Russie: la justice désigne comme «extrémistes» les organisations d'Alexeï Navalny

«On ne reculera pas», a réagi l'opposant emprisonné Alexeï Navalny (ici le 20 février 2021) après ce jugement.
«On ne reculera pas», a réagi l'opposant emprisonné Alexeï Navalny (ici le 20 février 2021) après ce jugement. AP - Alexander Zemlianichenko

La justice russe a désigné ce mercredi 9 juin comme « extrémistes » les organisations de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny. Cette mesure permet leur liquidation et une répression accrue de ses partisans à l'approche des législatives de septembre.

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« Il est très facile de comprendre le contexte de cette décision, explique Ilya Novikov, l'un des avocats du Fonds anti-corruption d'Alexeï Navalny, au micro de Daniel Vallot, notre correspondant à Moscou. Avec l’arrestation de Navalny, avec les poursuites engagées contre ses plus proches soutiens, tous ceux qui n’ont pas quitté la Russie à temps sont aujourd’hui assignés à résidence. Et je suis certain à 100% que tout cela fait partie d’une campagne politique des autorités russes, campagne qui prend la forme de cette procédure judicaire lamentable. C’est extrêmement clair, et cela n’a rien à voir avec une application normale de la loi. »  

À quelques mois des législatives de septembre, un tribunal de Moscou a ordonné mercredi la liquidation des organisations d'Alexeï Navalny, notamment son Fonds de lutte contre la corruption (FBK), connu pour ses enquêtes retentissantes sur le train de vie et les malversations des élites russes, et ses bureaux régionaux, qui s'occupent d'organiser les manifestations et des campagnes électorales.

« Il a été reconnu que ces organisations non seulement diffusaient volontairement des informations incitant à la haine et à l'hostilité envers les représentants du pouvoir, mais commettaient également des crimes et délits extrémistes », a déclaré un représentant du parquet après l'annonce de la décision.

L'équipe Komanda 29, qui défendait notamment le FBK, a annoncé son intention de faire appel de la décision. Ses avocats ont dénoncé dans un communiqué « un procès à huis clos avec certains documents classés "secrets" ». « Lors de la dernière audience, toutes les requêtes de la défense ont été rejetées et aucune preuve suffisante de culpabilité n'a été présentée », ont-ils estimé. Le parquet a quant à lui salué un jugement « légal et justifié ».

Ce jugement, à l'issue d'une audience à huis clos, intervient après des mois de répression ayant visé l'opposition russe, marquée par l'envoi d'Alexeï Navalny, 45 ans, en colonie pénitentiaire, l'exil de plusieurs cadres de son mouvement, mais aussi des mesures ciblant la presse indépendante et d'autres voix critiques.

Alexeï Navalny « ne reculera pas »

Un message publié mercredi soir sur le compte Instagram d'Alexeï Navalny a appelé ses partisans à continuer à le soutenir, et à se rallier aux consignes de vote de son équipe pour les élections législatives de l'automne. « On se débrouillera, on évoluera, on s'adaptera. Mais on ne reculera pas devant nos objectifs et nos idées. C'est notre pays et nous n'en avons pas d'autre », lisait-on encore.

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La Grande-Bretagne a rapidement qualifié la décision de la justice russe de « perverse ». « Il s'agit d'une nouvelle attaque kafkaïenne contre ceux qui se dressent contre la corruption et pour des sociétés ouvertes, et d'une tentative délibérée de mettre effectivement hors la loi la véritable opposition en Russie », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab dans un communiqué.

L'issue de cette procédure laissait peu de doutes. Elle intervient un peu plus d'un mois après l'inscription du réseau de bureaux régionaux d'Alexeï Navalny sur la liste des organisations « extrémistes » du service de surveillance financière. Suite à cette décision, le réseau avait procédé à son auto-dissolution pour éviter des poursuites à ses membres. La justice a ordonné mercredi la liquidation des organisations restantes, dont le FBK.

Les collaborateurs de formations jugées « extrémistes » risquent en Russie de lourdes peines de prison et sont privés de participation aux élections depuis une loi promulguée la semaine dernière par le président Vladimir Poutine.

Pour l'opposition, ce texte vise à neutraliser les candidats dangereux pour le pouvoir avant les législatives de septembre, qui s'annoncent délicates pour le parti du Kremlin, Russie Unie, en recul dans les sondages dans un contexte de stagnation économique.

(Et avec AFP)

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