Revue de presse française

À la Une: 39 personnes retrouvées mortes dans un camion en Angleterre

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La police déplace le conteneur où les corps ont été découverts, à Grays, dans l'Essex, en Grande-Bretagne, le 23 octobre 2019.
La police déplace le conteneur où les corps ont été découverts, à Grays, dans l'Essex, en Grande-Bretagne, le 23 octobre 2019. REUTERS/Peter Nicholls

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Le camion de l’horreur pour Le Parisien, de la honte pour Libération. Les corps de 38 adultes et un adolescent ont été retrouvés dans ce conteneur au trajet encore mystérieux, explique Le Parisien : le poids lourd est immatriculé en Bulgarie, il a transité par la Belgique avant d’être découvert dans l’Essex à quelques dizaines de kilomètres de Londres.

Mystère aussi sur l’identité des victimes, même s’il s’agit probablement de migrants. Libération rappelle qu’il y a des précédents : en 2000, 58 Chinois avaient été découverts sans vie à Douvres, là aussi après être passés par le port belge de Zeebruges.

Zeebruges apparemment plaque tournante du trafic d’êtres humains, puisque c’est dans un conteneur en provenance de la ville portuaire qu’un Afghan avait été retrouvé mort il y a quelques années à Tilbury Docks, non loin de Grays où la découverte macabre a été faite hier.

Le Parisien donne la parole à Davoud, un Iranien qui a traversé la Manche il y a deux ans. Il explique le mécanisme entraînant de tels drames : les chances de passer « montent à 80% avec un camion frigorifique qui sont moins contrôlés ». C’est justement le type de conteneur retrouvé à Grays, explique Libération.

Davoud poursuit : « Les passeurs nous disaient de ne pas nous inquiéter, mais au bout de trois heures nous suffoquions déjà et comme ils interdisent les téléphones pour ne pas se faire repérer, il ne te reste plus qu’à frapper sur les parois en espérant que le conducteur ou un passant vienne t’ouvrir la porte. »

Une horreur bien difficile à combattre expliquent les journaux

« De tels drames vont se reproduire », confie un membre d’Amnesty International à Libération, « sauf changement radical de politique européenne ». Or, rien n’a vraiment bougé depuis un cas similaire qui avait pourtant fait scandale : la mort de 71 migrants dans un camion frigorifique en Autriche il y a quatre ans.

« Il y a un refus collectif des pays européens à prendre leurs responsabilités », explique toujours le membre d’Amnesty, mais à l’Organisation internationale des migrations, on juge que « la situation n’est pas spécifique à l’Europe, car il est très difficile de lutter contre les réseaux de passeurs ».

La Croix pointe toutefois que « les propositions visant à combattre les trafiquants sont très rares », au contraire « des discours politiques disant qu’il faut barrer la route aux migrants ». « Il y a d’ailleurs quelque chose de terriblement symbolique que ce drame se soit produit au moment où le Royaume-Uni veut se séparer de l’Union européenne notamment pour limiter les afflux de migrants », déplore le journal.

La Croix consacre sa Une à la reprise d’arrivées de migrants en Grèce

Avec un long reportage sur « la jungle de Lesbos, ce camp qui rend fou ». Quelque 13 000 personnes y vivent dans des conditions de plus en plus précaires.

Les maladies notamment mentales se multiplient, tout comme les violences et les abus sexuels, avec comme premières victimes les enfants, ils sont 6 000 à Lesbos.

« Ils devraient d’urgence être évacués », explique un psychologue de Médecins du monde, « nous pouvons juste essayer d’améliorer leur état, pour qu’ils puissent survivre dans ce camp ».

« Monsieur le curé et madame » : c’est le titre de Une de Libération

Le quotidien explique que « le pape François serait prêt à mettre une croix sur le célibat des prêtres ». Une expérience en ce sens est à l’étude en Amazonie. Alors il s’agirait pour l’instant d’ordonner prêtre des hommes déjà mariés dans cette seule région, mais c’est une révolution tout de même selon le journal.

Pourquoi l’Amazonie : parce que ce territoire fait face à une terrible pénurie de candidats et que l’Église catholique est menacée dans son statut de religion majoritaire. « Elle est donc condamnée à trouver des solutions audacieuses », explique Libération.

Mais cette option reste « un énorme casus belli au sein du catholicisme », modère le quotidien, notamment en France où l’Église est beaucoup moins ouverte sur le sujet qu’en Allemagne ou en Belgique par exemple.

Mais « si le pape François se rêve en grand modernisateur devant l’Éternel, c’est qu’il y a le feu à la sacristie » : « La pénurie de vocations et la concurrence sur le marché de la foi » crée un sentiment d’urgence. Une situation qui pourrait d’ailleurs aussi ouvrir la voie de la prêtrise aux femmes, conclut Libération.

Crise de vocation également dans le politique française nous explique Le Parisien ce matin

« Candidat en 2022 ? Moi, jamais » titre le journal, s’amusant de la multiplication des déclarations de non candidature à la présidentielle ces dernières semaines.

Qu’il s’agisse du nouveau patron des Républicains Christian Jacob, du président du Sénat Gérard Larcher, de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, du député européen Raphaël Glucksman ou de l’héritière d’extrême droite Marion Maréchal, « tout le monde se planque », note un conseiller de l’Élysée dans l’article.

« Pourquoi ces défections et pourquoi si tôt ? », se demande Le Parisien. Un peu d’hypocrisie et beaucoup de fatalisme face à un nouveau duel annoncé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en 2022. Mais aussi la volonté de ne pas trop s’exposer et la conséquence de la vague de dégagisme qui a limité le stock de présidentiables, liste Le Parisien.

Un livre aussi à la Une des journaux, il s’intitule L’avenir de la planète commence dans notre assiette. Et il est signé du romancier et essayiste américain Jonathan Safran Foer. Il raconte, dit-il à Libération, « son expérience d’être humain confronté à la crise climatique ».

« Un essai de storytelling écologique », selon Mediapart, avec un objectif : « Comment faire pour que ne nous traitions plus le changement climatique comme une mauvaise chose ? »

Parmi les recommandations de l’écrivain : passer à un régime aux deux tiers vegan car, rappelle-t-il, « si les vaches étaient un pays, elles seraient la troisième puissance la plus émettrice de gaz à effet de serre derrière les États-Unis et la Chine ».

La modération dans nos comportements, alimentaires, mais pas seulement, peut nous aider à mieux nous sentir, explique Jonathan Safran Foer.

Mais le manifeste est un peu trop autocentré augoût de Mediapart, qui reconnaît l’honnêteté de la démarche, mais rappelle qu’elle évoque « la situation d’un homme riche dans un pays riche » et qu’elle ne remet guère en cause les politiques publiques et le manque de prise de responsabilité en la matière des dirigeants politiques.

Une chose est sûre, ce livre risque de donner de l’urticaire au Figaro, qui barre sa Une ce matin de ce titre : « Ces vegans qui inquiètent le monde rural ». Un article notamment consacré aux « animalistes » qui s’introduisent dans des élevages pour dénoncer les conditions de vie des animaux.

« Une écologie de contrition » juge le journal, « un fanatisme » dirigé contre « le premier des écologistes : le paysan ».

L’auteur de l’éditorial qui n’a sans doute pas dû lire l’article de Libération sur les élevages de porcelets, castrés sans anesthésie quand ils ne sont pas simplement tués en leur cognant la tête contre un mur, expliquent des anciens employés au journal.

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