Tunisie: Najla Bouden Romdhane, première femme nommée cheffe du gouvernement

La Première ministre tunisienne, Najla Bouden Romdhane.
La Première ministre tunisienne, Najla Bouden Romdhane. AFP - -

Près de dix semaines après s’être arrogé des pouvoirs exceptionnels, le président tunisien Kaïs Saïed a nommé, mercredi 29 septembre, Najla Bouden Romdhane comme cheffe du gouvernement. C’est la première fois qu’une femme occupe ce poste.

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Avec notre correspondante à Tunis, Amira Souilem

Nommée ce mercredi par le président Kaïs Saïed, Najla Bouden Romdhane devient ainsi la première femme cheffe de gouvernement de l’histoire tunisienne. Elle doit désormais tenter de colmater les failles formées par le séisme politique du 25 juillet, date à laquelle le chef d’État tunisien a gelé le Parlement et s’est arrogé des pouvoirs exceptionnels.

La nouvelle cheffe du gouvernement tunisien est géologue de formation. Âgée de 63 ans et ancienne haute fonctionnaire au ministère de l’Enseignement supérieur chargée un temps de faciliter l’accès au marché du travail des diplômés du supérieur, elle doit maintenant « former un gouvernement dans les plus brefs délais », selon la présidence tunisienne.

Polyglotte et parfaitement francophone

Ancienne ingénieure dans le pétrole, Nourane Bouadjila a connu Najla Bouden Romdhane sur les bancs de la faculté, elle était à l'époque son étudiante. « C’est une personne qui sait ce que c’est qu’une stratégie. Qui sait ce que c’est qu’une planification et ce genre de choses. Elle est vraiment comme ça. Il faut planifier les choses. On met en place une stratégie. On a une vision, ce sont des termes qu’elle emploie et c’est sa façon de faire », explique-t-elle. 

Polyglotte, parfaitement francophone, Najla Bouden Romdhane disposerait aussi de « soft skills » – qualités humaines en bon français – non négligeables selon Nourane Bouadjila. « C’est une femme très intelligente mais vraiment très intelligente. Elle comprend les gens. Elle comprend les choses assez rapidement comme ça. Très posée. Et elle est forte de caractère », détaille-t-elle. 

C'est la première fois dans l'histoire politique tunisienne et arabe qu'une femme soit nommée comme chef de gouvernement.

Neila Zoughlami, présidente de l'association tunisienne des femmes démocrates

Kaïs Saied a insisté, à plusieurs reprises, sur le caractère « historique » de la nomination d'une femme pour la première fois pour diriger le gouvernement en Tunisie. « C'est un honneur pour la Tunisie et un hommage à la femme tunisienne », a-t-il rajouté.

Kaïs Saïed entend rester seul maître à bord

Cette désignation ne fait pourtant pas oublier que Kaïs Saïed entend rester maître à bord. La mission Najla Bouden Romdhane nécessitera qu’elle s'entende parfaitement avec le président tunisien, tant celui-ci a fait comprendre que le chef du gouvernement sera étroitement sous ses ordres. Cette nomination intervient alors que l’exercice solitaire du pouvoir par le président Kaïs Saïed avait attiré de nombreuses inquiétudes au sein de la communauté internationale et de la société civile tunisienne. 

Le président tunisien semble vouloir éviter les blocages connus du temps où Hichem Mechichi était chef du gouvernement. Faute de pouvoir se mettre d’accord sur la composition du gouvernement, les deux hommes s’étaient livrés une guerre froide qui avait duré des mois aggravant la paralysie de la vie politique tunisienne. Si le Parlement reste gelé, la nouvelle cheffe du gouvernement ne pourra pas faire valider son équipe gouvernementale par les députés.

En cas de vacance de la présidence, c’est pourtant Najla Bouden Romdhane qui prendra les rênes du pays.


• Najla Bouden Romdhane à la Une de la presse tunisienne

La nouvelle cheffe du gouvernement tunisien c’est une « lueur d’espoir » pour le site Leaders qui souligne qu’après avoir donné le coup d’envoi des révolutions arabes, la Tunisie fait bouger les lignes -encore une fois- en se dotant de la première femme cheffe d’un gouvernement dans la région. 

Alors cette femme, fait remarquer Kapitalis, a planché par le passé sur l’insertion professionnelle des diplômés de l’université, c’est important alors que le taux de chômage des jeunes explose tous les records, mais cette femme est une néophyte en politique politicienne. Pas innocent quand on connaît les déboires que Kaïs Saïed a eu avec son ancien chef du gouvernement Hichem Mechichi.

Sur Mosaïque FM, une radio tunisienne, un chroniqueur faisait remarquer qu’en plus d’être historique, cette nomination était très habile. Une façon de détourner l’attention sur les accusations d’autoritarisme dont se sont fait écho des associations de défense de droits de l’homme pour la focaliser plutôt sur cette femme.

Autre petit bémol dans ce concert de louanges. Cette géologue, brillante universitaire risque d’être, hyperprésidentialisation du pouvoir oblige, une simple exécutante selon un député dont les propos ont été repris par le site Tunisie Numérique.

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