La France durcit l'octroi des visas à l'égard du Maroc, de l'Algérie et la Tunisie

Paris a décidé de réduire drastiquement le nombre de visas délivrés à trois pays : l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.
Paris a décidé de réduire drastiquement le nombre de visas délivrés à trois pays : l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. AFP - FADEL SENNA

Selon une information d'Europe 1, confirmée mardi 28 septembre au matin par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, et qui fait suite aux difficultés rencontrées par la France pour expulser certains ressortissants de ces pays, la France a décidé de réduire de 50% le nombre de visas accordés à l'Algérie et au Maroc, et de 30% ceux accordés à la Tunisie.

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Après avoir tenté la diplomatie puis les menaces, l'exécutif est finalement passé aux sanctions. En cause : le faible nombre de ressortissants algériens, marocains et tunisiens qui sont effectivement reconduits dans leur pays après une obligation de quitter la France (OQTF). Dans le cas de l'Algérie, par exemple, pendant les six premiers mois de 2021, la justice française a ordonné près de 8 000 OQTF, mais seulement 22 personnes sont effectivement retournées dans leur pays, soit 0,22% du total. Un constat qui s'explique notamment par le refus de l'Algérie de délivrer des laissez-passer consulaires, document sans lequel il est impossible de renvoyer un individu chez lui. 

En conséquence, Paris a décidé de durcir les conditions d'obtention des visas à l'égard de ces trois pays du Maghreb. Emmanuel Macron a décidé de diviser par deux le nombre de visas pour l'Algérie et le Maroc, et de réduire de 33% ceux pour la Tunisie, en prenant l'année 2020 comme référence. « C'est une décision drastique, c'est une décision inédite, mais c'est une décision rendue nécessaire par le fait que ces pays n'acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France », a justifié le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur Europe 1.

« Pousser les pays concernés à changer de politique »

Soulignant les visites sur ce sujet dans ces trois pays du Premier ministre Jean Castex et de membres du gouvernement, dont le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, ainsi que des réunions avec les ambassadeurs des pays concernés, il a fait valoir qu'« à un moment, quand les choses ne bougent pas, nous faisons appliquer les règles ». Interrogé sur la durée d'application de cette mesure, temporaire ou pérenne, le porte-parole du gouvernement français a indiqué qu'elle avait été « décidée il y a quelques semaines » et « va être mise à exécution » pour « pousser les pays concernés à changer de politique et accepter de délivrer ces laissez-passer consulaires ».

Ainsi, si l'on garde l'exemple de l'Algérie, 63 000 visas ont été délivrés entre janvier et juillet 2020. Il n'y en aura donc que 31 500 pour les six prochains mois. Une baisse drastique des visas qui n'aura cependant aucun impact sur le nombre de migrants illégaux, qui pourrait même augmenter à la suite de ce tour de vis.

Une décision « injustifiée » pour le Maroc et l'Algérie

Le Maroc n'a pas tardé à réagir ce mardi soir. Il estime que la décision française de durcir les conditions d'obtention des visas à l'égard de ses ressortissants est « injustifiée ». « Nous avons pris connaissance de cette décision, que l’on considère injustifiée pour plusieurs raisons, d’abord parce que le Maroc a toujours considérée la question de la migration illégale avec responsabilité et il a été strict avec les personnes qui se retrouvent dans une situation illégale, a affirmé le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita. Notre consulat a accordé, rien qu’au premiers huit mois de cette année 400 laisser-passer à des Marocains en situation illégale. C’est un problème franco-français. C’est une décision souveraine et nous ne la discutons pas, mais nous relevons que les raisons pour prendre une telle décision nécessite l’exactitude et des discussions. Cette décision ne reflète pas la réalité. La réalité d’une coordination consulaire importante de notre part ».  

L'Algérie par la voix de son envoyé spécial chargé du pays du Maghreb Amar Belani a déploré de son côté une décision « disproportionnée » et « malencontreuse », car « elle intervient à la veille du déplacement d’une délégation algérienne à Paris dans le but de faire le point sur tous les cas en suspens ». 

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