La Hongrie adopte une loi qui interdit la «promotion» de l'homosexualité auprès des mineurs

Des milliers de personnes étaient descendues lundi soir dans les rues de Budapest pour dénoncer la «propagande permanente» du gouvernement contre la communauté LGBT.
Des milliers de personnes étaient descendues lundi soir dans les rues de Budapest pour dénoncer la «propagande permanente» du gouvernement contre la communauté LGBT. AP - Szilard Koszticsak

La Hongrie a adopté mardi un texte interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs, suscitant l'inquiétude des défenseurs des droits, alors que le gouvernement souverainiste de Viktor Orban multiplie les restrictions visant les LGBT.

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Depuis des semaines, Mate Kocsis répète le même slogan : il n’y a pas de crime plus odieux que la pédophilie. Devant les députés, le vice-président du Fidesz, le parti au pouvoir, a défendu son projet de loi : « En Hongrie, tous les jours, du lundi au vendredi, un crime est commis par un pédophile. Grâce à ce texte, ces criminels ne pourront plus s’en tirer avec des peines légères. Protégeons les enfants au maximum. »

La loi prévoit de publier les noms des pédophiles condamnés, ou de les exclure de certains métiers. Mais le texte interdit aussi de faire la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs. « La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans », indique-t-il.

Boycott de l'opposition

Dans la pratique, les programmes éducatifs ou les publicités de grands groupes solidaires des minorités sexuelles et de genre, comme celle de Coca-Cola représentant un couple d'hommes qui avait suscité en 2019 des appels au boycott, ne seront plus autorisés. Il en sera de même pour des livres, tels que le recueil de contes et légendes dédramatisant l'homosexualité qui s'était attiré les foudres du pouvoir à l'automne 2020.

Des séries comme Friends ou des films comme Bridget Jones, Harry Potter ou Billy Eliot, dans lesquels l'homosexualité est évoquée, pourraient également être interdits aux mineurs, s'alarment les ONG.

L'amendement a été approuvé par 157 députés, dont ceux du Fidesz, au cours d'une séance retransmise en direct à la télévision. À l'exception du Jobbik, formation d'extrême droite anti-Orban, qui a voté pour, l'opposition a boycotté le vote. À l'image du député Akos Hadhazy, qui dénonce l’amalgame entre les homosexuels et les pédophiles. « Moralement, le boycott était la seule chose à faire contre cette loi de propagande inspirée d’une loi russe. Bien sûr, le pouvoir va dire que l’opposition soutient les pédophiles ! », prédit-il.

Cela n’a pas traîné. Le journal gouvernemental Magyar Nemzet titre sur l’opposition, cette coalition arc-en-ciel qui refuse de sanctionner les pédophiles, rapporte notre correspondante à Budapest, Florence La Bruyère.

Avant le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, la Hongrie était l’un des pays les plus progressistes de la région : l’homosexualité y avait été dépénalisée dès le début des années 1960 et l’union civile entre conjoints de même sexe reconnue dès 1996. C’est désormais terminé.

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