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Allemagne / agroalimentaire

Scandale alimentaire à la dioxine

Les premières analyses ont tout d’abord révélé des taux anormaux de dioxine dans des oeufs.
Les premières analyses ont tout d’abord révélé des taux anormaux de dioxine dans des oeufs. Reuters/Michaela Rehle
6 mn

Une nouvelle affaire remet une fois de plus en cause les élevages industriels et les pratiques douteuses de certaines entreprises. La confiance des consommateurs allemands est ébranlée. Au-delà de la polémique actuelle se pose la question des mesures à prendre pour éviter que de tels scandales ne se reproduisent. Les précédents ne sont pas encourageants.

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Le scandale ne serait-il qu’une affaire de robinet ? C’est en tout cas ce qu’avance la société qui produit des graisses destinées à l’alimentation animale et qui se trouve au coeur de l’affaire. Car l’entreprise Harles und Jentzsch dans le nord de l’Allemagne dont on a appris le dépôt de bilan mercredi après-midi 12 janvier fabrique aussi des graisses industrielles dangereuses pour les animaux et en dernier ressort pour les consommateurs. Une malencontreuse erreur aurait été à l’origine du scandale actuel, de la dioxine se retrouvant dans 3 000 tonnes de produits alimentaires fournis par la société à des élevages surtout dans le nord de l’Allemagne. Ces graisses étant ensuite diluées pour produire des compléments alimentaires pour animaux, il s’agit à l’arrivée de 150 000 tonnes suspectes qui étaient destinées à des élevages de volailles, de poules pondeuses et de porcs.

Les premières analyses ont tout d’abord révélé des taux anormaux de dioxine dans des oeufs. Les autorités ont par précaution interdits à 4 700 élevages de poursuivre leurs livraisons aux supermarchés, le temps de clarifier si leurs produits étaient ou non touchés. Le dernier pointage connu datant de mardi soir reflète une réduction sensible du nombre de fermes industrielles concernées par ces mesures préventives : un dixième soit environ 500 sont encore fermées.

Pratiques illégales

Mardi, on apprenait que des taux de dioxine anormalement élevés avaient été retrouvés, non seulement dans des oeufs et de la viande de volailles mais aussi dans de la viande de porc. L’élevage concerné doit abattre les 140 animaux concernés. Des informations contradictoires circulaient mercredi sur le point de savoir si de la viande de porc contaminée avait été commercialisée. Les pouvoirs publics depuis le début de l’affaire ont répété, soutenus par les experts, que la consommation d’oeufs ou de viande contenant des taux de dioxine anormalement élevés restait sans danger pour les consommateurs et qu’il n’y avait pas lieu de paniquer.

Au-délà des conséquences sanitaires adoptées par les autorités régionales –notamment en Basse-Saxe, la région du nord de l’Allemagne la plus frappée-, la question des responsabilités pénales et financières se pose. La justice a été saisie du dossier. Son enquête doit permettre de savoir si la présence de dioxine dans les graisses animales livrées par l’entreprise en cause est le résultat d’un accident ou d’une activité criminelle.

Plusieurs responsables politiques n’ont pas attendu les conclusions des juges pour estimer que des pratiques illégales frappaient cette branche. L’agence de presse allemande DPA citaient mercredi des enquêteurs d’après lesquels des graisses contenant de la dioxine auraient été diluées par les fabricants jusqu’à ce que leur taux ne dépasse plus les normes autorisées. Une pratique permettant d’économiser l’élimination en bonne et due forme de la dioxine.

Contrôles sanitaires insuffisants

Plus largement, il peut être tentant pour un industriel fabriquant des graisses destinées aussi bien à l’industrie qu’aux élevages agricoles d’utiliser pour ces derniers des substances qui ne leur sont pas destinées et dont les prix sont sensiblement plus bas. L’ensemble de l’industrie alimentaire allemande est soumise à une énorme pression sur les coûts. Les consommateurs n’étant pas prêts à dépenser plus et les discounters très puissants se livrant à une concurrence féroce, la tentation est donc grande en amont de réduire au minimum les coûts pour que les prix des produits dans les étalages des supermarchés soient aussi bas que possible.

Les autorités veulent tenter d’enrayer les pratiques criminelles. Les ministres de l’Agriculture et de la Justice veulent renforcer les peines pour dissuader les fraudeurs de se livrer à des pratiques illégales. Mais pour les condamner encore faut-il pouvoir les identifier, ce qui pose la question des contrôles sanitaires largement insuffisants, les autorités en charge ne disposant souvent pas du personnel suffisant.

La ministre chrétienne-sociale de l’Agriculture et de la Consommation Ilse Aigner est l’objet de nombreuses critiques de la part de l’opposition mais aussi de la presse. On lui reproche son attentisme et une politique insuffisamment volontariste à l’égard d’acteurs de la branche agro-alimentaire. D’autres scandales similaires dans le passé avaient eu aussi défrayé la chronique mais les conséquences tirées sur le plan légal notamment restent insuffisantes pour beaucoup d’observateurs pour éviter sur la durée certains excès. Certains n’hésitent pas à suspecter le gouvernement de protéger une branche qui pèse lourd. Avec 150 milliards de chiffre d’affaires par an, elle est le quatrième secteur économique du pays.

Ruée sur les produits bio ?

Restent les victimes directes du scandale actuel à savoir les exploitants agricoles. Le patron de leur fédération a estimé les pertes hebdomadaires entre 40 et 60 millions d’euros. Ils veulent faire tout leur possible pour obtenir une indemnisation de leurs fournisseurs qui auraient sciemment ou par erreur livré des aliments pour animaux dangereux.

Restent des pertes pour lesquelles une indemnisation parait difficile. Il s’agit du manque à gagner dû à la perte de confiance chez les consommateurs. Les Allemands se précipitent actuellement sur les oeufs bio et les magasins sont dévalisés. Pour la consommation de viande, on ne dispose pas encore de chiffres mais les producteurs craignent des répercussions sur leurs ventes et par conséquent sur les prix qu’ils obtiendront des supermarchés pour leurs produits

Un sondage montre certes que la moitié des Allemands est prêt à acheter plus de produits bio, mais à condition que cela ne leur coûte pas plus cher. Une contradiction, les prix de ces aliments restant sensiblement supérieurs aux autres.

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