Italie / Brésil / Affaire Battisti

Lula décide de ne pas extrader Cesare Battisti, l'Italie s'insurge

L'ancien militant italien d'extrême gauche Cesare Battisti (c), lors de son arrestation à Rio de Janeiro, le 19 mars 2007.
L'ancien militant italien d'extrême gauche Cesare Battisti (c), lors de son arrestation à Rio de Janeiro, le 19 mars 2007. AFP
Texte par : Béatrice Leveillé
9 mn

Au dernier jour de son mandat, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a décidé vendredi 31 décembre 2010 de ne pas extrader vers l'Italie l'ex-militant d'extrême gauche Cesare Battisti. Rome dénonce une « décision injuste et offensante » et va rappeler pour consultations son ambassadeur au Brésil. Battisti était réclamé par l'Italie, où il a été condamné pour meurtres à la réclusion à perpétuité.

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Cesare Battisti est d’abord un petit délinquant comme il y en a beaucoup dans le sud, alors très pauvre, de l’Italie. Dès l’âge de 16 ans, il fait de fréquents séjours en prison. A 20 ans, il est condamné à 6 ans d’emprisonnement pour vol à main armée. C’est au cours de cette incarcération qu’il se lie avec des militants d’extrême gauche. L’époque est trouble, politiquement agitée. Ce sont les années de plomb, activistes d'extrême gauche et d’extrême droite se lancent dans la lutte armée en Allemagne, en France, en Espagne ou en Grèce mais surtout en Italie où l’apogée sera atteint avec l'enlèvement et l'assassinat de l'ancien président du conseil Aldo Moro par les Brigades rouges.

Entre le début des années 1970 et la fin des années 80, les Brigades rouges italiennes suivies par d’autres groupes politico-militaires vont commettre de nombreux attentats : plus de 600. Ces attentats feront des centaines de morts et de blessés. Selon les statistiques du Ministère de l'Intérieur italien, 150 morts seraient imputables à l'extrême-droite et 94 morts à l’extrême-gauche. Le réseau Gladio, responsable de nombreux attentats terroristes en lien avec les milieux néofascistes et la loge maçonnique Propaganda Due aurait été instrumentalisé dans le cadre de la stratégie de tension entretenue par Washington pour empêcher le puissant parti communiste italien d’accéder au pouvoir.

Les années troubles

En 1976, à sa sortie de prison, en pleine guerre froide et coups tordus, Cesare Battisti rejoint la lutte armée avec les « Prolétaires armés pour le communisme », un groupuscule violent qui se lance dans des braquages et revendique quatre meurtres : ceux d’un gardien de prison, d’un policier, d’un bijoutier et d’un boucher. Lors de la fusillade qui tuera le bijoutier, une balle perdue blesse son jeune fils qui restera paraplégique. D’après quatre membres de ce groupe, identifiés et condamnés en 1981, les deux commerçants ont été pris pour cible parce qu’ils avaient résisté aux braquages commis par des membres du groupe.

De son coté, Cesare Battisti affirme avoir renoncé à la lutte armée en 1978 et se dit étranger aux quatre assassinats revendiqués par ses collègues. Arrêté en Italie, le 26 juin 1979 et condamné en 1981 pour appartenance à une bande armée, il s’évade pourtant le 4 octobre de la même année grâce à l’intervention de membres du groupe encore en liberté.

25 ans de cavale

Ces derniers mois, en Italie, un climat d'indignation unanime règne dans le pays

Cesare Battisti quitte l’Italie pour rejoindre le Mexique, c’est là qu’il commence à écrire. En 1985, le président français, François Mitterrand offre l'immunité aux activistes italiens qui ont rompu avec la violence. En 1990, Cesare Battisti s’installe en France et bénéficie de la « doctrine Mitterrand ». Les Italiens ne l’ont pas oublié. Condamné par contumace, il est toujours considéré comme un terroriste par les victimes des années de plomb. Une demande d'extradition vers l'Italie est rejetée par la France en 1991. Il devient un gardien d'immeuble et publie une douzaine de romans largement inspiré par ses vies antérieures.

En 2004, le président Jacques Chirac n’a pas la même conception de l’immunité que François Mitterrand, Cesare Battisti est alors un écrivain reconnu. L’affaire Battisti commence. La polémique fait rage dans les médias. le collectif du Poulpe, qui rassemble des auteurs de polars comme la romancière Fred Vargas, l'humoriste Guy Bedos, le chanteur Georges Moustaki ou le maire de Paris Bertrand Delanoë, lui apporte son soutien.

Quand la menace de l’extradition se précise, Cesare Battisti se soustrait à son contrôle judiciaire, et retourne à la clandestinité. Trois ans plus tard, le 18 mars 2007, il est arrêté au Brésil. Des policiers français assistent à son arrestation. L'Italie demande aussitôt son extradition. Le 5 avril 2008, le procureur général de Brasilia donne un avis favorable à l'extradition de Cesare Battisti considérant qu’il a bien eu « les motivations politiques, mais que celles-ci sont insuffisantes pour justifier la mise en danger de responsables de l'autorité et de civils sans défense. Ses crimes étant marqués par une certaine froideur et un certain mépris pour la vie humaine ».

Michel Toubiana, ancien président de la Fédération internationale des droits de l'Homme

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