Grèce

D’anciens exilés de retour sur les lieux de leur déportation

Retour sur l’île de Makronissos.
Retour sur l’île de Makronissos. RFI/Amélie Poinssot
Texte par : Amélie Poinssot
4 mn

Dimanche 29 mai 2011, d’anciens combattants communistes sont revenus à Makronissos, l’île où ils avaient été emprisonnés et torturés pendant la guerre civile (1946-1949). Chaque année, ils font ce pèlerinage pour rappeler les heures sombres de l’histoire grecque contemporaine. Mais les survivants sont de moins en moins nombreux.

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De notre correspondante à Athènes

« Face à une violence barbare, sans aucun contact avec le monde extérieur, ces gens sont restés fiers de leurs convictions, de leurs idéaux, de leurs croyances en une justice sociale. » Grigoris Rizopoulos, le président de l’Union des détenus de Makronissos, rend hommage aux anciens exilés de la guerre civile. Nous sommes au pied du monument érigé il y a huit ans au nom des victimes de ce camp de « rééducation » situé non loin des côtes de l’Attique. Les anciens combattants, le visage fermé, le regard dur, sont venus avec leur famille, auprès desquelles ils ont tu leur engagement pendant de longues années.

Aujourd’hui, Makronissos est classée monument historique. Mais à l’exception de ce voyage organisé une fois par an, impossible de visiter cette île déserte laissée à l’abandon. L’histoire des exilés politiques grecs déportés là, ainsi que dans d’autres îles de la mer Egée, reste méconnue : à Athènes, on la retrouve uniquement dans un petit musée ouvert il y a cinq ans grâce à des fonds privés. Certes, le tabou qui entourait cette guerre fratricide entre les résistants communistes et l’armée nationale est levé ; en 1989 le gouvernement a officiellement reconnu la guerre civile alors que l’on parlait jusque là de guerre « de bandits » ; mais cette page sombre de l’histoire contemporaine divise encore aujourd’hui la société grecque. Aucun représentant officiel ne participe à ces cérémonies, seul le Parti communiste grec s’est approprié cette histoire.

Cérémonie en hommage aux victimes.
Cérémonie en hommage aux victimes. RFI/Amélie Poinssot

Or le camp, ouvert en 1947, a opéré pendant une dizaine d’années et fait des milliers de victimes. Les détenus, arrêtés pour leurs convictions communistes, y étaient forcés, sous la torture, de signer une « déclaration de repentance ». Mais la plupart n’ont jamais renié leurs valeurs. Et ceux qui font partie du voyage ce dimanche n’ont rien perdu de leur verve, telle la fière Pota Kakava, que l’on imagine sans peine tenir tête à ses geôliers : « Aujourd’hui vous avez perdu ce pour quoi nous nous sommes battus. Ce n’est pas avec les petites manifestations dans la rue que les Grecs obtiendront quoi que ce soit… », nous dit-elle après la cérémonie.

Un peu plus tard, près de l’ancien théâtre du camp, un homme raconte ces deux jours d’hiver 1948, lorsque les autorités ont abattu plus de 200 prisonniers. L’assistance, assise tout autour, reste interdite devant la voix tremblante de l’ancien détenu. Soixante-trois ans ont passé. « Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui », lâche le vieil homme.

Difficile de croire les atrocités qui avaient cours sur l’île. Le soleil est radieux en ce dimanche aux températures estivales, la mer s’étend à perte de vue… Mais il était interdit de se baigner, la mer servait à autre chose. « Connaissez-vous la pire torture qu’ils aient inventée ? Ils vous mettaient dans un sac de toile avec un chat dans les jambes, seule la tête sortait du sac, et hop, à l’eau ! », raconte Nitsa Gavrielidou. Le chat, affolé, se mettait alors à griffer tous azimuts.

Des dizaines de milliers de personnes sont passées par les camps de « rééducation ». La Grèce est le seul pays du bloc de l’Ouest où, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les résistants, plus que les collaborateurs, qui ont été incarcérés.

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