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Afrique économie

Les impacts de la PAC sur les paysanneries d’Afrique

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Certains États africains ont la possibilité de se protéger des importations qui mettent en péril les producteurs locaux.
Certains États africains ont la possibilité de se protéger des importations qui mettent en péril les producteurs locaux. ©Facebook/Mon lait est local
Par : Stanislas Ndayishimiye
6 mn

Comment lutter contre le dumping des produits alimentaires qui bénéficient de la PAC, la Politique agricole commune en Europe et qui sont exportés vers l’Afrique à des prix défiant toute concurrence des produits locaux ? Le cas emblématique est celui des produits laitiers. Une campagne ouest-africaine dénommée « Mon lait est local » a commencé l’année dernière. Depuis, sa coordonnatrice mène le plaidoyer dans les capitales européennes. Après Bruxelles, elle était la semaine dernière à Paris lors d’une journée organisée par Coordination SUD (Solidarité Urgence Développement), qui posait la question de la cohérence de la PAC avec le développement des agricultures paysannes du Sud.

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Coordinatrice de la campagne « Mon lait est local » en Afrique de l’Ouest, Hindatou Amadou s’inquiète plus globalement des APE, les Accords de partenariat économique, que l’Union européenne veut imposer aux pays africains.

« Il y a des mesures qui contraignent nos États à signer ces accords-là. Mais nous avons foi que nos décideurs ouvriront les yeux et qu’ils choisiront de promouvoir la filière lait local, que de mener des politiques qui vont beaucoup plus enrichir les industriels. Nous voulons que nos États incitent les multinationales à collecter le lait local et si elles ne coopèrent pas, il faut les contraindre. »

Les transformateurs laitiers ont la possibilité de s’approvisionner, soit avec du lait local, soit avec de la poudre importée, dont les prix sont inférieurs de 30% à ceux du lait local, explique Laurent Levard, responsable de programmes au GRET, une ONG internationale de développement.

« Il y a une responsabilité des pays d’Afrique de l’Ouest parce que le marché intérieur est très peu protégé : il n’y a que 5% de droits de douane ; mais également une responsabilité de l’Union européenne, parce que ces produits ne pourraient pas être exportés à un prix aussi faible s’il n’y avait pas les aides de la PAC. »

Laurent Levard est aussi en charge actuellement de la réalisation d’une étude pour Coordination SUD (Solidarités Urgence Développement), sur les impacts de la politique agricole commune européenne sur les paysanneries des pays du Sud. Il précise qu’en réalité, les poudres qui concurrencent le lait en Afrique de l’Ouest ne sont pas des produits laitiers.

« C’est en fait la protéine du lait mélangée avec de l’huile de palme, c’est-à-dire de la matière grasse d’origine végétale. D’ailleurs, officiellement, dans le Codex alimentarius, ce n’est pas un produit laitier, c’est une préparation alimentaire. Donc, c’est tout à fait incorrect d’appeler ça du lait ! »

Il y a quelques années, l’Union européenne inondait l’Afrique de l’Ouest en découpes de poulets, des sous-produits subventionnés et bon marché. C’est moins le cas aujourd’hui, sans que ce soit le résultat des seules campagnes de la société civile, explique Philippe Collin, administrateur d’Agronomes et vétérinaires sans frontières.

« L’Afrique a été protégée depuis 3-4 ans par l’épidémie de grippe aviaire qui a frappé tous les élevages occidentaux, ce qui a permis aux États de protéger leurs éleveurs de volaille en interdisant pour des raisons sanitaires, l’importation qui provenait de l’Europe, principalement. » 

C’est une illustration que les États africains ont la possibilité de se protéger des importations qui mettent en péril les producteurs locaux. Mais il s’agit pour l’instant d’un cas isolé. 

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