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Invité Afrique

RDC: «Le fils fait le changement prôné par le père»

Audio 06:30
Le président congolais Félix Tshisekedi devant le cercueil de son père à l'aéroport de Kinshasa, aux côtés de la première dame.
Le président congolais Félix Tshisekedi devant le cercueil de son père à l'aéroport de Kinshasa, aux côtés de la première dame. Présidence RDC

Hommage à Etienne Tshisekedi : deux ans et quatre mois après sa mort, sa dépouille est de retour à Kinshasa. Me Mukendi a été son conseiller politique. Pour lui, le fils Félix Tshisekedi est le symbole du changement prôné par le père.

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RFI : Ces funérailles d’Etienne Tshisekedi, c’est un adieu ou une renaissance ?

Jean-Joseph Mukendi : Étienne Tshisekedi est parti, mais maintenant nous avons plusieurs Tshisekedi et chacun devrait avoir comme mot d’ordre : je continue la lutte de Tshisekedi. Autrement dit, c’est une renaissance. Et je peux même dire mieux que c’est vraiment le couronnement de sa lutte puisqu’à la fin de sa vie, il nous laisse un président de la République qu’il a bien formé et qui continue à poursuivre l’idéal pour lequel Étienne Tshisekedi est mort.

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de deux ans pour voir rentrer sa dépouille mortelle ?

Tshisekedi mort paraissait encore plus redoutable que Tshisekedi vivant, puisque son accueil, c’était l’accueil très naturel qui montre le degré d’affection du peuple congolais.

Est-il vrai que Joseph Kabila a posé, comme condition au retour de cette dépouille mortelle, le ralliement de Félix Tshisekedi à son régime et la nomination de Félix Tshisekedi comme Premier ministre ?

Ce n’est pas moi qui le dis. Dans le premier rassemblement public que l’actuel président avait tenu il y a un an, l’actuel président l’avait bien dit que c’est la condition qui lui était posée pour que la dépouille soit rapatriée.

S’il y a un acte à retenir de la longue vie d’Etienne Tshisekedi, quel est-il ?

L’acte le plus important, c’est vraiment la constance et la fidélité dans ses convictions. C’est une personne qui a accepté de quitter le luxe de sa villa en pleine ville pour aller au village, dans des conditions de galère et de misère, tout cela parce qu’il avait un objectif à atteindre. C’est ça le message le plus important, le sens du sacrifice.

Peut-on dire qu’en décembre 1980, c’est lui qui a vaincu la peur de la dictature Mobutu ?

Oui, c’est depuis qu’il a vaincu la peur que tout le monde a pensé à pouvoir lutter pour le véritable changement que nous sommes en train d’aborder en ce moment.

Au début de sa carrière politique, le très jeune Étienne Tshisekedi a participé, en septembre 1960, au coup d’État de Mobutu contre le gouvernement Lumumba. Est-ce qu’il n’a pas commis ce jour-là une grave erreur politique quand même ?

Il faudrait pouvoir mieux préciser. Le 13 septembre 1960, Étienne Tshisekedi était encore étudiant, en dernière année de droit à l’université. Et là, vous pouvez recourir aux archives de la Conférence nationale souveraine [rencontre de 1990 à 1992 qui avait réuni les délégués représentant toutes les couches de la population, pour résoudre les crises], où ces questions ont été bien débattues. Du haut de la tribune, je me rappelle, j’étais à la Conférence nationale, que Victor Nendaka, d’heureuse mémoire, avait répondu à ce genre de questions. Et il avait donné une formule lapidaire, il disait : « Tshisekedi était très jeune à ce moment-là. On ne pouvait pas le mêler à cette autre politique ». En fait, ce qu’on a appelé le Collège des commissaires généraux n’était qu’un collège de techniciens, mais le pouvoir politique était tenu à l’époque par le groupe de Binza [Messieurs Mobutu, Nendaka, Kandolo, Ndele et Bomboko composaient le groupe de Binza] et le colonel Mobutu avait seulement recruté les universitaires pour jouer le rôle de technocrates.

