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Invité Afrique

«Congo Lucha» de Marlène Rabaud : «Ces jeunes savent que leur pays va mal»

Audio 04:59
Des militants de la Lucha dans le cortège funéraire du militant congolais pro-démocratie Luc Nkulula, le 14 juin 2018 à Goma.
Des militants de la Lucha dans le cortège funéraire du militant congolais pro-démocratie Luc Nkulula, le 14 juin 2018 à Goma. Alain WANDIMOYI / AFP

Elle a suivi les militants de la Lucha pendant deux ans, de 2016 à 2018. Pour son film « Congo Lucha », elle a été récompensée par le prix Albert Londres de l'audiovisuel. Ce documentaire est diffusé mardi 10 décembre sur France 2. Marlène Rabaud est notre invitée ce matin. Elle raconte son travail auprès des militants de ce mouvement citoyen né dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), leur mobilisation pour le respect de la Constitution et l'alternance, leur lutte et la répression qu'ils ont subi. Marlène Rabaud répond aux questions d'Alexis Guilleux.

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RFI : Comment décririez-vous cette jeunesse congolaise qui participe à La Lucha ?

Marlène Rabaud : Ce sont des jeunes qui ont entre 20 et 25 ans. Ils sont étudiants pour la plupart et ont conscience que leur pays va mal, que les choses doivent changer. Ce sont des jeunes qui ont des situations précaires, qui vivent souvent chez leurs parents, qui n’ont pas d’eau, pas d’électricité… Il s’agit d’une élite intellectuelle, mais pas d’une élite économique. Ils sont à la fois indignés et déterminés à aller jusqu’au bout. Ces jeunes prennent des risques en allant dans la rue. Ils sont souvent arrêtés et souvent torturés en prison.

Ce que vous avez filmé, c’est la manière dont ces jeunes, certes pleins d’espoir, se retrouvent confrontés à ce mur que représentent les autorités congolaises.

Oui, ils ont en face d’eux une police qui comprend tout à fait le message que veut faire passer La Lucha, puisque les policiers, les militaires et les magistrats, tout le monde vit les mêmes précarités. Les jeunes de La Lucha ont affaire à une police qui obéit aux ordres et qui les arrête quand on lui demande. Ils sont souvent intimidés, ils sont régulièrement fouettés…

Ce que l’on voit également dans ce documentaire et ce qui marque, c’est le fossé entre ces militants de La Lucha et le reste de la population. D’où vient, selon vous, cette difficulté à faire émerger un large mouvement populaire ?

Au Congo, c’est la peur. C’est la peur qui retient les jeunes. Il est difficile de s’engager quand on est dans un processus de survie au quotidien. Donc, il est difficile de passer des heures à discuter, à élaborer des stratégies, à imaginer l’avenir, à imaginer de nouvelles actions… Mais dans la rue, les gens les soutiennent en silence.

Au départ, quand La Lucha est arrivée, les gens étaient très méfiants, puisque des groupes de jeunes qui commencent à défiler dans les rues, cela fait peur. On les soupçonne de cacher des armes. Donc il a d’abord fallu pour La Lucha convaincre qu’ils étaient non-violents. Et c’est vraiment la non-violence qui est au cœur de leur revendication et de leur sensibilisation auprès de la population.

Comment avez-vous travaillé auprès de la Lucha ? Quelles ont été vos difficultés pour suivre ce mouvement ?

J’ai décidé de suivre La Lucha parce que c’était pour moi la première fois qu’il y avait une lueur d’espoir dans ce pays. J’y ai cru tout de suite. J’avais l’impression de voir l’histoire s’écrire devant moi. J’étais emportée avec eux, effectivement, dans l’idée que les choses allaient changer, qu’ils allaient parvenir à changer les choses à leur petit niveau. Et je pense qu’ils ont obtenu des résultats. Pendant les deux ans de tournage, on a pu voir des sanctions qui ont été prises contre les autorités congolaises, qui empêchaient l’organisation des élections, qui arrêtaient les manifestants… Et puis je pense que le départ de Kabila est quand même le résultat, aussi, de cette mobilisation qu’ils ont réussi à créer. C’est un mouvement qui méritait vraiment d’être suivi et je n’en ai jamais douté.

Depuis le début de l’année, c’est Félix Tshisekedi qui est le président de la RDC, même si les pro-Kabila contrôlent toujours l’Assemblée nationale. Quelle lutte, aujourd’hui, pour La Lucha, après avoir obtenu d’une certaine manière l’alternance au pouvoir ?

La Lucha continue ses actions. Ses militants sont revenus à des actions à caractère plus social, ils continuent de sensibiliser la population. Ils sensibilisent aussi à l’épidémie Ebola, aujourd’hui, qui sévit dans l’est du Congo. Ils sont moins sur le terrain politique. Ils regardent des avancées, les déclarations, les promesses que le président Tshisekedi a pu faire et ils attendent des résultats. Ils savent aussi que les choses mettent du temps à changer. Ce n’est pas en quelques mois qu’un pays comme le Congo peut vraiment évoluer. Ils prennent acte du changement et ils attendent les résultats.

Vous dédiez ce documentaire à Luc Nkulula, l'un des fondateurs de La Lucha, qui a trouvé la mort dans l’incendie de sa maison en juin 2018. La police a conclu à un accident, une conclusion contestée. Le documentaire donne l'impression que c’est une personnalité vraiment inspirante pour les autres...

Luc était un personnage hors normes. C’était un héros en devenir. Il avait ce talent pour réunir les jeunes autour de lui. Il avait une conviction, je pense, que personne ne pouvait remettre en question, parce qu’il avait sacrifié quasiment tout pour la lutte. Sa vie, c’était La Lucha et cela donnait aux autres l’envie de le suivre.

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