Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: le chef du commando tué par l'armée française

Baye ag Bakabo était le principal suspect pour le rapt des journalistes de RFI Claude Verlon et Ghislaine Dupont, morts en 2013. Ici, des photos des deux journalistes lors d'une cérémonie à Abdijan le 2 novembre 2018.
Baye ag Bakabo était le principal suspect pour le rapt des journalistes de RFI Claude Verlon et Ghislaine Dupont, morts en 2013. Ici, des photos des deux journalistes lors d'une cérémonie à Abdijan le 2 novembre 2018. AFP - SIA KAMBOU

Paris a confirmé la mort, ce vendredi 11 juin, de Baye Ag Bakabo, le chef du commando qui avait enlevé nos confrères Ghislaine Dupont et Claude Verlon le 2 novembre 2013 à Kidal dans le nord du Mali.

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L’information circulait depuis mercredi 9 juin mais n’avait alors rien d’officiel. Plusieurs membres de la famille de Baye Ag Bakabo avaient annoncé son décès sur les réseaux sociaux mais ni Barkhane, ni l’Élysée, contactés à ce moment-là, n’avaient confirmé.

Dans sa déclaration, la ministre des Armées Florence Parly préciseque « le 5 juin dans la journée, la force Barkhane a détecté une attaque en préparation contre une emprise de l’ONU à Aguelhok dans le nord du Mali. Une opération de vive force a alors été lancée contre un groupe armé terroriste qui s’apprêtait à déclencher des tirs de mortier sur cette emprise occupée par le bataillon tchadien de la Minusma (ONU). Cette opération a conduit à la neutralisation de quatre terroristes. Parmi eux, a été identifié Baye Ag Bakabo, cadre terroriste considéré comme le responsable de l'enlèvement et de l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes de RFI, à Kidal le 2 novembre 2013. »

Ces quatre hommes s’apprêtaient donc à attaquer la base de la Minusma d’Aguelhok quand ils ont été neutralisés. Une attaque que l’armée française, a dit-on, détectée après un premier attentat manqué contre cette même base le 2 avril dernier. Paris a alors préparé une contre-offensive pour empêcher cette attaque. Sans savoir que Baye Ag Bakabo était dans ce groupe.

« C’est après l’opération que nous avons constaté qu’il figurait parmi les tués », confie-t-on au ministère des Armées. Il n’était donc pas directement ciblé même si on reconnait, dans l’entourage de la ministre, qu’il figurait sur les « écrans radars » des forces françaises. Plusieurs membres de sa famille avaient annoncé son décès, en milieu de semaine, sur les réseaux sociaux sans que les autorités françaises ne confirment jusque-là sa mort.

A la tête d'une katiba

Baye Ag Bakabo était le chef présumé du commando qui a enlevé et assassiné nos confrères. Cet ancien trafiquant et voleur de voiture rejoint la mouvance jihadiste en 2012. Un an plus tard, il regagne Kidal en se présentant comme repenti. En mars, il est auditionné par les services de renseignement français. Mais 8 mois plus tard, le 2 novembre 2013, c’est son pick-up couleur sable qui est utilisé pour enlever Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Un véhicule qu’il conduit ce jour-là. Ses papiers seront d’ailleurs retrouvés à l’intérieur.

►À lire aussi : Mort de G. Dupont et C. Verlon: sept ans après, le point sur les avancées et blocages de l’enquête

Il était à la tête depuis quelques mois d’une katiba chargée d’éliminer toutes les personnes soupçonnées de collaborer avec la force française Barkhane. En septembre dernier en plein cœur de Kidal, sa katiba avait notamment éliminé un important chef militaire du MNLA, Ahabi Ag Ahmayad.  

Membre d'Aqmi, Baye Ag Bakabo était un homme discret. Mais on sait qu’il évoluait entre la région de Kidal et le sud de l’Algérie près de Tinzaouten. Un de ses derniers signalements remonte à octobre. Il a été aperçu lors de la libération de 200 jihadistes en échange de celle des otages Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé.

Sa capture était d’une importance capitale pour les familles de nos confrères. Son témoignage aurait pu lever les zones d’ombre qui pèsent encore sur cette affaire. Sur les quatre membres du commando, un seul serait encore en vie. Tout comme l'un des commanditaires présumés, Sedan ag Hita.

En avril dernier, Agnès Callamard qui était alors rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, s’était dite « particulièrement étonnée », que dans cette affaire, aucun mandat d’arrêt international n’ait été émis alors que l’identité des suspects est connue depuis plusieurs années.

Dans un communiqué, la maison-mère de RFI, France Médias Monde « prend acte de cette information et attend que l’enquête judiciaire, toujours en cours, sur l’assassinat de ses deux reporters permette d’éclaircir totalement les circonstances du drame, et aboutisse à l’arrestation de l’ensemble des membres du commando restants et de leurs complices éventuels afin qu’ils soient jugés. »

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