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Invité Afrique

«Hissène Habré est un détenu de la communauté internationale»

Audio 06:57
Hissène Habré.
Hissène Habré. AFP/Stringer

C'est une information RFI. Dans une lettre aux autorités sénégalaises, le Comité de l'ONU contre la torture s'oppose à une éventuelle libération de Hissène Habré, l'ancien président du Tchad, qui a été condamné en 2016 à la prison à perpétuité pour torture, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Explications de Reed Brody, de Human Rights Watch.

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RFI : Pourquoi le Comité des Nations unies contre la torture s’oppose-t-il à l’éventuelle libération de Hissène Habré ?

Reed Brody : En fait, parce qu’une libération d’un meurtrier de masse, un tortionnaire, moins de quatre ans après sa condamnation, ne serait pas conforme aux obligations du Sénégal. Cela veut dire que la convention contre la torture oblige les pays à réprimer des actes de torture au moyen des peines qui prennent en compte la gravité de ces actes. Donc, quelqu’un qui est condamné pour huit ans de torture ne peut pas être gracié moins de quatre ans après sa condamnation. En fait, il y a deux questions juridiques dedans. D’abord, Hissène Habré, comme l’a reconnu le ministre de la Justice sénégalais Malick Sall, n’est pas un prisonnier du Sénégal. Il est un prisonnier de la communauté internationale. Le statut des Chambres africaines extraordinaires dit noir sur blanc que le Sénégal est « lié par la durée de la peine ».

C’est-à-dire que le Sénégal est en quelque sorte le pays hôte du condamné Hissène Habré comme la Grande-Bretagne est le pays hôte du condamné Charles Taylor ?

C’est exactement cela. Et donc toute procédure de grâce éventuelle pour Hissène Habré devrait forcément impliquer l’Union africaine.

Donc, cela est le premier point…

Et le deuxième point, c’est que, même à supposer qu’il y a une procédure de grâce, il faut que la gravité des crimes soit dans la balance.

Est-ce à dire que le crime de torture n’est pas un crime comme les autres ?

C’est exact. Et surtout quand on parle d’une torture systématique pendant huit ans, y compris l’esclavage sexuel et des viols.

Dès la première condamnation de Hissène Habré à la peine de prison à perpétuité, c’était le 30 mai 2016, le ministre sénégalais de la Justice de l’époque, Sidiki Kaba, avait dit : « une grâce est possible, car l’exécution de la peine appartient à l’État du Sénégal ». Comment réagissez-vous à cela ?

Je pense que l’actuel ministre de la Justice, Malick Sall, a une position beaucoup plus correcte sur cette affaire. Je pense que Hissène Habré, comme a dit le ministre au mois de novembre, « n’est pas un détenu du Sénégal, mais un détenu de la communauté internationale ». Et c’est cette déclaration d’ailleurs qui a beaucoup rassuré les victimes, car cette campagne pour la libération de Hissène Habré a semé le désarroi des victimes qui souffrent toujours des séquelles et qui attendent aussi toujours leur indemnisation.

Mais tout de même, cet avis du Comité des Nations unies contre la torture, est-ce que ce n’est pas une atteinte à la souveraineté du Sénégal ?

Non, parce que le Sénégal a ratifié la convention [contre la torture]. Nous espérons d’ailleurs que la lettre du comité de l’ONU donnera au gouvernement sénégalais un moyen pour résister à la pression des soutiens et des avocats de Hissène Habré.

Au-delà de l’épouse de Hissène Habré, quels sont les mouvements politiques ou autres qui font pression en faveur de la libération de Hissène Habré ?

Il y a certaines ONG qui ont toujours pris parti en faveur de Hissène Habré. Il y a des institutions religieuses qui ont fait pression pour la libération de Hissène Habré. C’est ce qui est public. En privé, nous ne savons pas quelles sont les différentes pressions exercées sur le gouvernement.

Quand vous parlez d’« institutions religieuses », faites-vous allusion à des confréries qui sont bien installées au Sénégal ?

Les confréries n’ont pas pris position. Mais il y a des organisations islamiques qui ont demandé la libération de Hissène Habré.

Donc, il y a une vraie campagne en faveur de la libération de Hissène Habré ?

Tout à fait. Madame Habré a multiplié les déclarations. On l’a vue plusieurs fois à la Une des journaux écrits et télévisés sénégalais. Donc, on imagine que derrière, il y a aussi beaucoup de pressions qui s’exercent sur le gouvernement sénégalais.

Et pour vous, il y a d’abord les victimes ?

Évidemment, il ne faut pas oublier qu’il y a des milliers de victimes de torture, des milliers de veuves et d’orphelins qui subissent toujours le traumatisme et les conséquences des crimes de Hissène Habré. Et Hissène Habré a été condamné non seulement à sa peine de prison, mais il a été condamné à payer environ 125 millions d’euros en réparation à ces victimes. Hissène Habré n’a pas donné encore un centime. Donc, avant que Hissène Habré puisse demander la clémence, les victimes disent qu’il doit arrêter de cacher son argent…

Mais Hissène Habré dit qu’il n’a plus d’argent…

Hissène Habré a été accusé par la Commission d’enquête tchadienne d’avoir vidé les caisses du Trésor public avant de s’enfuir au Sénégal. L’ancien Premier ministre du Sénégal, [le banquier] Abdoul Mbaye, a reconnu avoir reçu et même blanchi cet argent. Donc, les victimes demandent où est cet argent et pourquoi Hissène Habré continue à le cacher.

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