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Caucase/Russie: en Ingouchie, un échange de territoires qui ne passe pas

Audio 02:48
L'Ingouchie, dans le Caucase, a pour frontières l'Ossétie du Nord et la Tchétchénie.
L'Ingouchie, dans le Caucase, a pour frontières l'Ossétie du Nord et la Tchétchénie. (Carte : RFI)

Depuis plusieurs mois, l’Ingouchie est en proie à des manifestations d’une ampleur sans précédent. Un mouvement de contestation suscité par un échange de territoires contesté avec la Tchétchénie voisine.

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De notre correspondant à Moscou

C’est une contestation inédite qui secoue depuis l’automne dernier la petite République d’Ingouchie. A l’origine de ce mouvement de colère, le nouveau tracé de la frontière avec la Tchétchénie de Ramzan Kadyrov… frontière qui n’avait jamais été délimitée depuis l’éclatement de l’URSS. C’est pour régler ce différend une fois pour toutes que les autorités locales des deux Républiques se sont mises d’accord, en octobre dernier, sur un échange de territoire. Problème, et cause de la fureur en Ingouchie : cet échange s’est fait largement en faveur de la Tchétchénie de Ramzan Kadyrov.

L’Ingouchie perdrait ainsi, selon les estimations, entre 7 et 10% de son territoire. Et cette ponction passe d’autant moins bien auprès de la population ingouche que celle-ci a déjà, par le passé, subi une amputation de territoire. « Un tiers du territoire ingouche a déjà été donné à l’Ossétie du Nord, une République à majorité chrétienne qui se trouve à l’ouest de l’Ingouchie, rappelle Ekaterina Sokirianskaïa, spécialiste du Caucase russe et directrice du Centre d’analyse et de prévention des conflits. Le transfert a eu lieu sous Staline, et à l’époque la population ingouche a été massivement transférée en Asie centrale. » Traumatisme national qui marque, encore aujourd’hui, la conscience collective en Ingouchie. Pour la population locale, cet échange de territoire constitue donc un véritable camouflet.

Reprise en main sécuritaire

Autre élément à prendre en compte, les ambitions prêtées à Ramzan Kadyrov, le puissant dirigeant de la République de Tchétchénie. « Les Ingouches sont très fiers de leur République et ne veulent pas la perdre, explique Ekaterina Sokirianskaïa. Mais leur république est la plus petite de la Fédération de Russie, et ils ont déjà par le passé été contraint de fusionner avec un voisin plus puissant. En outre, ils savent que Ramzan Kadyrov a des visées expansionnistes, et qu’il a une capacité d’influence très forte à Moscou. »

Officiellement, le Kremlin se contente d’affirmer que cet échange de territoires est une affaire interne aux deux Républiques, et s’en remet à la justice russe - qui s’est emparée de la question pour confirmer la légalité du transfert. Mais il est évident que Moscou a dû donner son feu vert… et soutenir un projet qui suscite aujourd’hui encore la colère de la population ingouche.

A la fin du mois de mars, un nouveau rassemblement s’est ainsi tenu à Magas, la capitale d’Ingouchie, donnant lieu à des affrontements violents entre manifestants et forces de police. Depuis cette manifestation, les médias russes ont fait état d’arrestations, de perquisitions, bref d’une reprise en main sécuritaire. Tout est fait, semble-t-il, pour éviter que la contestation se poursuive.

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