. Les médias, eux, trouvent que les «gilets jaunes» ne condamnent pas assez fermement les agressions de journalistes et diffusent des infox sur leurs comptes Facebook. Ce ne sont pourtant pas là deux bords irréconciliables. Car que serait politiquement la mobilisation des «gilets jaunes» sans sa caisse de résonance médiatique ? Et que serait la crédibilité du mouvement s’il ne s’ingéniait pas lui-même à contrecarrer de fausses infos comme la supposée mort d’une étudiante belge ? Les médias profitent d’ailleurs aussi de leurs images.

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