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Aujourd'hui l'économie, le portrait

Margrethe Vestager, la «tax lady» qui fait peur aux GAFA

Audio 04:18
La commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager, également vice-présidente de la Commission, a une parole qui compte à Bruxelles.
La commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager, également vice-présidente de la Commission, a une parole qui compte à Bruxelles. AFP/Aris Oikonomou
Par : Patricia Lecompte
9 mn

Baptisée « The tax Lady » par Donald Trump mais aussi « la Reine Vicking » ou « la Valkyrie » par la presse anglo-saxonne, Margreth Vestager est la bête noire des Gafa. Des sobriquets qu’elle assume pleinement tant ils évoquent sa forte personnalité. Commissaire européenne à la Concurrence, elle mène un combat sans merci contre les multinationales qui ne respectent pas les règles européennes.

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« Impartialité et rigueur voici la base de mon action. C’est important pour des gens comme moi qui sont au pouvoir d’avoir en tête chaque jour qu’il y a des gens qui ne seront pas d’accord avec vous. »

Et tant pis si la gendarme antitrust n’a pas que des amis. À Bruxelles, tout le monde connaît sa silhouette longiligne, ses cheveux courts poivre et sel, son  regard bleu et son large sourire. Marghrete Vestager porte élégamment la cinquantaine. Née à Copenhague au Danemark dans une famille croyante, ses deux parents sont pasteurs luthériens : elle en gardera le sens des valeurs.

Son parcours est impressionnant. Après des études d’économie, elle intègre le ministère des Finances. À 29 ans, elle fait ses premiers pas en politique et devient la première femme et la plus jeune ministre danoise, avec le ministère de l’Éducation et des Affaires ecclésiastiques. À 39 ans, elle dirige le parti social-libéral danois, et trois ans plus tard devient vice-premier ministre en charge de l’Économie et de l’Intérieur. Une trajectoire fulgurante qui l’a propulsée à 47 ans commissaire européenne à la Concurrence. Sa rapide ascension politique inspirera l’héroïne de la célèbre série télévisée Borgen, une femme au pouvoir.

En novembre dernier, elle postule à la succéssion de Jean-Claude Juncker.
Après avoir occupé les fonctions de commissaire à la Concurrence durant 4 ans, elle brigue la présidence de la commission européenne pour, dit-elle, « briser les monopoles ». Mais elle essuiera un échec. Elle se heurte à une autre femme : Ursula Von Der Leyer. Cependant, elle n'a pas tout perdu car non seulement elle récupère son mandat de commissaire à la Concurrence mais en plus, elle l'étoffe du portefeuille sur le Numérique. Sa mission : bâtir la transition numérique de l’Union européenne. Ce qui fait d’elle l’une des femmes les plus puissantes de la commission.

La « bête noire » des Gafa, les Google, Apple, Facebook et autre Amazon

Sans relâche, elle lutte contre les aides d’État illégales, les abus de position dominante et les manquements aux règles de la concurrence européenne. Elle s’est distinguée par des amendes record qu’elle a infligées aux géants du Net. Au total, plus de 7 milliards d’euros. Dans son collimateur : Google, Amazon, Nike, Engie ou Starbucks. Mais la sanction la plus douloureuse revient à Apple qui en 2016 a été condamné à rembourser à l’Irlande 14,3 milliards d’euros. Margrethe Vestager a estimé que la marque à la pomme avait bénéficié de cadeaux fiscaux de la part de l’État Irlandais. Margreth Vestager veut montrer aux eurosceptiques que l’Europe agit.

Pour Anne-Laure Delatte, directrice adjointe du CEPII, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, la commissaire européenne se montre habile. « Elle ne parle pas de politique fiscale, puisque ce serait éventuellement le rôle du commissaire aux Finances, mais elle attaque par la concurrence. Donc elle a créé une nouvelle façon de s’attaquer à la concurrence fiscale, sachant que ce n’est absolument pas dans son mandat au départ. » Et elle ne fait aucune concession, y compris au sein de l'Europe.

Comme en 2017 lorsqu'elle s’oppose au projet de fusion entre le Français Alstom et l’Allemand Siemens, censés créer un champion européen du ferroviaire, pour contrer le numéro un mondial, le chinois CRRC. La Commissaire européenne a mis son veto au nom de la protection européenne. Margret Vestager a rappellé qu’il y a 26 autres États membres qui ont un intérêt sur le marché du ferroviaire. Une intégrité saluée par la députée européenne Eva Joly : « Margrethe Vestager est l’illustration que la volonté politique est suffisante. Elle applique la règle, tout le monde aux mêmes conditions. Pour moi, Margrethe Vestager sauve l’honneur de cette commission globalement assez médiocre. »

Les quolibets pleuvent chez les tous puissants qui la nomment : « le pire cauchemar des multinationales » ou « la dame de fer ». Ils devront prendre leur mal en patience : son mandat court jusqu'en 2024.

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