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Invité Afrique

Burkina Faso: consensus de la classe politique autour des élections de 2020

Audio 05:20
Le chef de l'opposition Zéphirin Diabré lors d'un meeting à Ouagadougou le 29 septembre 2018.
Le chef de l'opposition Zéphirin Diabré lors d'un meeting à Ouagadougou le 29 septembre 2018. AFP/Olympia De Maismont
Par : Bineta Diagne
12 mn

Après une semaine de débats et d'échanges, le dialogue politique initié par le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, s'est achevé lundi soir sur une note de consensus. Consensus sur le maintien du calendrier électoral qui prévoit des élections couplées, présidentielle et législatives, en 2020. Consensus également sur l'organisation du scrutin. Une quarantaine de partis de la majorité présidentielle et de l'opposition ont fait des recommandations sur plusieurs problèmes : sécurité, justice... Zéphirin Diabré, le chef de file de l'opposition politique au Burkina Faso, est notre invité.

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RFI : vous avez trouvé un consensus concernant l’organisation des élections législatives et de la présidentielle. Mais sur le fond, vous avez écarté les questions qui vous préoccupaient vraiment, à savoir, la révision en profondeur du Code électoral et surtout la date du référendum. Pourquoi avoir fait l’impasse sur ces deux aspects, qui au tout début des discussions semblaient pourtant vous tenir à cœur ?

Zéphirin Diabré : Il n’y a pas d’impasse. On indique Code électoral sur l’indication de l’ordre du jour. Nous avons estimé qu’il était bon de parer au plus pressé pour faire en sorte que l’on puisse maintenir les élections. Et on aura du temps après les élections, pour, peut-être une lecture globale.

Pour vous, le fait de ne pas faire une révision globale du Code électoral, cela n’aura pas forcément d’impact sur les scrutins à venir ?

Vu le calendrier qui est devant nous, ce n’était pas la peine de s’engager dans cela, puisqu’il n’y avait pas de grands sujets de contentieux. Mais comme nous adoptons une nouvelle Constitution, il est clair que, quand on va l’adopter, elle aura des impacts sur le Code électoral. Le référendum, c'est une initiative du chef de l’État, avec qui il faut voir le calendrier. L’opposition a bien fait comprendre qu’elle ne souhaitait pas qu’il y ait un triplage. Donc cela montre bien qu’il faut qu’on laisse le sujet en débat pour que nous puissions ensuite trouver une autre date.

Ce qui signifie que, si un référendum doit avoir lieu, ce sera, soit bien avant 2020, soit après, finalement ?

Probablement avant, puisque c’est un document important et une pièce importante dans le dispositif constitutionnel et juridique du pays. Soit cette année, soit l’an prochain, avant l’élection présidentielle. Il est toujours important que quelqu’un qui a été élu dans une élection comme la présidence de la République dans n’importe quel pays, le soit dans une Constitution qui est là pour durer.

Est-ce que, lors des discussions, il a été question du statut ou bien du sort des exilés politiques ? Je pense notamment à Blaise Compaoré, qui a récemment marqué son envie d’aider le gouvernement actuel.

Nous avons déjà affirmé notre souci que ces personnes puissent rentrer et nous avons demandé au chef de l’État de faire en sorte que les dispositions appropriées soient prises pour qu’elles puissent revenir volontairement. Le tout, bien entendu, est d’arriver à la démarche de réconciliation nationale.

Les attaques terroristes se multiplient, ces derniers mois. Pensez-vous que la dégradation de la situation sécuritaire actuelle permette la tenue d’élections libres et transparentes en 2020 ?

Dans nos discussions, il n’est pas apparu l’ombre d’un doute que la situation actuelle puisse, en quelque manière que ce soit, gêner la tenue des élections pour 2020. Une question particulière qui nous a interpellés c’est celle des personnes que l’on appelle les déplacés internes. On parle de 150 à 170 000 personnes. Cela demande que la question soit examinée pour voir de quelle manière ces personnes-là pourront s’acquitter de leur devoir de citoyen.

Et si, d’ici la fin de l’année, l’administration n’est pas redéployée dans les zones attaquées, pensez-vous que ces scrutins seront tout de même crédibles ?

De toute façon, nous aviserons. Il est vrai que, même si nous sommes dans une situation difficile, rien pour le moment ne peut justifier que l’on ait à annuler ou reporter les élections dans quelque partie du territoire que ce soit.

Pour mettre fin à la crise sécuritaire, le dialogue national préconise d’instaurer une contribution financière patriotique pour soutenir les efforts des forces de sécurité. Mais, vu la précarité dans laquelle est plongée une bonne partie de la population, pensez-vous que cet effort soit réaliste ?

Ce geste, c’est vrai que ce n’est pas sur cela que nous allons compter pour acheter les équipements dont ils ont besoin. C’est surtout de montrer, à travers ce geste-là, la solidarité pleine et entière de l’ensemble des fils et filles de la Nation. C’est plutôt la symbolique qui importe, ici.

Qui d’autre, donc, pour alimenter cette contribution ?

Tous les Burkinabè qui pourraient le vouloir. Mais pour le moment nous n’en sommes pas encore au niveau des modalités. Quand on arrivera là, on le précisera.

Sur le plan sécuritaire, il est aussi question de renforcer le climat de confiance entre les forces de défense et les populations. Comment comptez-vous vous y prendre ?

Il est clair que nous ne pouvons réussir que s’il y a une coopération complète, pleine et entière de la part des populations, notamment en matière de renseignement. Il se trouve que, par des actions de représailles, parfois, les forces terroristes sèment la peur dans l’esprit des populations, les empêchant un peu d’avoir le courage de s’ouvrir aux forces de défense et de sécurité. Peut-être, parfois, par leur comportement - ces forces-là -, leur manière de faire peut aussi installer un peu une sorte de peur. Il est bon et urgent que l’on puisse travailler à une stratégie qui puisse rapprocher les forces de sécurité, ce qui permettra la collecte d’informations précieuses.

Par ailleurs, le dialogue politique préconise d’assurer un traitement diligent des dossiers judiciaires des détenus pour des faits de terrorisme. Qu’est-ce qui fait blocage, jusque-là ?

On nous a informés qu’il y a environ plus de 700 personnes qui sont détenues pour faits de terrorisme. Il faut instruire ces dossiers-là. Sans doute que la charge est un peu trop lourde pour l’appareil judiciaire en ce moment. Nous avons tenu à demander qu’il y ait une certaine célérité. Cela pèse beaucoup sur le budget de l’État et ensuite cela peut amener à d’autres problèmes.

Quelles assurances avez-vous pour que ces recommandations que vous avez émises ne tombent pas dans les oubliettes ?

L’assurance c’est nous-mêmes. Nous avons un comité de suivi qui est co-présidé par votre serviteur en tant que chef de file de l’opposition. Nous avons là un instrument qui va nous permettre d’être le poil à gratter et de rappeler chaque jour que Dieu fait que les engagements ont été pris et doivent être remplis.

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