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Invité Afrique

«La nouvelle génération arrive maintenant à s'exprimer dans la politique algérienne»

Audio 05:22
Des milliers de manifestants ont protesté, vendredi 22 février 2019, à Alger contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika.
Des milliers de manifestants ont protesté, vendredi 22 février 2019, à Alger contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. AFP/Ryad Kramdi

En Algérie, la contestation se poursuit. Hier, mardi 26 février, c’était au tour des étudiants de se mobiliser pour s’opposer à un cinquième mandat du président Bouteflika. Des rassemblements ont eu lieu à Alger et dans la plupart des grandes villes du pays. Comment expliquer aujourd’hui le basculement d’une partie de la population dans la contestation alors que l’Algérie était restée à l’écart des printemps arabes ? Ce mouvement peut-il continuer à prendre de l’ampleur dans les jours et les semaines qui viennent ? Des questions que Pierre Firtion a posées à Riccardo Fabiani, analyste en géopolitique, spécialiste de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

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RFI : La journée de mardi a été marquée par la mobilisation étudiante après les manifestations de la semaine passée. Lundi, les avocats avaient exprimé leur soutien à ceux qui ont bravé l’interdiction de manifester dans la capitale. On a le sentiment que ce mouvement prend rapidement une ampleur assez inattendue. C’est aussi votre sentiment ?

Riccardo Fabiani : Oui, tout à fait. C’est difficile de nier la portée de ces protestations. On trouve vraiment toutes les couches sociales des principales catégories de la société algérienne. Donc il s’agit vraiment d’un mouvement de grande envergure qui n’épargne pas vraiment les couches ou des classes de la société algérienne.

Ce que vous nous dites là, c’est que ce n’est pas seulement la jeunesse qui descend aujourd’hui dans la rue ?

Ce n’est pas seulement la jeunesse. On a vu un mouvement plutôt intergénérationnel. Bien sûr, on n’a pas vu la même envergure dans toutes les villes algériennes. Et bien sûr, on ne peut pas dire que c’est forcément la majorité de l’Algérie qui participe ou qui soutient cette protestation. Mais il s’agit quand même d’un mouvement qui touche plus ou moins à toutes les principales catégories, à toutes les principales générations de la société algérienne. Mais cela ne veut pas forcément dire que tout le monde soutient ce mouvement.

Oui, parce que quand on regarde la géographie de ce mouvement de contestation, on voit que pour l’instant cette contestation se cantonne plutôt au nord et à l’est du pays. Pour l’instant, le sud et l’ouest ne sont pas trop descendus dans la rue ?

Tout à fait.  Il s’agit d’un mouvement plutôt urbain dans sa nature. Bien sûr, on sait que le sud de l’Algérie soutient traditionnellement le régime algérien de la présidence de Bouteflika, bien qu’il y ait eu dans le passé aussi des mouvements de protestation dans ces régions-là. Donc ça serait quelque chose de très important à suivre si le mouvement de protestation arrivait à se propager dans le sud du pays, parce que ça voudrait dire que même dans les endroits qui normalement sont favorables à la présidence de Bouteflika, on trouverait de l’opposition au cinquième mandat du président.

L’Algérie était restée à l’écart des printemps arabes. Qu’est-ce qui explique ce basculement d’une partie de la population aujourd’hui dans la contestation du pouvoir ?

Il est vraiment difficile en ce moment d’essayer de trouver une explication : pourquoi maintenant et pourquoi pas il y a 8 ans. C’est vraiment difficile de le dire. Ce qu’on sait est que le cinquième mandat de Bouteflika a généré un mouvement de protestation que personne n’attendait. Il y a la nouvelle génération maintenant qui arrive à s’exprimer dans la politique algérienne. Donc cette nouvelle génération est moins obsédée par le cauchemar de la décennie noire, plus désinhibée, plus prête à s’exprimer contre ce régime-là.

Le souvenir de la guerre civile a d’ailleurs toujours été brandi comme un épouvantail par le pouvoir…

Exactement. C’est un épouvantail qui a été utilisé par le régime pendant ces derniers vingt ans pour convaincre la population de ne pas protester contre leur régime, surtout de ne pas discuter ou défier la légitimité de ces régimes-là. Maintenant, il y a une nouveauté. La nouveauté, c’est qu’il y a une nouvelle génération qui a grandi sous Bouteflika et qui n’est pas, si on veut, conditionnée par le même épouvantail. Cette nouvelle génération a grandi, est mature, est mûre et maintenant arrive à s’exprimer et à contester la légitimité de ce régime.

Le pouvoir n’est pas parvenu à préparer la succession d’Abdelaziz Bouteflika. Est-ce que l’origine du malaise ne vient pas de là ?

Oui, tout à fait. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’accord entre les clans du régime sur un possible successeur, au remplacement du président Bouteflika. Donc il est difficile d’imaginer que maintenant, ces mêmes clans pourraient en fait arriver à trouver, à s’accorder sur un candidat différent, sous la pression de la rue, sous la pression populaire. C’est quelque chose de vraiment difficile à imaginer maintenant.

Est-ce que ce mouvement peut prendre de l’ampleur jusqu’au 18 avril, jusqu’au moment des élections ? Est-ce qu’il peut continuer comme ça à drainer autour de lui de plus en plus de monde ?

La possibilité, le risque d’un scénario comme ça est réel. Mais c’est vraiment quelque chose d’impossible à prédire maintenant. Ce mouvement continue de grandir jour après jour et il faudra voir comment le régime va réagir devant tout ça parce que, jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas vraiment vu un mouvement de répression de la part du régime. On a vu bien sûr des tentatives de réprimer cette protestation ici ou là, mais on n’a pas vraiment vu un véritable appareil de sécurité en train de réprimer ce mouvement. Donc il y a donc vraiment beaucoup d’acteurs qu’il faut prendre en considération et il est presque impossible maintenant de prédire ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines.

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