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Suisse / Forum de Davos

Davos 2011 : l’année des émergents

De G à D : Mustapha Kamel Nabli, le gouverneur de la banque centrale, et les ministres tunisiens Mustapha Kamel Nabli et Sami Zaoui, au Forum de Davos en Suisse, le 29 janvier 2011.
De G à D : Mustapha Kamel Nabli, le gouverneur de la banque centrale, et les ministres tunisiens Mustapha Kamel Nabli et Sami Zaoui, au Forum de Davos en Suisse, le 29 janvier 2011. AFP
6 mn

La 41e édition du Forum économique mondial de Davos s’est achevé le 30 janvier, et l'heure est aux premiers bilans. L’humeur des patrons est dans l’ensemble positive. Ils se réjouissent de la reprise sensible surtout dans le monde émergent. En revanche, des inquiétudes fortes demeurent sur la zone euro même si les dirigeants européens ont cherché à convaincre que la zone avait franchi le cap de la crise.

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Avec notre envoyée spéciale à Davos, Dominique Baillard

Beaucoup d'émotions pour les Russes. En termes de résultats tangibles de Davos, les contrats signés par les Russes -avec d’une part la compagnie pétrolière ExxonMobil et d’autre part avec Pepsico, apparaissent comme les principaux résultats sonnants et trébuchants du forum. C’est pour la Russie une occasion d’affirmer son importance dans le monde des affaires. Le R de BRICS se fait entendre dans l’acronyme créé pour désigner les pays dits jusqu’à maintenant émergents, devenus cette année au forum les pays émergés. Une formule chic pour signifier qu’ils sont désormais des adversaires de poids dans la compétition économique. Maurice Lévy, le patron de Publicis parle lui carrément de pays « submergents ».

En maintenant sa venue pour prononcer le discours d’ouverture malgré l’attentat meurtrier de l’aéroport de Moscou, le président Medvedev a fait un passage très remarqué. Sur Youtube, c’est lui qui fait la une du Forum de Davos, en raison de l’actualité mais aussi parce qu’il a bluffé son auditoire en lisant son discours directement sur son iPad.

L’omniprésence de la Chine

La Chine, le pays le plus célèbre des BRICS, n’était pas le pays le mieux représenté sur le plan numérique cette année à Davos. Même si le nombre d’inscrits est passé de 3 à 66 en l’espace de dix ans, la délégation envoyée par Pékin est bien loin derrière celle de l’Inde, de l’ordre de 160 personnes ou de celle des Etats-Unis (700 participants de nationalité américaine).

En revanche dans l’intitulé des débats son ombre menaçante a été omniprésente pendant les cinq jours de discussions. Voici quelques uns des thèmes abordés : faut-il avoir peur de la Chine, la compétition entre l’Inde et la Chine ou encore la (mauvaise) image de la Chine véhiculée par la télévision publique chinoise.

Signe des temps, pour la première fois à Davos la session consacrée à l’industrialisation de la Chine s’est déroulée entièrement en mandarin, avec tout de même une traduction en anglais pour les malheureux auditeurs qui n’ont pas encore acquis les rudiments de la langue chinoise.

Les Chinois ont pris plusieurs engagements concrets exprimés par des autorités politiques. Le ministre chinois du Commerce, Chen Deming, a ainsi promis une augmentation des importations chinoises dans le cadre de ce rééquilibrage tant attendu de l'économie mondiale. Une bonne volonté qui tranche avec le discours habituel.

Clignotant orange pour la zone euro

En contraste, l’Europe est apparue bien faible à ce grand rendez-vous des décideurs économiques. Les patrons présents savent que ce n’est plus dans cette partie du monde que se trouvent les gisements de croissance et en appelle à l’amélioration rapide de la compétitivité des sociétés du vieux monde, un discours qui revient aussi bien dans la bouche du français Maurice Lévy que dans celle de Jacob Wallenberg, le grand financier suédois. Face aux faiblesses structurelles de l’Europe, face aux interrogations sur la survie de la zone euro, les politiques ont tenu un discours extrêmement musclé. Ceux qui parient sur la chute de la monnaie unique n’ont qu’à bien se tenir a déclaré en substance le président français Nicolas Sarkozy après un vibrant plaidoyer en faveur de l’euro, une « monnaie identitaire » pour l’Europe. La chancelière Merkel lui a emboîté le pas le lendemain en répétant que la question d’abandonner l’euro ne se posait même pas.

En arrière plan, l’endettement public des pays occidentaux est préoccupant et pas seulement pour la zone euro. Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat au Trésor a reconnu que c’était un réel problème pour les Etats-Unis, sans pouvoir éclairer son auditoire sur les remèdes à employer. Même constat pour David Cameron, le Premier ministre britannique qui lui non plus a été peu disert sur les solutions. En revanche il s’est révélé en bête de scène à Davos, en marchant de long en large sur la tribune tout en se lançant dans un discours inspiré sur la capacité des sociétés ouvertes à innover. « On doute de nos valeurs ? (...) On a tort, on doit les mettre en avant, nos valeurs, nous les Européens ». Incantation, pouvoir du verbe : la riposte du monde occidental à l’irrésistible ascension du monde émergent avait des airs de baroud d’honneur à Davos.

Le parfum de la «révolution du jasmin»

En envoyant à Davos deux ministres cornaqués par le gouverneur de la banque centrale, Mustapha Kamel Nabli, les nouvelles autorités tunisiennes ont réussi un joli coup médiatique. Les deux ministres présents, Sami Zaoui et Yassine Brahim, font partie de ces jeunes quadra formés dans les grandes écoles, plutôt heureux en affaires et qui sont appelés aujourd’hui à écrire une nouvelle page de l’histoire tunisienne. Leur discours, en résumé « en Tunisie les affaires continuent», était rafraîchissant devant ce parterre de décideurs économiques. Mais sur les sujets précis, leur aîné, Mustapha Kamel Nabli, était là pour intervenir, apporter l’éclairage que ces nouveaux venus en politique et conduite des affaires, n’étaient pas encore en mesure de fournir. Apparemment doué pour ses nouvelles fonctions, Yassine Brahim chargé des infrastructures et des transports, a profité de cette tribune pour une petite mise au point plus politique : si la Tunisie a besoin de la confiance de la communauté internationale sur le plan économique, en revanche sur le plan politique, les « Tunisiens sont matures » pour mener à bien , eux mêmes, le changement.

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