L'Épopée des musiques noires

Migrations musicales

Audio 48:29
Affiche de l’exposition.
Affiche de l’exposition. © Musée de l’histoire de l’immigration

Jusqu’en janvier 2020, le musée de l’Histoire de l’immigration à Paris propose une exposition passionnante intitulée "Paris-Londres, Music Migrations, 1962-1989". Tandis qu’à Paris, l’influence culturelle maghrébine et subsaharienne transforme et enrichit le paysage musical de la ville lumière, simultanément à Londres, les effluves sonores caribéennes, principalement jamaïcaines, inondent le marché discographique. Dans les deux capitales, ces accents ultramarins accompagnent les soubresauts de la société et reflètent son évolution et sa mutation.

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C’est au tournant des années 60 que l’on perçoit les premiers échos migratoires autant à Londres qu’à Paris. L’indépendance quasi simultanée de la Jamaïque et de l’Algérie, anciennes colonies britanniques et françaises, favorise les échanges multiculturels. En France, c’est le temps des yéyés et du rock’n’roll naissant. La jeunesse se laisse joyeusement pervertir par des codes afro-américains que le monde des adultes ne comprend pas. Parallèlement, les artistes méditerranéens affirment leur présence en Ile-de-France, une région déjà métisse et propice aux rencontres. L’impact des musiques d’Afrique de l’Ouest se fera sentir plus tardivement.

Les artistes issus des migrations maghrébines.
Les artistes issus des migrations maghrébines. © RFI/Joe Farmer

À la fin des années 70, le visage de la France a changé. Les luttes sociales épousent souvent le combat contre les discriminations et le racisme. C’est à cette époque que naît le festival "Africa Fête", à l’initiative de Mamadou Konté, un jeune trentenaire sénégalais bien déterminé à faire tomber les barrières raciales et à réduire les inégalités auxquelles les immigrés sont confrontés au quotidien. En invitant Manu Dibango, Salif Keïta, Toure Kunda, Papa Wemba, Angélique Kidjo, Youssou N’dour et quelques dizaines d’autres artistes, à venir exposer leur talent et leur générosité créative, il accélérera leur ascension et fera très progressivement disparaître les préjugés. Ce subtil militantisme accompagnera l’examen de conscience d’une population française plus accueillante et ouverte à l’aube des années 80.

La presse britannique se fait l’écho du festival de Notting Hill.
La presse britannique se fait l’écho du festival de Notting Hill. © RFI/Joe Farmer

Londres vécut également des moments de tension que la musique apaisera lentement au fil des décennies. Le festival de Notting Hill est, à ce titre, très représentatif des affrontements parfois musclés entre la communauté afro-caribéenne et les forces de l’ordre. Né après les émeutes de 1958, ce rendez-vous annuel a longtemps œuvré pour une entente cordiale entre londoniens de toutes origines. Il fallut cependant batailler ferme pour parvenir à une concorde sincère, il fallut le dialogue musical des punks et des rastas, il fallut la fronde contre le pouvoir autoritaire de Margaret Thatcher, il fallut l’organisation de mouvements citoyens comme "Rock Against Racism" pour qu’une lueur d’espoir scintille enfin. En un quart de siècle, Londres et Paris verront les temps changer et leur patrimoine s’affiner. Angeline Escafré-Dublet et Martin Evans, commissaires scientifiques de l’exposition nous guident, cette semaine, au cœur de cette épopée géopolitico-musicale.

Musée national de l'histoire de l'immigration

La figure du résistant ultime, Nelson Mandela, suscite l’organisation d’événements militants et musicaux à Londres.
La figure du résistant ultime, Nelson Mandela, suscite l’organisation d’événements militants et musicaux à Londres. © RFI/Joe Farmer

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