À la Pentecôte 1966, lors de la pendaison publique de quatre soi-disant comploteurs par Mobutu, Étienne Tshisekedi était ministre de l’Intérieur et avait approuvé, face caméra. Est-ce que, plus tard, il a regretté cette attitude ?

Oui, c’est exact. Là, il faut reconnaître la réalité. Il avait approuvé cet acte-là qu’il pensait salutaire. Mais il s’est avéré plus tard que c’est cela qui a un peu fondé la dictature de feu Mobutu. Je pense que là, c’est une épine sur les roses.

Son dernier combat politique, c’est à la présidentielle de novembre 2011. Est-ce qu’on lui a vraiment volé sa victoire cette année-là ?

Mais c’est de notoriété publique. Le vol des voix d’Étienne Tshisekedi est une réalité historique. Mais ça, c’est de l’histoire. L’avenir, c’est Félix Antoine Tshisekedi. Nous sommes maintenant en train de mettre en œuvre le changement qui était l’idéal pour lequel Étienne Tshisekedi est mort.

Alors aujourd’hui, c’est son fils qui est président. Mais beaucoup disent que le véritable héritier politique d’Étienne Tshisekedi, ce serait Martin Fayulu, qui lui aussi s’est fait voler sa victoire en décembre 2018…

Dans l’espace Kasaï, moi j’ai été élu député dans la ville de Mbuji-Mayi. Selon toutes les observations faites, dans l’espace Kasaï au moins, Félix Tshisekedi ne comptait pas moins de 95%. Et c’était des votes qui étaient vérifiés par tout le monde. Dans l’espace Katanga, c’est vérifié par tout le monde, Félix Tshisekedi ne comptait pas moins de 40%. Dans l’espace de l’ancienne province de Léopoldville [aujourd’hui Kinshasa], Tshisekedi avait la majorité, au moins 50%. Quand on ne fait rien que cette comptabilité, je peux vraiment contester les 61% qu’on prête à Martin Fayulu. Le combat pour la vérité des urnes, je crois que c’est un combat d’arrière-garde. Et nous avons la foi que la prochaine fois qu’on organisera des élections, les observateurs de tous les pays diront que la démocratie est réellement ancrée. Et nous avons vraiment plutôt espoir dans l’actuel président de la République, qui est vraiment le symbole du changement qu’avait prôné papa Étienne Tshisekedi wa Mulumba.

Votre parti Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) semble être en train de se déchirer. D’un côté, Jean-Marc Kabund et le nouveau secrétaire général du parti, Augustin Kabuya ; de l’autre, un certain nombre de partisans qui réclament une direction collégiale sous la forme d’un directoire. Qu’en pensez-vous ?

La difficulté chez nous à l’UDPS ces derniers temps, c’est que nous avons des contestations internes. Elles transpirent directement. On parle de crise, mais moi je trouve qu’il s’agit d’une querelle, d’une petite contestation sur la compréhension des textes de nos statuts. Cela ne peut pas maintenant déchirer le parti. Mais ça nous permet de pouvoir aussi aller de l’avant.

Deux millions et demi de dollars pour la construction du mausolée d’Étienne Tshisekedi, c’est trop, dit le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Que répondez-vous ?

Ce budget-là n’est pas le budget de l’actuelle présidence. C’est un budget qui a été adopté par le gouvernement sortant. En fait, beaucoup de personnes se retrouvent dans un monument, c’est un signe commémoratif. Et le mausolée d’Étienne Tshisekedi, personnellement ce n’est pas un hommage au seul Tshisekedi, c’est un hommage à toutes les personnes qui sont mortes pour la lutte du changement. Il y a beaucoup de personnalités dont on ne parle pas beaucoup. Au Kivu, nous avons eu monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo [un prélat jésuite assassiné en octobre 1996 à Bukavu], nous avons beaucoup d’anonymes chez nous à l’UDPS et dans d’autres partis. Il y a des jeunes qui sont tombés chez nous à Kinshasa dans les marches. Pour moi, ce mausolée, c’est l’hommage à tous les Congolais sans voix, les victimes anonymes qui sont mortes pour le changement que nous vivons en ce moment, pour la lutte que symbolisait Étienne Tshisekedi wa Mulumba.

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