Photographie/Marché de l’art

Paris Photo, la capitale qui ouvre le marché de l’Europe centrale

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Avis aux collectionneurs. La photographie contemporaine de l’Europe centrale va être très tendance les prochaines années. Du 18 au 21 novembre, Paris Photo, le plus prestigieux salon de photographie au monde, honore particulièrement les œuvres photographiques des artistes d’Hongrie, de République Tchèque, de Slovénie, de Slovaquie et de Pologne. Il y a les maîtres historiques comme André Kertész, Moholy-Nagy, František Drtikol, Brassaï ou Robert Capa, mais surtout les photographes contemporains. 21 ans après la tombée du rideau de fer, Paris Photo lève le rideau sur une scène artistique presque inconnue.

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Guillaume Piens, commissaire général de « Paris Photo »

L’oeuvre la plus chère montrée à Paris Photo vient d'André Kertész, l’Hongrois qui a révolutionné, via Paris et New York, la photographie moderne. La photo Chez Mondrian de 1927 a la taille d’une carte postale et est mise en vente pour 700 000 euros à la galerie new-yorkaise Greenberg. Barry Friedman a également fait le voyage de New York au Carrousel du Louvre, à Paris. Dans ses bagages se trouvent des photos vintages qui vont de 15 000 à 100 000 dollars, du surréaliste Man Ray, de la photojournaliste Margaret Bourke-White, mais aussi des travaux contemporains de Michael Eastman. L’artiste montre des palais splendides et délabrés du Cuba de Fidel Castro. « La photo au milieu s’appelle Fidel et montre l’escalier d’un célèbre restaurant privé à La Havane, explique Barry Friedman. Nous participons pour la première fois à Paris Photo. Pour une simple raison, c’est le meilleur salon au monde. »

Les 106 galeries sélectionnées attendent 40 000 visiteurs.

Au Carrousel du Louvre se bousculent des collectionneurs aussi exquis que riches, les directeurs de musées, des spécialistes et des simples amateurs en quête de nouvelles tendances. Au milieu de cette effervescence se trouvent les photographes de l’Europe centrale, honorés par cette édition 2010. La galeriste allemande Blanca Bernheimer tente de miser sur la vague attendue et montre des photos vintages d’Hongrie et une série sur Prague. « A Paris Photo on crée la tendance avec ce thème sur l’Europe centrale. La photographie slave n’est pratiquement jamais montrée en Allemagne. A part des grands noms comme Kertész, il y a plein de choses à découvrir et cela ouvre des marchés nouveaux. »

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Paris Photo, vitrine de luxe, marché incontournable et créateur de tendances.

Plus de 100 photographes venus de l’Europe centrale dévoilent leurs travaux au salon. Les photographies ne sont pas toutes accrochées aux cimaises. L’artiste franco-polonais Nicolas Grospierre de Varsovie présente ses photographies d’un coffre-fort sous forme d’une installation en trois dimensions. « C’est une pièce qui présente un coffre-fort de grandeur nature. Un bipède de la taille d’un frigo moyen qui représente un coffre-fort qu’on peut ouvrir. Une fois qu’on l’a ouvert on s’aperçoit qu’il contient un globe formé de petites portes de coffre-fort qui est plus grand que la boîte qu’il contient. »

Cette construction hybride est tout à fait représentative pour l’approche artistique de beaucoup de photographes de l’Europe centrale, remarque Nataša Petrešin-Bachelez, 36 ans, commissaire invitée de Paris Photo. « Oui, c’est une photographie qui ne mène pas vers une loi formelle ou une esthétisation. C’est quelque chose qui s’est développé avec l’effondrement du régime communiste où beaucoup d’artistes ont eu ce sentiment d’urgence de suivre les réactions et les transformations quotidiennes dans le tissu social et urbain. La photographie et la vidéo sont les médias les plus immédiats qui peuvent enregistrer cela. »

La photographie utilisée comme trait d’union.

L’artiste Gabriella Csoszó de Budapest se sert également presque accessoirement de la photographie, explique Zoltan Somhegyi, historien d’art hongrois : « Elle est l’un des meilleurs talents hongrois. Elle a fait une série sur l’ouverture des archives dans une bibliothèque historique. On voit beaucoup de livres du temps de la guerre froide. Elle a documenté la dispersion des livres de cette bibliothèque après la chute du Mur. »

Œuvre du collectif d'artistes de la galerie hongroise LUMEN dans la partie "statement" sur l'Europe central de "Paris Photo":
Œuvre du collectif d'artistes de la galerie hongroise LUMEN dans la partie "statement" sur l'Europe central de "Paris Photo": sf

La galerie hongroise Lumen expose Garage project. Un groupe d’artiste qui a investi pendant deux ans une ancienne ville idéale et industrielle hongroise bâtie autour d’une immense usine de métallurgie, aujourd’hui presque fermée. « A côté de l’usine, il y avait pour les travailleurs une centaine de garages, aujourd’hui pratiquement tous vides, raconte Sári Stenczer, l’une des responsables de la galerie. Dans cet endroit déserté, les artistes ont organisé un festival où ils ont invité leurs amis, des artistes et aussi des citoyens qui habitent là-bas. Tout le monde a fait une petite mise en scène dans les garages. Ce sont devenus des box remplis avec nos illusions. » Le côté hybride de la galerie vient de ses origines en tant que café et collectif d’artistes. « La galerie est à la base une fondation, la fondation Lumen de la photographie, qui était fondée en 2000 pour remplir cette énorme vide concernant la photographie contemporaine en Hongrie. Maintenant, cela a complètement changé. Lumen est une des premières initiatives pour étudier la photographie contemporaine, pour comparer les œuvres des Hongrois avec des artistes internationaux. C’est plutôt une plateforme pour des jeunes artistes émergents, ce n’est pas une vraie galerie commerciale. »

Premiers balbutiements

Guillaume Piens, commissaire général de « Paris Photo »

Dans beaucoup de pays en Europe centrale, le marché de l’art photographique connaît ses premiers balbutiements. En Slovénie, actuellement, il y a deux galeries de photographie qui sont très actives, en Slovaquie, il existe une seule galerie. Avec l’offensive menée à Paris Photo, la plaque tournante mondiale, ce travail d’avant-garde pourrait très vite se transformer en marché du futur, avance Guillaume Piens, le commissaire général du salon : « Je serais très satisfait que cette scène de l’Europe centrale qui n’est pas connue, qui est mal promue, réussisse à être au cœur de cette arène internationale qui s’appelle Paris Photo et qu’elle puisse entrer dans des collections importantes américaines ou anglaises. »

 

« Paris Photo » du 18 au 21 novembre au Carrousel du Louvre à Paris.
 

 

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