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Serbie

Belgrade: violents affrontements en marge de la Gay Pride

Affrontements entre la police et les militants d'extrême droite opposés à la Gay Pride dans les rues Belgrade, le 10 octobre 2010.
Affrontements entre la police et les militants d'extrême droite opposés à la Gay Pride dans les rues Belgrade, le 10 octobre 2010. Reuters / Marko Djurica

De très violents incidents ont éclaté dimanche 10 octobre à la mi-journée dans les rues de Belgrade à l’issue de la première Gay Pride organisée dans les rues de la capitale serbe. Des hooligans et des militants d’extrême droite ont attaqué la police et détruit le siège du Parti démocratique (DS). Le centre de la capitale est entièrement dévasté.

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De notre correspondant à Belgrade, Jean-Arnault Dérens

La première tentative d’organiser une Gay Pride à Belgrade remonte à juin 2001. Le cortège avait été immédiatement attaqué par des militants nationalistes. L’an dernier, les menaces des groupes radicaux avaient conduit à annuler la manifestation au dernier moment. Cette année, le gouvernement avait mis les grands moyens pour assurer la sécurité de la Marche des fiertés homosexuelles, qui a rassemblé 6 à 700 personnes. Pas moins de 6000 policiers étaient mobilisés, et des hélicoptères survolaient le cortège qui est parti vers 10H30 dans le centre de la capitale serbe.

Au même moment, des hooligans et des militants des groupes radicaux d’extrême droite ont commencé à attaquer les policiers aux abords de la place Slavija, jetant des pierres et des cocktails molotov. A l’issue de la marche, tandis que la police évacuait les manifestants vers plusieurs endroits de la ville, les incidents se sont généralisés. Les hooligans se sont dirigés vers les quartiers de Kalenic et de Terazije, dans le centre de la capitale. Ils ont investi et incendié le siège du Parti démocratique (DS), le parti de centre-gauche au pouvoir. Ils ont également attaqué le siège de la télévision d’Etat, la RTS, ainsi que celui du Parti socialiste de Serbie (SPS), partenaire de coalition du DS, en criant aux policiers « d’aller au Kosovo ».

Vers 16 heures, le bilan était extrêmement lourd : plus de 90 blessés, dont 80 policiers, des rues entières de la ville transformées en champs de ruines. La police, qui a fait sortir ses blindés, aurait arrêté plus de 100 personnes.

Les groupes capables d’organiser de telles violences sont parfaitement connus : il s’agit de mouvements comme Obraz, 1389 ou Nasi, dont l’interdiction avait été envisagée l’an dernier, après les menaces proférées contre la Gay Pride et le meurtre du supporteur français de football Brice Taton, lynché en plein centre de Belgrade. Ces groupes entretiennent des relations étroites avec certains secteurs de l’Eglise orthodoxe. Celle-ci avait condamné la Gay Pride, en organisant samedi une « marche des familles orthodoxes », qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes.

L’homosexualité est toujours mal perçue par l’opinion serbe, fortement attachée aux valeurs patriarcales, mais la Gay Pride cristallise des enjeux qui dépassent de beaucoup cet aspect : les militants d’extrême droite mêlent slogans homophobes, nationalisme et rejet de l’intégration européenne. Pour le gouvernement et les courants libéraux, l’organisation de la Gay Pride et son déroulement pacifique avaient également pris valeur d’enjeu symbolique. Plusieurs diplomates occidentaux ainsi que l’ambassadeur du Conseil de l’Europe à Belgrade ont d’ailleurs pris part à la Gay Pride. Le saccage de la capitale serbe par quelques milliers de hooligans prend donc l’allure d’un terrible désaveu pour le gouvernement.

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