Allemagne / Energie

L'Allemagne abandonnera le nucléaire civil d'ici 2022

Manifestation anti-nucléaire à Berlin le 28 mai 2011. Des milliers de personnes étaient de nouveau descendues dans la rue pour réclamer l'abandon du nucléaire.
Manifestation anti-nucléaire à Berlin le 28 mai 2011. Des milliers de personnes étaient de nouveau descendues dans la rue pour réclamer l'abandon du nucléaire. Reuters/Tobias Schwarz

C'est officiel depuis les premières heures de ce lundi 30 mai 2011, l'Allemagne fermera ses derniers réacteurs dans un peu plus de 10 ans, en 2022. Elle devient ainsi la première puissance industrielle à renoncer à l'énergie atomique. La catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en mars, aura sans doute accéléré la prise de décision. La chancelière Angela Merkel avait alors pris l'initiative d'une réflexion sur l'avenir du nucléaire civil et décidé l'arrêt des réacteurs les plus anciens.

Publicité

La décision a été annoncée dans la nuit, après de longues heures de négociations. Dix-sept réacteurs au total seront progressivement mis à l'arrêt. Les sept réacteurs les plus anciens avaient déja été déconnectés du réseau en attendant la décision finale des responsables allemands.

Une décision « irréversible », a bien précisé cette nuit le ministre allemand de l'Environnement, Norbert Röttgen. La décision, on l'imagine, a été très difficile. Angela Merkel a pris la peine de réunir dans la nuit tous les chefs de l'opposition pour s'assurer de leur soutien .

Les centrales nucléaires allemandes

L'Allemagne va donc devoir trouver comment produire les 22% d'électricité fournis jusqu'à maintenant par les centrales nucléaires allemandes. Toutefois, 22 % reste un chiffre théorique. La réalité est un peu différente.

Selon le journal économique Les Echos, daté du 30 mai 2011, seulement quatre réacteurs nucléaires sont actuellement en fonctionnement et couplés au réseau. Le reste du parc atomique est en période d'entretien.

Une situation qui est rendue possible, en ce moment, grâce à la montée en puissance de l'éolien, du solaire et aux importations. Mais aussi parce que l'on est en été. L'hiver prochain, l'Allemagne risque d'avoir du mal à faire face à la demande.

La puissante Fédédation de l'industrie a déja mis en garde le gouvernement allemand. Les industriels craignent des coupures de courant dans des secteurs clés de l'industrie allemande, comme la sidérurgie ou les cimenteries. Avec également le risque de voir flamber les prix de l'électricité.

Avec notre correspondante à Berlin, Nathalie Versieux

Une commission éthique avait été mise en place par Angela Merkel au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Très contestée par les milieux industriels, cette commission a donc présenté hier dimanche ses recommandations au gouvernement allemand qui a ensuite pris sa décision.

Dans ses conclusions, le rapport jugeait une période de dix ans comme suffisante pour sortir du nucléaire. Concrètement, la dernière centrale allemande devra avoir fermé en 2022. Sept réacteurs plus anciens, jugés problématiques, qui avaient été fermés au lendemain de Fukushima, ne rouvriront pas.

Point le plus contesté par les producteurs d’électricité, la taxe sur le combustible nucléaire. Cet impôt qui doit rapporter 1,3 milliard d’euros par an est maintenu, et ce, alors que les producteurs devront investir dans le développement des énergies renouvelables. C’est donc la fin des années de bénéfices record pour les géants allemands de l’électricité, et surtout le début de batailles juridiques acharnées.

La décision prise par Angela Merkel est surtout politique. Elle espère ainsi contrer enfin l’inexorable progression des écologistes, qui ont le vent en poupe depuis des mois, et qui sont arrivés devant la CDU aux élections de Brême voici une semaine. Angela Merkel espère mettre fin au lancinant débat sur le nucléaire, qui domine le débat politique depuis des mois. Elle espère aussi retrouver sa crédibilité, ce qui sera plus difficile.

La double volte-face d'Angela Merkel

Rappelons que la sortie du nucléaire avait été décidée à l’horizon 2020 par le gouvernement Schröder, et que c’est Angela Mekel avec l’appui des libéraux, qui avait décidé de revenir sur cette décision à l’automne dernier, sous la pression du lobby des producteurs d’électricité. Une double volte-face d’Angela Merkel qui explique largement son impopularité.

Reste aussi une question : comment l’Allemagne compte-t-elle remplacer le nucléaire, qui représente tout de même 22 % de la consommation totale d’électricité, sans relancer le charbon, tout aussi contesté par les écologistes.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail