La COP26 adopte un accord en demi-teinte après deux semaines de négociations éprouvantes

Le président de la conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma, s'est dit «profondément désolé» pour les changements introduits à la dernière minute dans le texte final.
Le président de la conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma, s'est dit «profondément désolé» pour les changements introduits à la dernière minute dans le texte final. AP - Alberto Pezzali

Les 200 pays de la COP26 ont adopté, samedi 13 novembre, un « pacte de Glasgow » pour accélérer la lutte contre le réchauffement de la planète, sans assurer de le contenir à 1,5°C ni répondre aux demandes d'aide des pays pauvres.

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Le texte a été adopté d'un coup de marteau du président britannique de la conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma, à l'issue de deux semaines de négociations éprouvantes. Témoignant de la difficulté à aboutir à cet accord, le président de la COP26 s'est dit d'une voix émue et les larmes aux yeux « profondément désolé » pour des changements de dernière minute introduits sur la question des énergies fossiles à la demande de la Chine et de l'Inde. Il avait plus tôt estimé que l'accord « inaugure une décennie d'ambition croissante » en matière de climat.

Sur le point critique de la limitation des températures, alors que la planète se trouve - selon l'ONU - sur une trajectoire « catastrophique » de réchauffement de 2,7 °C par rapport à l'ère pré-industrielle, le texte appelle les États membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce, dès 2022. Mais avec la possibilité d'aménagements pour « circonstances nationales particulières », point qui a suscité les critiques des ONG sur les ambitions réelles du texte.

La limite de +1,5 °C pas garantie

Le compromis trouvé n'assure d'ailleurs pas le respect des objectifs de l'accord de Paris, limiter le réchauffement « bien en deçà » de 2 °C et si possible à 1,5 °C. Mais il offre des perspectives permettant à la présidence britannique d'afficher un succès sur son objectif de voir Glasgow « garder 1,5 °C en vie ». Les experts avertissent régulièrement que « chaque dixième de degré compte » alors que se multiplient déjà les catastrophes liées au changement climatique : inondations, sécheresses ou canicules, avec leur cortège de dégâts et de victimes.

Le texte contient également une mention, inédite à ce niveau, des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète et qui ne sont même pas citées dans l'accord de Paris. La formulation a été atténuée au fil des versions et jusqu'à l'ultime minute avant l'adoption en plénière, à l'insistance notamment de la Chine et de l'Inde. La version définitive appelle à « intensifier les efforts vers la réduction du charbon sans systèmes de capture (de CO2) et à la sortie des subventions inefficaces aux énergies fossiles ». 

Après un échec aux deux dernières COP, celle-ci a d'autre part réussi à mettre la dernière main aux règles d'utilisation de l'accord de Paris, surtout sur le fonctionnement des marchés carbone censés aider à réduire les émissions.

Les pays pauvres « extrêmement déçus »

Le dossier explosif de l'aide aux pays pauvres, qui a un temps semblé pouvoir faire dérailler les négociations, n'a en revanche pas trouvé de résolution. Échaudés par la promesse toujours non tenue des plus riches de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards de dollars par an, les pays pauvres, les moins responsables du réchauffement, mais en première ligne face à ses impacts, demandaient un financement spécifique des « pertes et préjudices » qu'ils subissent déjà. Mais les pays développés, au premier rang desquels les États-Unis, qui redoutent de possibles conséquences juridiques, s'y sont fermement opposés.

À contrecœur, les pays pauvres ont donc cédé, acceptant une poursuite du dialogue afin ne pas perdre les avancées sur la lutte contre le réchauffement, dont les effets les menacent déjà directement. Mais ils se sont dits « extrêmement déçus ». « C'est une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique », a commenté Teresa Anderson, de l'ONG ActionAid International. L'égérie du mouvement mondial des jeunes pour le climat, Greta Thunberg, n'était pas plus tendre, dénonçant sur Twitter « un tsunami de greenwashing » pour tenter de faire passer ce Pacte de Glasgow pour « un pas dans la bonne direction ».

« Un grand pas en avant » pour Boris Johnson

La conférence mondiale sur le climat a débouché sur « des pas en avant bienvenus, mais ce n'est pas assez », a estimé dans un communiqué le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. « Malheureusement la volonté politique collective n'a pas été suffisante pour surmonter de profondes contradictions », poursuit-il, appelant à passer « en mode "urgence" ».

« L'accord d'aujourd'hui est un grand pas en avant », a jugé pour sa part Premier ministre britannique Boris Johnson, optimiste. « Ce qui est important est que nous avons le premier accord international jamais conclu pour réduire l'utilisation du charbon et un plan pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. » 

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a salué pour sa part cet accord qui maintient en vie « les objectifs de l'accord de Paris, en nous donnant la chance de limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C ». « Cela nous rend confiants sur le fait que nous pouvons offrir à l'humanité un espace sûr et prospère sur cette planète. Mais il n'y aura pas de temps à perdre : un travail difficile nous attend encore », a ajouté la cheffe de l'exécutif européen.

(avec AFP)

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