Mali: une cinquantaine de civils tués par des jihadistes dans le nord du pays

Des soldats français en patrouille dans le nord du Mali en 2013. (Illustration)
Des soldats français en patrouille dans le nord du Mali en 2013. (Illustration) AFP - JOEL SAGET

Au Mali, plus de cinquante civils maliens ont été tués dimanche 8 août dans quatre localités du nord, situées non loin de la frontière avec le Niger. Les « terroristes », terminologie officielle pour désigner les jihadistes, sont accusés d’être les auteurs de ces attaques meurtrières.

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Avec notre correspondant à Bamako, Serge Daniel

Les attaques ont eu lieu dimanche dans les localités maliennes de Karou, Ouatagouna, Dirga et Déoutéguef. Toutes sont situées sur un axe qui mène dans le nord à la frontière nigérienne. Les assaillants sont qualifiés de jihadistes.

À motos, à pied, ils ont sillonné les 4 villages et s’en sont pris aux populations civiles. Dans cette zone, c’est généralement l’État islamique au grand Sahara (EIGS) qui mène les opérations. Parmi les victimes, (morts et blessés), les femmes et les enfants sont les plus nombreux.

Un élu local interrogé par RFI révèle que dans l’un des villages attaqués, un enseignant et tous les membres de sa famille ont été tués.

Selon un ancien maire d'une commune des environs, les populations civiles ont fui la zone pour leur grande majorité après l'attaque. Certains sont restés pour rester près de leurs champs et leurs cultures. Si la plupart de ces habitants ont fui vers la commune toute proche d'Ansongo, certains sont allés vers Gao quand d'autres se sont dirigés vers le Niger.

« Un traumatisme sans égal »

RFI a pu joindre un journaliste qui a été sur place, dans la région de Ouatagouna. Il a pu discuter avec des habitants. Pour des raisons de sécurité, il a préféré rester anonyme. Écoutez le récit que lui ont fait les riverains.

Les tireurs visent seulement la tête afin de tuer tout de suite la personne.

Un journaliste qui s’est rendu à Ouatagouna
Un journaliste qui s’est rendu à Ouatagouna

Pourquoi ces attaques meurtrières ? Une autre source affirme que les populations locales sont accusées d’avoir fourni à l’armée malienne des informations précieuses. Récemment l’armée malienne a mené dans le secteur des opérations de sécurisation des biens et des personnes. Ce lundi, les témoins rapportent : de nombreux militaires maliens ont été dépêchés sur le terrain.

Un mode opératoire proche celui de l'EIGS

Pour Ibrahim Maïga, analyste sur les questions de paix et de sécurité au Sahel, ces attaques pourraient être le fait de l'État Islamique au Grand Sahara : « Dans cette zone, entre le Mali et le Niger, nous avons principalement deux groupes qui opèrent : d'une part, le groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans et d'autre part, l'État Islamique au Grand Sahara (EIGS). Si l'on s'en tient au mode opératoire, qui est encore à qualifier, car nous avons des bribes d'informations, tout pointe vers l'EIGS. Ce mode opératoire est essentiellement d'arriver dans ces localités et de tirer à bout portant sur tout ce qui bouge, explique le spécialiste. On a vu ça au Niger, au Burkina Faso assez récemment. »

Les racines de l'EIGS

Le noyau dur de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) est constitué d’anciens responsables du mouvement pour l’unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). En 2012, au début de l’occupation du nord du Mali par différents groupes armés, le Mujao a fait de Gao, principale ville du Nord du Mali, sa base, rappelle notre correspondant à Bamako, Serge Daniel. Mais contrairement à l’autre groupe jihadiste (AQMI à l’époque) qui voulait s’implanter sur le plan national avec l’application de la charia sur tout le territoire malien, le Mujao lui voulait l’expansion du Jihad à toute l’Afrique de l’Ouest. Très tôt, il a positionné ses troupes dans la localité de Ansogo, non loin des villages maliens récemment attaqués. Ensuite, ses tentacules se sont rapidement étendus au Niger et au Burkina Faso voisin, dans la zone « dites des trois frontières ». Déclaré par les forces internationales « ennemie numéro 1 », ce qui est devenu l'EIGS, compte actuellement plusieurs centaines de combattants et a eu le temps de s’implanter. Il recrute ses hommes notamment au sein des différentes communautés locales, installe également des camps d’entraînement dans les trois pays Mali-Niger et Burkina Faso. L’EIGS se bat contre les forces étrangères et s'attaque également aux civils avec cette particularité : une violence et une barbarie inouïe.

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