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Brexit: «La question de la frontière irlandaise est un casse-tête pour Johnson»

Audio 07:12
Boris Johnson lors d'un discours sur les priorités nationales au Science and Industry Museum de Manchester, le 27 juillet 2019.
Boris Johnson lors d'un discours sur les priorités nationales au Science and Industry Museum de Manchester, le 27 juillet 2019. Rui Vieira/Pool via REUTERS
Par : Andréane Meslard

Ce mercredi, le nouveau Premier ministre britannique est en Irlande du Nord où il doit rencontrer les chefs des principaux partis politiques pour tenter d’apaiser les inquiétudes sur l’avenir de la frontière irlandaise en cas de Brexit sans accord. L'éclairage de Catherine Mathieu, économiste à l'OFCE, spécialiste du Royaume-Uni et des questions européennes.

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RFI : Hier Boris Johnson a assuré à son homologue irlandais que jamais il ne mettrait de contrôle physique en les deux Irlandes. Dans quelle position se trouve le Premier ministre britannique aujourd’hui ?

Catherine Mathieu : Boris Johnson souhaite effectivement que le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne le 31 octobre. Il souhaite aussi que l’UE rouvre les négociations sur la question du « filet de sécurité » [le fameux « backstop », ndlr] qui est prévu dans l’accord de retrait aujourd’hui signé par l’Union européenne et Theresa May [la précédente Première ministre]. Accord qui dit qu’il n’y aura pas de retour de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, et que pour éviter ce retour, le Royaume-Uni pourrait rester dans l’Union douanière.

C’est ça qui pose véritablement problème aujourd’hui à Boris Johnson : si le Royaume-Uni sort en respectant l’accord signé par Theresa May, il restera de façon possible dans l’Union douanière et donc ne pourra pas signer d’accords de libre-échange avec d’autres pays en dehors de l’Union européenne.

► Lire aussi : Boris Johnson effectue sa première visite officielle en Écosse

Boris Johnson veut donc que cela soit rediscuté, pour qu’il y ait une sortie nette et franche de l’UE, mais il souhaite aussi préserver les accords de paix en Irlande, qui datent de 1998. Or pour que ces accords restent en vigueur, il ne doit pas y avoir un retour de la frontière [entre les deux Irlandes]. Cette question de la frontière irlandaise est donc un véritable casse-tête.

Il y a quelques jours, le ministre de l’Administration britannique, Michael Gove, en charge notamment de cet épineux dossier du Brexit, a dit que le « no deal » était l’hypothèse de travail du gouvernement. Cela veut-il dire que le Brexit qui se profile a de grandes chances d’être sans accord ?

Si la position de l’Union européenne reste inchangée - et aujourd’hui les dirigeants européens disent qu’il n’y aura pas de réouverture de l’accord de retrait - on ne voit pas comment le Royaume-Uni pourrait sortir avec un accord. Une sortie sans accord semble possible.

Gove a été nommé pour mettre en place  un certain nombre de mesures liées à une sortie sans accord. Mais tout de même, Boris Johnson répète qu’il veut une sortie avec accord. Cela suppose que l’UE accepte de rediscuter mais pour l’instant elle dit que non.

Peut-être qu’on ne va pas aller à ce bras de fer, justement, puisque l’économie inquiète. A quoi peut-on s’attendre si le Brexit est sans accord, justement ?

Si le Brexit est sans accord et qu’il se fait vraiment dans des conditions où il n’y a aucune ouverture de négociation entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, on peut s’attendre à ce qu’il y ait une forte volatilité sur les marchés financiers. On voit déjà que la livre sterling a baissé depuis quelques jours.

Les liens commerciaux sont très forts. Aujourd’hui, la moitié des exportations du Royaume-Uni, à peu près, vont vers l’Union européenne. Et pour les pays de l’Union européenne, le Royaume-Uni représente aussi un grand marché, à commencer par la France. Donc toutes les économies européennes seraient affectées. Mais, bien sûr, le Royaume-Uni et l’Irlande seraient les plus négativement affectés à court terme par une sortie sans accord.

Et les différents secteurs s’inquiètent, notamment celui de l’automobile. On l’a appris aujourd’hui : l'Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT) annoncent que les investissements dans le secteur britannique ont fondu de 70% au premier semestre. Qu’est-ce que peuvent faire ces entreprises aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les entreprises britanniques essaient de convaincre le gouvernement britannique qu’il faut surtout éviter une sortie sans accord. Effectivement, il y a des signes de net ralentissement des investissements dans l’industrie automobile au Royaume-Uni.

Ce que les entreprises du secteur automobile attendent, c’est de savoir quel type de sortie du Royaume-Uni aura lieu. S’il y a un accord, les entreprises britanniques de l’automobile pourront continuer à importer des pièces détachées et à exporter des véhicules de façon très simple.

Si c’est une sortie sans accord, effectivement, les constructeurs automobiles disent que ça va être très difficile pour le secteur automobile britannique. En fait il y a aujourd’hui au Royaume-Uni, comme dans l’Union européenne, de nombreux problèmes structurels qui se posent pour les constructeurs automobiles, notamment le fait qu’il y ait des normes sur le Diesel qui sont maintenant plus dures. Il y a de nombreux problèmes qui ne sont pas uniquement liés au Brexit, mais aussi à des changements nécessaires du mode de production.

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