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Chronique des matières premières

La loi américaine anti-cartel contre l'OPEP est-elle une vraie menace ?

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Le siège de l'Opep à Vienne, en Autriche.
Le siège de l'Opep à Vienne, en Autriche. REUTERS/Leonhard Foeger

Véritable épée de Damoclès pour les pays membres de l'Opep, la loi anti-cartel américaine ressort régulièrement des cartons. En fin de semaine dernière, les deux chambres du Congrès américain ont fait avancer leur propre texte pour sanctionner le cartel qui siège à Vienne. La menace est-elle en train de se concrétiser?

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Depuis vingt ans elle pend au nez des pays membres de l'Opep. La loi américaine anti-cartel NOPEC pour « No Oil producing and exporting cartels Act » ressurgit régulièrement, notamment lorsque les prix de l'essence grimpent aux Etats-Unis. En 2008, la loi avait été repoussée par un veto du président George W. Bush. Mais cette fois l'hôte de la Maison Blanche est Donald Trump, celui qui a publiquement déclaré : « l'Opep arnaque le monde entier ». Or un nouveau projet de loi vient d'être approuvé par la commission juridique de la Chambre des représentants. Un autre texte vient d'être introduit au Sénat américain, avec le soutien d'élus à la fois républicains et démocrates.

Saisies aux Etats-Unis

L'enjeu est potentiellement énorme pour les pays membres de l'Opep. En particulier ceux qui ont investi aux Etats-Unis, ils pourraient voir leurs actifs saisis en cas de procédure judiciaire. Les pays les plus exposés sont l'Arabie saoudite, très présente dans la distribution et le raffinage aux Etats-Unis, tout comme le Venezuela. Le Qatar, lui, s'est peut-être retiré de l'Opep en décembre autant pour sa brouille avec les autres monarchies du Golfe, que parce qu'il craignait pour son investissement de 10 milliards de dollars dans un terminal de GNL au Texas.

Alliés stratégiques

Pourtant, cette loi a peu de chance d'être appliquée. « Si elle ne visait que certains Etats membres du cartel, elle serait dénoncée comme faisant de la discrimination. Les Etats-Unis ne peuvent pas non plus se mettre à dos les 14 pays de l'Opep, qui comptent parmi ses premiers alliés stratégiques du Moyen-Orient à l'Afrique », juge Philippe Sébille-Lopez, de Géopolia. « Je vois mal l'administration américaine mettre en difficulté l'allié saoudien, renchérit Francis Perrin, chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS. Ce n'est pas la priorité des Etats-Unis de casser l'Opep par des procès antitrust. Les prix du pétrole ne sont plus si élevés. Et les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole ; ils seront en 2020 exportateurs nets  ».

L'industrie pétrolière américaine n'a pas non plus intérêt à l'entrée en vigueur de ce texte : les majors américaines ont des investissements massifs dans les pays de l'Opep, du Nigeria à l'Irak. Et finalement, c'est grâce aux quotas du cartel que le pétrole de schiste est redevenu rentable !

Moyen de pression

« Trump ne signera pas cette loi, estime Pierre Terzian, de la revue spécialisée Pétrostratégies. Mais le président américain ne sera pas mécontent de voir ce texte sur son bureau. Il s'en servira pour négocier avec les Saoudiens dix mille choses, de la crise au Yémen aux ventes d'armes ». La seule menace de cette loi rend déjà l'Opep plus discrète sur ses objectifs de prix mondiaux du pétrole. La Russie, elle, semble avoir renoncé à son projet d'alliance permanente avec le cartel.

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