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Les dessous de l'infox, la chronique

La France, pays d’immigration, aujourd’hui comme hier

Audio 03:40
Le Premier ministre français Édouard Philippe.
Le Premier ministre français Édouard Philippe. Charles Platiau/Reuters
Par : Sophie Malibeaux
9 mn

L’immigration revient à la Une de l’actualité en France cette semaine avec l’annonce du plan du gouvernement par Édouard Philippe, précédée d’une interview du président Macron au magazine ultra-conservateur Valeurs Actuelles.

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À l’extrême droite, on en profite pour agiter, sur les réseaux sociaux, le chiffon rouge du « grand remplacement ». Qu’est-ce que cette théorie du complot, développée principalement par le mouvement identitaire ?

Le sujet est devenu ultrasensible dans l’opinion française, au fur et à mesure de la montée d’une extrême droite surfant sur les craintes des milieux populaires, en particulier de ceux qui connaissent le chômage et la précarité. L’idée étant de présenter l’étranger comme une menace potentielle. À cette peur de la misère économique et sociale, sont venus se greffer des arguments culturels puis religieux, faisant des musulmans une cible prioritaire.

Plus précisément, la théorie du « grand remplacement » instille dans la société l’idée selon laquelle les anciens peuples colonisés seraient en train de prendre une revanche sur la France et son passé colonial. Pour s’en protéger, les plus extrêmes vont jusqu’à préconiser non pas seulement l’arrêt de l’immigration mais une inversion des flux migratoires. Les identitaires qui propagent ces thèses xénophobes en appellent au souvenir d’une France sans immigrés, qui n'a en fait jamais existé.

Un choix de communication controversé

Avant l’annonce des mesures du gouvernement, le président Macron a précisément choisi de s’exprimer au sujet de l’immigration dans Valeurs actuelles, un hebdomadaire pourtant connu pour relayer ce type de théorie d'extrême droite.

Prenant le lectorat de ce magazine à rebrousse-poil, le président Macron y affirme : « Nous avons toujours été une terre d’immigration ». Et d’ajouter : « La France a toujours eu des gens qui venaient pour des raisons familiales, politiques ou économiques. On a toujours eu 10 à 14 % de la population qui était d’origine étrangère. » Mensonge, répliquent les identitaires sur les réseaux sociaux.

Alors qu’en est-il réellement ? D’où vient cette perception d’une submersion migratoire ?

Marie-José Bernardot, à l’initiative de la création du collectif Desinfox Migration livre ses éléments de réponses : « La France est effectivement le plus ancien pays d’immigration en Europe. Alors que beaucoup de pays européens ont largement contribué au peuplement des États-Unis, en France au contraire on a toujours été un pays d’accueil. En 1931, ajoute-t-elle, il y avait déjà plus de deux millions de personnes étrangères en France. Si l’on se réfère aux historiens de l’immigration, il est très clair que, depuis que l’on a des statistiques, on peut très bien établir la présence étrangère en France, depuis au moins la fin du 19e siècle et le début du vingtième. Actuellement, on est le pays d’Europe qui a le plus grand nombre de descendant d’immigrés. C’est la particularité française. »

De quoi écarter l’idée d’une crise migratoire sans précédent, l’argument qui sous-tend la théorie du grand remplacement ne tient pas.

Des mesures vivement critiquées

Pour revenir à l’actualité et à l’annonce du plan gouvernemental sur l’immigration, le Premier ministre a cependant déclaré : « Le sens général de notre action c’est celui de la souveraineté. Nous voulons reprendre le contrôle de notre politique migratoire. »

Cette façon de présenter les choses a suscité les critiques de la gauche, y compris au sein de la majorité présidentielle, car en tenant ce discours, le gouvernement donne l’impression d’accréditer les thèses d’une perte de contrôle et de souveraineté. Mais pour Marie-José Bernardot, il faut s’en tenir aux faits : « C’est loin d’être facile d’arriver en France, d’obtenir un visa pour la France, c’est même extrêmement difficile d’avoir un visa touriste, il faut justifier d’être accueilli, d’avoir une somme d’argent assez élevée etc…Les consulats à l’étranger n’accordent pas de visas si facilement, et s’il y a autant de personnes qui se sont noyées en Méditerranée depuis plusieurs années, déplore-t-elle, c’est bien que c’est difficile de rentrer en France. La France n’est pas du tout un pays ouvert à tous les vents. Actuellement, et depuis plusieurs années, elle est dans la moyenne plutôt basse, parmi les pays de l’OCDE, pour le nombre d’entrées sur son territoire. »
 


Marie José Bernardot a occupé les fonctions de responsable de l’intégration sous les présidents Sarkozy puis Hollande entre 2007 et 2014. Pour elle, il faut se garder de caricaturer la situation et replacer les questionnements actuels dans le temps long de l’histoire de l’immigration. Pour ce faire, vous pouvez d’ailleurs vous reporter au livre qu’elle vient de publier : Étrangers, immigrés : (re)penser l’intégration, aux Presses de l’EHESP- l’école des hautes études en santé publique.

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