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Chronique des matières premières

Aramco : une privatisation par la petite porte pour le géant du pétrole

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Une raffinerie de pétrole possédée par Aramco, en Arabie Saoudite.
Une raffinerie de pétrole possédée par Aramco, en Arabie Saoudite. REUTERS/Ahmed Jadallah

L'Autorité des marchés saoudiens vient d'annoncer dimanche qu'elle avait donné son feu vert : Aramco, la compagnie pétrolière du royaume, va entrer en Bourse mais uniquement à Riyad pour le moment.

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Une simple cotation à Riyad. C'est une privatisation par la petite porte pour le géant saoudien du pétrole. Pourtant depuis la première publication des résultats de son histoire l'an dernier, on sait qu'Aramco est la compagnie la plus rentable au monde : 111 milliards de dollars de bénéfices en 2018, deux fois plus que le géant de l'électronique Apple, un tiers de plus que les majors du pétrole réunies (Exxon, Chevron, BP, Shell et Total).

La production d'un baril revient à moins de 3 euros, les réserves sont les deuxièmes au monde (227 milliards de barils selon ses derniers chiffres). De quoi attirer les investisseurs sur les places financières du monde entier.

Rentable mais risquée pour les investisseurs

Pourtant la privatisation de 5 % d'Aramco, annoncée dès 2016 par le prince Mohammed Ben Salman, traîne en longueur. La mauvaise réputation du royaume en matière de droits de l'homme est en partie en cause et elle a bien sûr empiré depuis l'affaire Khashoggi. La Bourse de Londres a dès 2017 renoncé à faire entrer Aramco au FTSE, face à la bronca des investisseurs institutionnels.

Aramco est par ailleurs tout sauf un modèle de transparence, même si elle a enfin publié des résultats. Les liens avec le pouvoir saoudien se sont même renforcés, avec un nouveau président du conseil d'administration proche de MBS et patron du fonds souverain, qu'Aramco a renfloué via un rachat de la société pétrochimique Sabic. On ignore quelles mesures de sécurité ont été prises pour protéger les installations pétrolières après les attaques de drones du 14 septembre.

Il y a enfin des risques juridiques. Une cotation aux États-Unis pourrait voir Aramco poursuivie, comme ExxonMobil, pour n'avoir pas protégé ses investisseurs des risques environnementaux.

Valorisation en baisse

La valeur de la compagnie est en jeu. Si l'on intègre la faiblesse prolongée des cours et la demande de pétrole en berne, Aramco vaudrait aujourd'hui 1 000 à 1 500 milliards de dollars. C'est beaucoup mais c'est loin des 2 000 milliards affichés par le prince héritier saoudien.

La cotation à Riyad, probablement en décembre, fera office de test, sur 1 à 3 % du capital, pour montrer qu'Aramco intéresse et que le plan de diversification économique est en route. Quitte à tordre un peu le bras aux Saoudiens les plus fortunés, et à rallier les investisseurs de Chine et de Russie.

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