Procès du bombardement de Bouaké: les trois accusés condamnés à la réclusion à perpétuité

Un des Soukhoï-25 «Grach», code Otan «Frogfoot», ayant participé au bombardement de Bouaké, à l'aéroport de Yamoussoukro, le 14 novembre 2004. (Image d'illustration)
Un des Soukhoï-25 «Grach», code Otan «Frogfoot», ayant participé au bombardement de Bouaké, à l'aéroport de Yamoussoukro, le 14 novembre 2004. (Image d'illustration) © AFP - Pascal Guyot

En France, le verdict vient d’être rendu au procès du bombardement de camp français de Bouaké. Au terme de près de trois semaines d’audience, la cour vient de condamner les trois accusés, Yury Sushkin, le mercenaire biélorusse, Ange Gnanduillet et Patrice Ouei, les deux officiers ivoiriens à la réclusion à perpétuité.

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Avec notre envoyé spécial à la cour d’assises de Paris, Pierre Firtion

Le verdict a été annoncé en début d’après-midi par le président de la cour d’assises de Paris : réclusion criminelle à perpétuité contre les trois accusés. Yury Sushkin, le mercenaire biélorusse, Ange Magloire Gnanduillet et Patrice Ouei, les deux officiers ivoiriens, ont été reconnus coupables d’assassinat et de tentative d’assassinat.

Un verdict attendu puisque l’avocat général avait appelé ce jeudi matin à une telle condamnation. Mais ce verdict suffira-t-il à apaiser un tant soit peu la douleur des blessés et des familles des victimes ? Pas si sûr, car les trois accusés, absents de ce procès, ne purgeront pas leur peine. L’avocat général a d’ailleurs reconnu ce matin que la probabilité qu’ils soient un jour arrêtés était « faible ».

Ensuite, au grand dam des parties civiles, ces trois semaines d’audiences n’auront pas permis de savoir qui a précisément donné l’ordre de bombarder le camp français et pourquoi la France n’a pas arrêté les pilotes présumés des Sukhoi mis à disposition par le Togo alors que, comme l’a rappelé l’avocat général jeudi matin, le cadre juridique existait pour le faire ? « Il n’appartient pas à la cour de discuter des raisons ayant conduit les autorités françaises à décliner l’offre du ministre de l’intérieur du Togo », a expliqué le président de la cour à l’énoncé du verdict.

Les parties civiles apprécient les motivations de l'arrêt

Plus que le verdict en lui-même, les avocats des parties civiles ont surtout salué à l’issue de l’audience les motivations de l’arrêt rendu par le président de la cour. Me Lionel Béthune de Moro, avocat de 23 des parties des civiles. « Il tord le cou à la rumeur du complot, et en revanche, il émet un avis fondé que, je crois, partagent toutes les parties civiles, à savoir que l’autorité judiciaire a été mise de côté, et c’est un vrai regret pour tout le monde. »

Le verdict, c’est ce qu’on attendait mais on se sent un peu laissés tombés. On ne nous donne pas la vérité. Nos hauts responsables n’ont pas tout dit, c’est sûr.

Sentiments mitigés des parties civiles à l'issue du verdict

La cour a en effet « déploré » que « les autorités juridiques et judiciaires françaises n’aient été ni consultées ni informées » de l’arrestation des mécaniciens des Sukhoi par l’armée françaises et des pilotes des avions par les autorités togolaises. Sur ce dernier point, la cour a estimé que les autorités françaises avaient « décliné l’offre du ministre de l’intérieur du Togo de leur remettre les pilotes ».

Pour ma part, ça m'a permis de mettre des mots et de m'exprimer.

Sylvain, ancien soldat de l'opération Licorne,blessé dans le bombardement

Une petite phrase qui n’a pas échappé à Me Patricia Coutand. « Moi je considère que dès lors qu’on choisit de dire qu’on a décliné l’offre, ça veut dire qu’une décision a été prise et que c’est pas un loupé ou une absence de réaction. »

Cette appréciation de la cour pourrait-elle alors entrainer une suite juidicaire ? « On est en train d’y réfléchir, c’est un peu tôt pour vous répondre mais j’aimerai bien. Mes clients, en tout cas, m’ont dit clairement que c’était la fin d’un chapitre, pas du livre donc on s’en tiendra pas à cette seule décision. Il faut absolument essayer d’aller voir plus loin. »  Quelle suite pourrait être donnée ? Patricia Coutand n’a pas pour l’heure voulu en dire plus.

La vérité, on va la découvrir d’ici 10, 30 ans, si quelqu’un parle dans son coin ou si les historiens écrivent des choses. Moi, j’ai écrit un livre où, selon moi, je m’approche beaucoup de la vérité. Mais c’est une position, qui m’est particulière. La vérité, si on avait voulu la savoir, on l’aurait su sans problème en arrêtant les pilotes qui étaient à notre portée.

Maître Jean Balan, avocat de la majorité des parties civiles

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