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Goulag : les Européens parlent

Rescapés du Goulag et néanmoins communistes

Un village sibérien.
Un village sibérien. CERCEC
4 mn

L’épreuve de la déportation au fin fond de l’URSS, du travail forcé dans les camps du Goulag ou encore de la détention dans la tristement célèbre prison de la Loubianka à Moscou, n’a pas toujours conduit les victimes des répressions staliniennes à condamner le communisme.

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Par Catherine Gousseff, historienne au CERCEC


Parmi les centaines de milliers de Polonais des territoires annexés par l’URSS en 1939, déportés peu après vers la Sibérie ou le Kazakhstan, certains sont revenus de ces contrées lointaines les armes à la main pour libérer leur pays de l’occupant allemand. La création en URSS d’une armée polonaise, dirigée par le général Berling, a concrétisé, dès 1943, la volonté soviétique de définir le nouvel allié polonais pro-communiste. Les quelques 35 000 soldats qui ont composé cette armée, étaient pour la plupart des jeunes qui avaient été déportés en 1940 ou encore qui avaient été intégrés de force dans l’armée soviétique.

Après cette épreuve, l’occasion leur fut donnée, non seulement de rentrer en Pologne, mais aussi d’y revenir aux côtés de l’armée Rouge, en combattants et libérateurs du joug nazi. L’armée Berling, embryon de la future armée de la Pologne populaire fut un terreau fertile à l’adhésion des nouvelles générations à la reconstruction de l’Etat polonais, fut-il communiste. Qu’ils aient agi par pragmatisme, par reconnaissance à l’égard de l’URSS dans sa contribution à l’éradication du nazisme, ou encore par attrait pour l’armée, bien des anciens déportés ont ainsi contribué à l’instauration du nouveau régime en Pologne, en devenant membres du Parti et loyaux serviteurs de l’Etat.

Le général Jaruzelski constitue l’une des figures emblématiques de cette histoire : ancien déporté revenu en héros et devenu militaire de carrière, il incarne une trajectoire qui ne fut pas si marginale, même s’il s’est distingué par le coup d’Etat qui, le 13 décembre 1981, lui a permis de prendre le pouvoir et de mettre fin à l’expérience de Solidarité.

Victime puis acteur du communisme, ce parcours de vie n’est pas seulement le fait d’anciens déportés. Plus spectaculaire encore fut l’expérience de nombreux communistes de vieille date pris dans la vague de la Grande Terreur qui en 1937-38 marqua le point culminant des répressions staliniennes. Beaucoup de détenus disparurent une balle dans la tête, mais ceux qui réchappèrent de la détention ou du camp n’abandonnèrent pas forcément leurs idéaux. De nombreux dirigeants des régimes satellites de l’URSS savaient, dans l’empreinte de leur chair, de quoi parlaient les révélations faites en 1956 par Khroutchev sur les « excès du stalinisme » car beaucoup les avaient subis.

Mais ces grands militants de la cause communiste, ces « croyants » avaient placé leur foi plus haut que l’endurance vécue, attribuant la terreur à l’erreur humaine, à l’état primitif de développement de l’URSS ou encore à la paranoïa de son dirigeant, Staline. Et ils avaient repris le flambeau dans les jeunes démocraties populaires, persuadés qu’ils sauraient, précisément, éviter ces erreurs. Les dures premières années de stalinisation des pays d’Europe centrale et orientale montrèrent que leur optimisme n’était pas de mise. La déprise de la croyance, lorsqu’elle intervint, s’avéra être un processus de longue haleine, lent et douloureux, à la mesure de l’espérance qu’avait incarnée pour eux l’idéal communiste.

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