Centrafrique: la Cour constitutionnelle valide la réélection de Faustin-Archange Touadéra

Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra.
Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra. Ludovic MARIN AFP
Texte par : RFI Suivre
6 mn

La Cour constitutionnelle a rendu ce 18 janvier sa décision concernant le scrutin présidentiel du 27 décembre 2020. Après des redressements de résultats et des annulations de certains bureaux de vote, elle acte la réélection du président Touadéra dès le 1er tour avec 53,16% des voix, face à Anicet Georges Dologuélé avec 21,69%. Cet après-midi le président Touadéra s’est rendu au QG de campagne où il s’est exprimé.

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Avec notre envoyée spéciale et notre correspondante à Bangui, Alexandra Brangeon et Charlotte Cosset

C’est sous haute sécurité que le président réélu est venu saluer son cercle proche. Le président Touadéra a rapidement répondu à la presse saluant les Centrafricains qui avaient eu le courage de faire front aux groupes armés et d’aller voter malgré l’insécurité. Il a aussi tendu la main, rappelant qu’il était toujours temps de dialoguer.

Aujourd’hui, si nous sommes des démocrates, on doit pouvoir accepter ce que nos institutions ont décidé. Je suis très heureux et je remercie le peuple centrafricain qui a renouvelé sa confiance en ma personne pour conduire sa destinée et je voudrais aussi remercier toute la communauté internationale qui n’a pas lésiné sur les efforts pour nous aider à renforcer notre ancrage démocratique.

Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine, réélu

Cette décision de valider la victoire de Faustin-Archange Touadéra a été accueillie par des applaudissements de la part des soutiens du président venus nombreux aujourd’hui à la Cour. Cette annonce vient mettre fin à un suspense de trois semaines dans un contexte politique et sécuritaire compliqué. Quatre requêtes en annulation pour redressement des résultats avaient été déposées.

Pendant deux heures, la présidente de la Cour constitutionnelle Danièle Darlan a procédé à la lecture du verdict reprenant point par point les différents recours déposés par l’opposition qui, elle, demandait l’annulation du scrutin citant des irrégularités, des fraudes, le fait que cette élection n’est pas représentative, car plus de la moitié des électeurs n’ont pas pu voter.

Un contexte sécuritaire compliqué

La Cour constitutionnelle a écarté la plupart des requêtes de l’opposition citant un manque de preuves. La présidente a toutefois jugé que dans plusieurs circonscriptions, il y avait eu des irrégularités et a annulé le scrutin présidentiel et législatif. C’est le cas dans les villes comme Bambari, Bouar... Et au final, la Cour a estimé que ces irrégularités n’étaient pas de nature suffisante à inverser le résultat. L’écart entre les deux premiers candidats étant trop important : 53,16% pour le président sortant Faustin-Archange Touadéra, 21,69% pour son rival, Anicet-Georges Dologuélé.

Rappelons que ce scrutin s’est tenu dans un contexte sécuritaire compliqué. En effet, à peine deux semaines avant le premier tour, six groupes armés ont formé une coalition et entrepris de marcher vers Bangui, souhaitant empêcher ces élections. Des craintes sécuritaires encore d'actualité ce lundi. La Cour constitutionnelle était sous haute sécurité ce matin. Le jour du vote, la moitié de la population n’a pas pu se rendre aux urnes. D’ailleurs, la Cour a modifié le taux de participation annoncé à plus de 76% par l’autorité électorale, elle l’a revu à environ 35%. Un écart assez important puisqu’elle s’appuie elle sur le nombre d’électeurs inscrits sur l’ensemble du territoire alors que l’autorité électorale s’appuyait sur le nombre d’électeurs dans les zones qui ont voté.

Le « peuple était en guerre »

Mais considérant la détermination affichée des populations à aller voter malgré l’insécurité, le « peuple était en guerre » a souligné la présidente Danièle Darlan. Dans les zones où il y avait eu vote, le peuple avait « envoyé un message clair et fort : nous voulons choisir nos dirigeants », a estimé la Cour. L'institution a donc validé le scrutin et déclaré Faustin-Archange Touadera vainqueur. Enfin, notons que cette annonce est faite avec une journée d’avance sur le calendrier électoral, un hommage, a précisé Danièle Darlan. Il y a 42 ans sous Jean-Bedel Bokassa avait lieu le terrible massacre des étudiants à Bangui.

C’est donc une victoire qui va s’accompagner de nombreux défis. À la tête de l’État pour cinq nouvelles années, Faustin-Archange Touadéra, élu avec moins de 350 000 voix, va devoir néanmoins être le président de tous les Centrafricains. Le président va devoir composer avec une opposition qui réclame depuis plusieurs mois une grande concertation nationale. Dans son discours lundi 18 janvier, le président a de nouveau tendu la main, ouvrant la voie au le dialogue.

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