Crise ukrainienne: les Occidentaux annoncent des premières sanctions contre la Russie

Le président américain Joe Biden lors d'une allocution depuis la Maison Blanche, mardi 22 février 2022.
Le président américain Joe Biden lors d'une allocution depuis la Maison Blanche, mardi 22 février 2022. AP - Alex Brandon

Après la décision de Moscou de reconnaître les territoires séparatistes dans l'est de l'Ukraine, les Occidentaux ont annoncé ce mardi 22 février une série de sanctions contre la Russie. 

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Dans une allocution depuis la Maison Blanche, Joe Biden a annoncé ce mardi une « première tranche » de sanctions visant la Russie, l'empêchant notamment de lever des fonds occidentaux pour rembourser sa dette souveraine. Moscou, par conséquent, « ne peut plus lever d'argent à l'ouest et ne peut plus négocier sa nouvelle dette sur nos marchés ni sur les marchés européens », a précisé le président américain. Cette mesure pourrait peser sur la valeur du rouble et renchérir le coût pour les consommateurs russes des produits importés.

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Le secteur financier est aussi visé. Deux institutions, la banque publique de développement Vnesheconombank et la « banque militaire », sont ciblées par des « sanctions de blocage total », a indiqué Joe Biden, sans plus de précisions. Washington va également prendre des sanctions contre les élites russes et les membres de leur famille. « Ils partagent les gains corrompus des politiques du Kremlin », a justifié le président américain.

Ces sanctions font suite à celles annoncées lundi 21 février par les États-Unis contre les régions séparatistes du Donbass dont Vladimir Poutine a reconnu l'indépendance. Selon la porte-parole de la Maison Blanche, ces mesures doivent interdire tout nouvel investissement, échange ou financement par des personnes américaines à destination, en provenance ou dans les régions pro-russes de Donetsk et Lougansk.

Dans la foulée de ces sanctions américaines, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a annoncé lors d'un point presse une série de mesures contre la Russie « jusqu'à ce que l'intégrité territoriale de l'Ukraine soit rétablie ». Le Canada va notamment « interdire aux Canadiens d'effectuer toute transaction étrangère » avec les territoires séparatistes prorusses de Lougansk et de Donetsk, imposer des sanctions aux parlementaires russes qui ont voté en faveur de la « décision illégale de reconnaître ces territoires » et « interdire aux Canadiens de participer à des achats de la dette russe ». En outre, des « sanctions supplémentaires » seront imposées contre les banques russes soutenues par l'État et le Canada va « interdire toute transaction financière avec elles », a-t-il ajouté.

Sanctions européennes

Côté européen, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé que les États membres de l'UE avaient adopté « à l'unanimité » un paquet de sanctions contre Moscou. Ces sanctions, qui doivent encore être formellement adoptées pour entrer en vigueur, « feront très mal à la Russie », a prévenu le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. D’autres mesures pourraient suivre afin de répondre à de nouvelles actions de la part de la Russie.

Pour l'instant, 27 personnes physiques ou morales impliquées dans les actions contre la souveraineté de l'Ukraine sont concernées. Il s’agit d’acteurs du secteur de la défense russe, des personnes ayant « lancé une campagne de désinformation contre l’Ukraine » et les banques accusées de financer les responsables russes et d’autres opérations dans les territoires séparatistes de l’est du pays dont la Russie a reconnu hier l’indépendance.

L'Union européenne prévoit également de cibler les relations économiques entre les deux régions et l'UE et la capacité de l'État russe et de son gouvernement à accéder au marché financier et aux marchés de capitaux européens pour refinancer leur dette. La Norvège qui ne fait pas partie de l'Union européenne a annoncé qu'elle se joindrait aux mesures prises par les 27.

« Cette fermeté laisse toujours la porte ouverte à la diplomatie », a souligné Jean-Yves Le Drian, tout en constatant que « tous les efforts diplomatiques (...) se sont heurtés à un mur » ces dernières semaines.

L’Allemagne a par ailleurs annoncé ce mardi qu'elle suspendait l’autorisation du gazoduc Nord Stream 2. Une surprise, selon l'analyse d'Elvire Fabry, politologue à l'institut Jacques Delors. « Olaf Scholz, le chancelier allemand, par l'annonce que la certification de Nord Stream 2 ne serait pas validée » pose « une démarche technique mais qui envoie un signal politique évident alors qu'il avait réservé sa réponse depuis plusieurs jours malgré la pression américaine sur le fait que le gazoduc pourrait être mis en marche comme il était prévu dans les mois qui viennent et cela montre une cohésion européenne forte sur ces enjeux de sanctions. »

Le Royaume-Uni a de son côté annoncé des sanctions visant cinq banques et trois hommes d’affaires russes. Pour le moment Vladimir Poutine ne fait pas l'objet de sanctions. C'est une question de dosage, estime Elvire Fabry. « Il faut pouvoir garder un peu de réserves sous le pied. C'est un équilibre délicat pour éviter une escalade. Vladimir montre bien qu'il est insaisissable, qu'il est prêt à tout, et les Européens sont très prudents puisqu'ils sont bien plus impactés par toute dégradation de la situation que les alliés comme les Etats-Unis. Mais ils anticipent tous les scénarios voire un dérapage de la situation. » 

Enfin, le patron de l’ONU, rentré précipitamment au QG new yorkais de l’organisation, a fait une déclaration dans laquelle il a été très clair : pour lui, la décision de la Fédération de Russie de reconnaitre une « soi-disant indépendance » d’enclaves séparatistes est bien une violation de la souveraineté de l’Ukraine - c’est un « coup mortel » porté aux accords de Minsk, qui avaient pourtant été ratifiés par le Conseil de sécurité. Il a également démythifié la désinformation russe, et débouté certains arguments présentés par Moscou - comme celui du génocide « organisé par Kiev ».

« Notre monde fait face à la pire des crises menaçant la paix et la sécurité internationale de ces dernières années. Les principes de la Charte des Nations unies ne sont pas un menu à la carte. Ils ne peuvent pas être appliqués de manière sélective. Les États membres les ont tous acceptés et ils doivent tous les appliquer. Je suis aussi préoccupé par la perversion du concept de maintien de la paix. Lorsque les troupes d’un pays pénètrent sur le territoire d’un autre pays sans son consentement, elles ne sont pas des soldats de la paix impartiaux. Ce ne sont pas du tout des gardiens de la paix. En ce moment critique, j’appelle à un cessez-le-feu immédiat et au rétablissement de l’état de droit. Les Nations unies et tout le système international sont mis au test, et nous devons réussir à aller au-delà. »

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