En France, 161 000 manifestants défilent contre le passe sanitaire

Près de 161000 manifestants sont descendus dans les rues contre l'extension du passe sanitaire, ce samedi 24 juillet 2021.
Près de 161000 manifestants sont descendus dans les rues contre l'extension du passe sanitaire, ce samedi 24 juillet 2021. REUTERS - BENOIT TESSIER

Selon le ministère de l'Intérieur, 161 000 personnes ont manifesté en France ce samedi contre l'extension du passe sanitaire. Ils étaient plus de 110 000 samedi dernier. À Paris, la manifestation a été émaillée de quelques incidents. 

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Ils étaient environ 5 000 à Montpellier, 6 000 à Nice et 4 000 à Strasbourg. Un peu partout en France, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues ce samedi, au cri de « liberté, liberté » ou appelant Emmanuel Macron à la « démission », pour protester contre le passe sanitaire et l'obligation vaccinale. Le ministère de l'Intérieur a recensé 168 actions en province, qui ont mobilisé près de 150 000 personnes. 

11000 à Paris, mais trois cortèges

À Paris, en revanche, le nombre de manifestants était en légère baisse selon la place Beauveau, qui les évalue à 11 000, contre 18 000 samedi dernier. Dans la capitale, les manifestants se sont divisés en trois groupes distincts, dont l'un s'est rendu au Trocadéro, ou plusieurs milliers de personnes ont répondu à l'appel de Florian Philippot. L'ancien vice-président du Rassemblement national et président de son nouveau mouvement Les Patriotes, s'en est pris à l'« apartheid » que souhaite mettre en place l'exécutif selon lui.

Gilets jaunes, mais aussi soignants ou étudiants constituaient une bonne partie des manifestants, dans des cortèges où l'on a vu de nombreux drapeaux tricolores, et qui ont la plupart du temps défilé dans le calme.

Se faire vacciner ou non : ils veulent avoir le choix. Pour ces manifestants, l'extension du passe sanitaire s'apparente à une vaccination obligatoire. Paul a reçu ses deux doses, mais il est tout de même dans la rue : « Je suis là parce que le passe sanitaire, je ne l'utiliserai pas, s'insurge-t-il. C'est hors de question que je l'utilise. Je pense que je suis contre le principe. C'est une restriction totale de toutes les libertés qu'on a pu avoir. Ce n'est pas normal de montrer un papier avec une pièce d'identité à quelqu'un qui n'est pas habilité à le faire. Je suis complètement contre. »

« La fête elle va continuer ailleurs »

En blouse, siglée des Hôpitaux de Paris, cette infirmière sera bientôt obligée de se faire vacciner pour exercer son métier, mais elle refuse. « On nous a applaudit lors de la première vague, rappelle-t-elle. Maintenant on va nous jeter des pierres, nous lapider, alors que ce n'est absolument pas justifié. L'obligation vaccinale n'est absolument pas justifiée.» 

Ce parisien de 20 ans est même prêt à contourner la loi, à « faire un faux ». « Vous croyez vraiment que ça va se généraliser ? Ça ne va pas marcher. La fête elle va continuer ailleurs. Elle sera bien plus marrante là où on ne sera pas vaccinés et où on ne sera pas obligés de montrer ce petit papier. Et puis des faux ça existe déjà. et heureusement que ça existe.» 

Comme lors du mouvement des Gilets jaunes, les anti-passe sanitaire misent sur une mobilisation longue, chaque week-end, pour faire plier le gouvernement.

En fin de manifestation, des affrontements ont eu lieu entre près de 200 manifestants et les forces de l'ordre aux abords des Champs-Élysées.

Modifications du Sénat

Ces manifestations avaient lieu alors que le texte, adopté par l'Assemblée nationale en première lecture vendredi 23 juillet, était en lecture au Sénat. La Chambre haute, dominée par la droite, a apporté plusieurs changements au projet ce samedi, en excluant les mineurs de l'obligation de présenter un passe sanitaire, et en le limitant aux seuls espaces intérieurs. Les terrasses en seront donc exemptées. Autre modification : une mise en application du passe sanitaire le 15 septembre, au lieu du 30 août comme il était initialement prévu.

Mais ces changements pourront à nouveau être annulés, supprimés ou atténués en commission mixte paritaire ou lors de l'évolution du texte pendant la navette parlementaire.

► À écouter aussi : Manifestations anti-passe sanitaire en France: «C'est un mouvement qui en appelle à la liberté»


En Italie et en Australie aussi

En Italie, les réservations pour se faire vacciner contre le coronavirus ont, comme en France, fortement augmenté, passant de 15 à 200%, selon les régions, depuis les nouvelles mesures anti-Covid-19 qui rendent le passe sanitaire obligatoire dans de nombreuses situations, à partir du 6 août. Mais cette extension du passe sanitaire entraîne aussi de fortes contestations. Des milliers de « no-vax » et de « no-passe » ont manifesté dans 80 villes dont Rome.

Sur la Piazza del Popolo, où s'est rendue notre correspondante dans la capitale italienne Anne Le Nir, la manifestation anti-vax et anti-passe sanitaire, baptisé « green pass » en Italie, a rassemblé des centaines de  personnes de tout âge, et sans masque, scandant à tue-tête qu'on bafoue leur liberté. Lorrena, une jeune coiffeuse, est totalement réfractaire à la vaccination contre le Covid-19. « Avec ce vaccin, qu'est-ce qu'on va devenir ? Moi je m'y oppose. Il y a des chercheurs et des médecins qui nous font comprendre qu'il modifie notre ADN ». Pour sa part, Clara, 51 ans, exprime un point  de vue proche de celui du chef de la Ligue, Matteo Salvini, qui s'est fait injecter sa première dose de vaccin le 23 juillet. « Je suis ici pour manifester non pas contre le vaccin mais contre le passe sanitaire parce que j'estime qu'il représente un risque de dictature subtile. » À Rome, des incidents avec les forces de l'ordre  ont été provoqués par des militants d'ultra-droite et dans plusieurs villes, dont Milan et Florence, des journalistes ont été, comme à Paris là encore, copieusement insultés.

Les manifestants étaient ainsi des milliers dans quelques grandes villes d'Italie, pour protester contre l'adoption d'un passe sanitaire obligatoire pour accéder aux lieux fermés à partir du 6 août. « Liberté ! », « Non à la dictature », scandaient les manifestants de Naples à Turin.

« Mieux vaut mourir libre que vivre comme un esclave », pouvait-on lire sur une pancarte devant la cathédrale de Milan, quand dans le centre historique de Rome, une autre présentait une photo du portail du camp d'extermination d'Auschwitz (où figure l'inscription « Arbeit macht frei », « Le travail rend libre », NDLR), avec ces mots : « Les vaccins vous rendent libre », a observé l'AFP. À Gênes, les manifestants portaient des étoiles jaunes où était inscrit « non vacciné », a pu constater l'agence.

Plus tôt dans la journée c'est à Sydney, première ville australienne, que des échauffourées avaient eu lieu entre policiers à cheval et manifestants, alors que les habitants de cette ville de cinq millions d'habitants ont ordre de rester chez eux pendant un mois. À Melbourne, des milliers de personnes selon les médias locaux avaient envahi les rues après s'être rassemblées devant le parlement de l'État de Victoria. « Wake up Australia » (Australie, réveille-toi), pouvait-on lire sur des pancartes, les slogans faisant écho aux messages vus lors de manifestations similaires à l'étranger.

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