Législatives en Allemagne: le décompte officiel provisoire donne une courte victoire au SPD

Selon des résultats officiels provisoires, diffusés lundi 27 septembre, le SPD devance d'un point et demi l'union conservatrice CDU-CSU.
Selon des résultats officiels provisoires, diffusés lundi 27 septembre, le SPD devance d'un point et demi l'union conservatrice CDU-CSU. REUTERS - WOLFGANG RATTAY

Les sociaux-démocrates du SPD sont arrivés en tête, dimanche 26 septembre, avec 25,7% des suffrages, juste devant les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU qui totalisent 24,1% des votes. Les deux partis ont la possibilité de former une coalition, mais ils vont avoir besoin de l'appui des Verts et des libéraux.

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Le coude-à-coude annoncé ces derniers jours s'est confirmé à l'issue de la journée de vote. Ce lundi matin, le décompte officiel provisoire annoncé par la commission électorale donne la victoire aux sociaux-démocrates du SPD avec 25,7% des suffrages, talonnés par les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU à 24,1%. 

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Elections législatives allemandes, édition spéciale du 27 septembre - 1ère partie

Elections législatives allemandes, édition spéciale du 27 septembre - 2e partie

Les deux grands partis ont exclu la possibilité de faire une coalition ensemble comme lors des précédentes élections et chacun des candidats a annoncé sa volonté de former un gouvernement, rappelle notre envoyée spéciale à Berlin, Oriane Verdier. Car comme l'a dit ces derniers jours le candidat conservateur Amin Laschet, rien n'empêche le parti arrivé deuxième de tenter de former une coalition. Et il l'a redit dimanche soir : « Nous allons faire tout notre possible pour constituer un gouvernement dirigé par la CDU-CSU. » 

Les résultats donnaient les deux principaux partis au coude à coude.
Les résultats donnaient les deux principaux partis au coude à coude. John MACDOUGALL AFP

Les deux partis auront donc une possibilité de se maintenir au pouvoir et constituer une coalition, indique notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut. Dans un scrutin marqué par l'émiettement des suffrages, chacun des deux camps a en effet besoin de trouver deux autres formations pour former une coalition majoritaire à la Chambre des députés.

Au siège du SPD, dimanche soir, les premiers sondages ont été accueillis par des applaudissements mesurés qui se sont affermis peu à peu, rapporte notre envoyée spéciale, Anastasia Becchio. « C'est un grand succès et la soirée s'annonce longue, c'est certain », a déclaré le candidat du parti, Olaf Scholz. Mais il en est sûr, « beaucoup de citoyens ont fait une croix pour le SPD, parce qu'ils veulent un changement de gouvernement et aussi parce qu'ils veulent que le prochain chancelier s'appelle Olaf Scholz ». Les militants et sympathisants du SPD rappellent que leur formation est partie de loin, avec une progression de dix points depuis le printemps. Surtout, ce score est bien supérieur à celui des dernières législatives en 2017, 20,5%

Il y aura certainement de longues négociations de coalition. On est dans le flou le plus complet. Si le SPD et les Verts avaient eu un score suffisant pour s’allier, ça aurait été facile, mais là, ça devient compliqué… Ça va être très long.

Les sociaux-démocrates affichent leur confiance

Pour les chrétiens-démocrates, à l'inverse, il s'agit d'un revers sans précédent depuis 1949 avec neuf points de moins qu'en 2017, déjà un niveau historiquement bas pour les conservateurs. Le secrétaire général du parti a d'ores et déjà reconnu des « pertes amères ».

Comment expliquer ce résultat décevant pour les conservateurs qui ont gouverné le pays pendant 16 ans. Paul Maurice, chercheur à l'IFRI, spécialiste de l'Allemagne invoque plusieurs raisons.

« On a un effondrement qui est révélateur de l'érosion des grands partis »
Paul Maurice, chercheur à l'IFRI, spécialiste de l'Allemagne

Même si cet échec n'a donc pas empêché Armin Laschet d'exprimer sa volonté de former le prochain gouvernement. Scholz comme Laschet disent en tout cas vouloir que la future coalition soit constituée avant Noël. « Un peu plus tôt serait également bien », a estimé le premier, tandis que le second fait valoir que « l'Allemagne a la présidence du G7 en 2022 ».

De mon point de vue, Angela Merkel est intervenue trop tard dans la campagne. Elle aurait dû soutenir la candidature de Laschet. Elle ne l'a fait qu'au cours des dernières semaines, c'était trop peu.

Douche froide pour les militants de la CDU

Les Verts, qui avaient perdu du terrain dans les sondages depuis le printemps, arrivent, quant à eux, en troisième position avec 14,8% des voix. C’est un recul par rapport à ce qu’ils espéraient. Mais c’est un franc succès par rapport aux 8,9% qu’ils avaient engrangés lors des dernières élections législatives. Il est à noter également le bon score des libéraux qui seront sans doute les faiseurs de roi lors de la constitution d’une future coalition dans les prochaines semaines ou les prochains mois.

Dans ce paysage, le Parti libéral-démocrate, à 11,5%, devrait également jouer au côté des Verts les faiseurs de roi.

Pour le moment on ne peut pas être sûrs qu'on pourra changer les choses et la politique de manière fondamentale même en faisant partie du gouvernement. Je pense que ça va être très difficile pour les dirigeants du parti des Verts en Allemagne de trouver quelle coalition construire pour arriver dans les faits à une politique progressive.

Les Verts entre espoir et inquiétude

Le parti d’extrême droite AfD recule, quant à lui, de 2,1 points par rapport à 2017. Le parti de gauche Die Linke serait à 4,9%, soit moins que les 5% nécessaires pour être représenté au Bundestag.

L'incertitude à la Une de la presse allemande

Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

« C’est un garçon », titre en une le quotidien de gauche Tageszeitung avec la photo d’une layette de bébé. C’est en effet la seule certitude de ce scrutin. La prochaine chancelière sera un chancelier.

La presse allemande ne propose pas ce dimanche matin de gros titres tonitruants puisque tout est ouvert. Trois journaux importants, Die Welt et le Frankfurter Allgemeine conservateurs, comme le quotidien de centre-gauche de Munich Süddeutsche Zeitung, ont exactement le même titre : « Le SPD et la CDU revendiquent la chancellerie. »

La presse étrille les chrétiens-démocrates qui subissent une défaite historique et perdent neuf points par rapport aux dernières législatives. « Une chute méritée », commente Süddeutsche Zeitung. « Les chrétiens-démocrates sont au fond du trou. Ils doivent tirer les leçons de leur échec cuisant », estime le quotidien conservateur Die Welt

« Un héros nommé Olaf », titre Süddeutsche Zeitung sur le succès du candidat SPD. Une caricature montre Olaf Scholz marcher sur l’eau tel un messie. Sous la surface, on aperçoit les ruines des chrétiens-démocrates. 

Les Verts arrivent en troisième position. Le quotidien de gauche Tageszeitung, proche des écologistes, est amer : « Leur résultat est décevant. Les coalitions envisageables ne permettront pas de faire beaucoup pour le climat. »

Les négociations pour constituer un nouveau gouvernement seront longues. Une caricature montre Angela Merkel passer sa garde-robe en revue une veste à la main. « Celle-là pourrait faire l’affaire pour mes prochains vœux », se dit la chancelière qui pourrait rester encore quelques mois au pouvoir.
 

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