Covid-19: Valneva ébranlé par la résiliation de son contrat britannique pour des vaccins

Le gouvernement britannique a «résilié» son contrat avec le laboratoire franco-autrichien Valneva portant sur 100 millions de doses contre le Covid-19.
Le gouvernement britannique a «résilié» son contrat avec le laboratoire franco-autrichien Valneva portant sur 100 millions de doses contre le Covid-19. AFP - JUSTIN TALLIS

Le gouvernement britannique a « résilié » son contrat portant sur 100 millions de doses du candidat-vaccin du laboratoire franco-autrichien Valneva contre le Covid-19. Une énorme déception pour ce groupe qui misait beaucoup sur cette commande, qui était sa seule et unique à ce jour.

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Une fin de non-revoir sans plus de détails. « Le contrat inclut une clause permettant au gouvernement britannique d'y mettre fin. Il prétend de plus que Valneva a manqué à ses obligations, ce que Valneva conteste vigoureusement », indique le laboratoire basé près de Nantes dans un communiqué.

De son côté, Londres n'a à ce stade fourni aucune explication. Comment expliquer la résiliation du contrat ? Un manque d’efficacité du vaccin ? Des délais qui n’ont pas été respectés ? L’économiste de la santé Frédéric Bizard penche pour la première option : « Le fait qu’il n’y ait aucune communication sur les raisons est plutôt un mauvais signe et laisserait entendre qu’il pourrait y avoir un manque d’efficacité du vaccin. »

Rien de très surprenant pour Frédéric Bizard puisque les vaccins existants, notamment ceux des Chinois Sinovac et de Sinopharm, ont montré une efficacité très moyenne auprès de la souche d’origine de Wuhan. « C’est un problème de technologie utilisée. La technologie à virus inactivé n’est pas celle qui est suffisamment efficace contre les coronavirus. » Cette technologie est plus classique que l'ARN messager qui sert notamment pour les vaccins contre la grippe chaque année.

Le titre de Valneva a déjà lourdement chuté à l'ouverture de la Bourse de Paris et perdait lundi matin plus de 40%, à 12,098 euros. Un coup d’arrêt brutal pour le laboratoire, qui était en perpétuelle hausse depuis son entrée boursière il y a un an.

Le Royaume-Uni, premier soutien du laboratoire Valneva

Le laboratoire avait soumis en août sa demande d'autorisation auprès des autorités de santé britanniques pour son candidat-vaccin, le VLA2001. « Valneva a travaillé sans relâche, et s'est investi au maximum de ses capacités, dans sa collaboration » avec le gouvernement britannique, « notamment en engageant des ressources significatives et en montrant une très forte implication afin de répondre à ses demandes sur des vaccins adaptés aux variants », met en avant lundi le laboratoire.

Le Royaume-Uni devait être la rampe de lancement du vaccin Valneva en lui passant commande l'an dernier : d'abord pour 60 millions de doses, puis 40 millions supplémentaires, pour 2021-2022.

Ce pays « a répondu en premier, en grande partie sans doute, car nous y étions déjà implantés, et aussi, car ils ont cru tout de suite dans notre vaccin inactivé. Ils ont été les premiers à réagir et à nous faire une proposition structurée d'aide. Ils ont pris tous les risques sur le programme », s'était félicité en début d'année Franck Grimaud, le directeur général de Valneva, dans un entretien à l'AFP.

Les résultats des essais de phase III attendus

Fin août, la biotech avait indiqué que, sur la base des essais de phases I et II (sur un nombre relativement réduit de volontaires), elle espérait « avoir un vaccin qui soit efficace de manière supérieure à 80% ».

« Selon moi, c'est certainement plus une décision politique qu'une prise de position médicale et scientifique : quand on regarde ses résultats, Valneva est loin d'être ridicule et se défend très bien en termes d'efficacité » contre le Covid-19, a estimé Rafi Mardachti, PDG d'Universal Medica Group, société de conseil dans l'industrie pharmaceutique, dans une réaction à l'AFP.

Le laboratoire rappelle lundi que ses résultats des essais de phase III, la dernière, destinée à prouver l'efficacité réelle du vaccin avant une éventuelle mise sur le marché, sont attendus au début du quatrième trimestre, soit potentiellement dans quelques semaines.

Ces résultats « feront partie de la soumission progressive du dossier de demande d'autorisation conditionnelle de VLA2001 auprès de l'agence de santé britannique ». Sous réserve des résultats de phase III et de l'approbation de cette agence, « Valneva pense qu'une autorisation initiale de mise sur le marché de VLA2001 pourrait être obtenue fin 2021 ».

Poursuivre le développement du candidat-vaccin

Le groupe indique qu'il « continue à être pleinement engagé dans le développement » de son candidat-vaccin et qu'il « va accroître ses efforts avec d'autres clients potentiels afin de s'assurer que son vaccin inactivé puisse être utilisé dans la lutte contre la pandémie ».

Fin août, Franck Grimaud avait affirmé que des discussions avec l'Union européenne étaient par ailleurs « toujours en cours ». Au cours du premier semestre 2021, la biotech a triplé sa perte nette, portée à 86 millions d'euros. Elle s'était expliquée en mettant en avant un recul des ventes de ses vaccins commerciaux durant la pandémie et de gros efforts d'investissements sur une série de candidats-vaccins, contre le Covid-19, mais aussi contre le Chikungunya et la maladie de Lyme.

En revanche, la trésorerie du groupe avait gonflé de plus de moitié au 30 juin pour atteindre 329,8 millions d'euros, un afflux d'argent notamment lié au partenariat avec le gouvernement britannique sur le vaccin contre le Covid-19 et à son introduction en Bourse à New York en mai dernier.

À lire: Covid-19: l'Angleterre décide finalement de renoncer au passe sanitaire

(Avec AFP)

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