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Chronique des médias

Christchurch: massacre en live

Audio 02:30
Brenton Tarrant, accusé de meurtre pour les attaques contre une mosquée, avant sa comparution devant le tribunal de district de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 16 mars 2019.
Brenton Tarrant, accusé de meurtre pour les attaques contre une mosquée, avant sa comparution devant le tribunal de district de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 16 mars 2019. Mark Mitchell/New Zealand Herald/Pool via REUTERS

La tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 15 mars dernier, a été filmée par le tueur pour être visionnée sur les réseaux et les forums des suprémacistes blancs. Une semaine après le massacre, la polémique monte sur l’incapacité des plateformes internet à filtrer les contenus d’extrême violence.

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Mohammed Merah, le terroriste qui a assassiné des enfants juifs à Toulouse en 2012, était porteur d’une caméra Go Pro. A l’époque, il avait envoyé ses images terribles à des chaînes, notamment France 24. Bien sûr, ces médias n’avaient pas cédé et les images de la tuerie étaient restées bloquées à la source. Avec l’attentat de Christchurch, qui a fait cinquante morts et duré 17 minutes, le monde découvre qu’il est très difficile d’empêcher la propagation d’images terroristes diffusées en live. Le jour de la tuerie dans deux mosquées en Nouvelle Zélande, il a fallu attendre 29 minutes et le déroulement complet du live pour qu’un internaute se décide à signaler la vidéo à Facebook. Entretemps, elle avait été téléchargée 4000 fois. Facebook a ensuite reconnu avoir supprimé en 24 heures un million et demi de copies de cette vidéo et bloqué 1,2 millions de téléchargements.  Ce qui veut dire que 300 000 vidéos du massacre ont pu passer en une journée sur son réseau alors que Youtube a évoqué de son côté en avoir repéré « des dizaines de milliers ».

Alors, bien sûr, le problème, c’est que ces attentats, ces tueries ne peuvent être pensés sans leur composante virale. C’est, d’une certaine façon, pour se montrer et s’exposer aux yeux des forums racistes que le tueur passe à l’action. D’où l’importance de les bloquer, comme s’échinent à le faire en Australie certains fournisseurs d’accès. Seulement, une telle vidéo, par l’effroi qu’elle suscite, permet aussi de gonfler son audience. La chaîne Sky News et le Daily Mirror, au Royaume Uni n’ont pas pu résister à la tentation d’en publier des extraits…

Mais c’est surtout du côté de la nébuleuse d’extrême droite que la viralité est la plus forte. Aux Etats-Unis, il n’est pas rare de voir des politiques afficher leur islamophobie en assumant parfois de véritables appels à la haine. Et le plus grave, c’est que les géants du numérique laissent faire. Ils ont même affiné leurs algorithmes pour que soit favorisé l’engagement et l’émotion entre proches. De plus, ils savent qu’ils ne peuvent pas faire appel à l’intelligence artificielle pour décrypter des discours et préfèrent mobiliser leurs équipes de modérateurs sur la lutte contre la pédopornographie, Daech ou même le piratage. Jean Burgess, un professeur australien d’université, a déclaré, selon l’AFP, que « les plateformes font plus d’efforts pour protéger le droit d’auteur que pour surveiller les contenus racistes, misogynes ou suprémacistes blancs ». Et pourtant ce sont ces images de massacre de musulmans qui sont susceptibles de rallumer des guerres de religion.

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