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Ukraine / Justice

Leonid Koutchma poursuivi dans l'affaire du meurtre de Georgui Gongadze

L'ancien président Leonid Koutchma à son arrivée au bureau du procureur général à Kiev, le 24 mars 2011
L'ancien président Leonid Koutchma à son arrivée au bureau du procureur général à Kiev, le 24 mars 2011 REUTERS/Konstantin Chernichkin
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Dix ans après le meurtre du journaliste Georgui Gongadze, l'ancien président ukrainien, Leonid Koutchma, a été inculpé jeudi 24 mars 2011 pour « abus de pouvoir, pour avoir donné des ordres illégaux à la direction du ministère de l'Intérieur qui ont conduit au meurtre du journaliste ». Retour sur une affaire qui défraie la chronique depuis plus de dix ans en Ukraine.

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Avec notre correspondant à Kiev, Laurent Geslin

Tout commence par un meurtre. Le 16 septembre 2000, Georgui Gongadze, le fondateur du site d'information Ukrainska Pravada disparaît à Kiev et quelques semaines plus tard, son corps est retrouvé décapité dans une forêt des environs de la capitale ukrainienne. Les soupçons se portent immédiatement sur l'entourage du président Koutchma.

Car le journaliste enquêtait à l'époque sur le clientélisme dont profitaient les amis du président, et quelques jours avant de disparaître, Gongadze se plaignait d'être suivi en permanence par une voiture banalisée du ministère de l'Intérieur.

Le journaliste Georgui Gongadze en juillet 2000
Le journaliste Georgui Gongadze en juillet 2000 AFP PHOTO / DIMA GAVRISH

Deux mois après sa disparition, en novembre 2000, l'affaire prend de l'ampleur. Des enregistrements sonores sont diffusés par un parti d'opposition. On y entend une voix ressemblant à celle de Leonid Koutchma qui suggère à son ministre de l'Intérieur, Iouri Kravtchenko, de faire enlever le journaliste. La véracité de ces bandes, enregistrées en secret par le garde du corps du président, a longtemps fait polémique.

Aujourd'hui, le Parquet de Kiev les considère comme des preuves valables, ce qui relance les accusations contre Leonid Koutchma. L'ancien président était en effet toujours sorti blanchi de toutes les enquêtes.

Car après plusieurs années d'investigations, seuls trois anciens policiers ont été condamnés en 2008 à des peines allant de douze à treize ans de prison, et en septembre 2010, le Parquet a désigné Iouri Kravtchenko comme l'unique commanditaire de l'assassinat.

Polémiques

Mais cette conclusion a suscité de nombreuses polémiques en Ukraine. Officiellement, Iouri Kravtchenko s'est suicidé en 2005. De deux balles dans la tête... L'avocate de la veuve du journaliste avait en septembre dernier immédiatement dénoncé les conclusions de la cour, y voyant « une décision politique » visant à « épargner les commanditaires ». A la fin 2010, on pensait donc le dossier définitivement classé, malgré les pressions des Occidentaux et celles d'associations de journalistes comme Reporters sans frontières, qui demandaient que toute la lumière soit faite sur cet assassinat.

De plus, depuis l'arrivée de Viktor Ianoukovitch à la tête de l'état ukrainien il y a un an, l'indépendance de la justice est soumise à caution. Pour mémoire, plus d'une douzaine de ministres ou de hauts fonctionnaires du précédent gouvernement issu de la révolution Orange sont en prison ou poursuivis par la justice.

On voyait mal comment cette enquête pourrait être rouverte, puisque Leonid Koutchma est en quelque sorte le mentor politique de Viktor Ianoukovitch, qu'il avait nommé Premier ministre en 2001. A l'époque, Viktor Ianoukovitch n'était qu'un modeste gouverneur de province au style autoritaire et soviétique. L'homme avait d'ailleurs été deux fois condamné pour vol avec violence dans les années 1960.

De nombreux doutes

Pourquoi cette inculpation arrive-t-elle aujourd’hui ? C'est la grande question que se posent les journalistes et l'opposition ukrainienne. A Kiev, les rumeurs les plus contradictoires circulent. Pour certains, cette inculpation est le résultat de divergences entre les deux principaux clans au pourvoir en Ukraine. Car si Ianoukovitch et Koutchma viennent tous deux de l'est du pays, ils appartiennent en réalité à deux groupes différents. Leonid Koutchma appartient au clan de Dnepropetrovsk qui a fait fortune dans la sidérurgie. Ianoukovitch est par contre l'homme de Donetsk et des oligarques qui contrôlent les aciéries et les mines de charbon du Donbass.

Ce procès n'est donc pour certains qu'un règlement de compte au sommet de l'Etat. Pour d'autres au contraire, cette enquête est une façon de blanchir définitivement l'honneur de l'ancien président Koutchma. Ce qui est sûr, c'est que bien peu d'Ukrainiens pensent que la justice soit en mesure de réellement faire son travail dans cette affaire.

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