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Bonjour l'Europe

Istanbul est-elle prête pour son «Big one»?

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Vue de la ville d'Istanbul (image d'illustration).
Vue de la ville d'Istanbul (image d'illustration). WikimediaCommons/VikiPicture/CC BY-SA 4.0
Par : Anne Andlauer

Alors que la plus grande ville turque est à la merci d’un séisme majeur, la dangerosité des immeubles où vivent ses quinze millions d’habitants est une nouvelle fois en débat. C’est l’un des thèmes de la campagne pour les élections locales du 31 mars. La mort de 21 personnes dans l’effondrement d’un immeuble au début du mois a fortement relancé le débat.

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Un immeuble d’habitation de huit étages s’est écroulé sur lui-même, sans la moindre secousse sismique, à cause de la façon dont il avait été construit au début des années 1990. Presque rien n’était aux normes, de la qualité de son béton - dans lequel on a retrouvé des kilos de coquillages ! - au fait que sur ses huit étages, trois avaient été bâtis sans la moindre autorisation. Une pratique courante dans la mégapole turque, où il suffit de lever la tête pour constater que les derniers étages des immeubles ont souvent été ajoutés après la construction initiale. Aux funérailles des victimes, le président Recep Tayyip Erdogan a promis de « tirer les leçons » de ce drame, qui aurait pu être évité. L’opposition s’est indignée, en rappelant que les propriétaires de l’immeuble auraient pu bénéficier d’une amnistie.

En effet, une amnistie est actuellement en vigueur pour les propriétaires d’immeubles construits illégalement

C’est tout le paradoxe des déclarations du président, qui affirmait aussi le week-end dernier que si la Turquie ne faisait rien contre ces constructions illégales, Istanbul le paierait « très cher » lors du grand séisme annoncé. Or, depuis début juin 2018, les propriétaires de biens immobiliers érigés sans permis de construire peuvent se dénoncer auprès de l’Etat et, moyennant le paiement d'une amende, légaliser leur bien. Le problème, c’est qu’aucun inspecteur ne vient contrôler la sécurité des immeubles. C’est le propriétaire qui signe un document disant, grosso modo : « Mon immeuble est aux normes, je m’en porte garant ». Près de dix millions de Turcs ont déjà demandé cette amnistie, dont environ la moitié à Istanbul.

Dans le même temps, l’Etat continue sa politique dite de « transformation urbaine », qui consiste à détruire des immeubles jugés à risque pour en construire de nouveaux. Après le drame du début du mois, les autorités ont annoncé que tous les immeubles dangereux seraient identifiés dans les trois prochains mois.

Mais comment expliquer que l’Etat turc détruise certains immeubles risqués et en régularise d’autres ?

D’abord, l’amnistie accordée juste avant les élections présidentielle et législatives de juin 2018, et prolongée en début d’année jusqu’au 30 juin 2019, c’est-à-dire après le scrutin municipal, est avant tout un cadeau électoral de Recep Tayyip Erdogan. Elle est liée au contexte, au même titre, par exemple, que les réductions de TVA valables jusque fin mars.

Ensuite, il faut savoir que les zones concernées, ces dernières années, par des projets de transformation urbaine ne sont pas celles où se concentrent les habitats illégaux et risqués, mais celles où les profits sont les plus élevés pour les promoteurs immobiliers invités par l’Etat à s’impliquer dans ces projets.
Pourtant, le temps presse : selon les données officielles, 400 000 immeubles d’Istanbul sont jugés « à risque » et 30 000 d’entre eux ne résisteront pas à un séisme majeur.

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